Immigration irrégulière : la route de l’enfer vers l’Europe pour le jeune Mamadou Baïlo Bah

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Mamadou Baïlo BAH, est un jeune dans la vingtaine. Timide et toujours peu bavard depuis son jeune âge. Rejoindre l’Occident a toujours été son rêve, chose qui se traduit dans tous ces faits et gestes à Dinguiraye sa ville natale. Un matin, il décide de partir sans prévenir par le désert et la méditerranée. Mais les choses ne se passeront pas comme il l’avait imaginé.

Issu d’une famille polygame et fils aîné de sa mère, il veut prendre les choses en main pour venir en aide à sa maman. Pour cela, il décide même de quitter le pays après ses études universitaires.

« Ma maman ne fait qu’avancer en âge et elle supporte toujours le fardeau de tenter de la famille. Elle essaye tant bien que mal, à joindre les bouts pour subvenir au besoin de ses enfants. Au vu de cela, j’ai décidé de partir mais sans lui dire et c’est seulement à mon arrivé en Libye je l’ai appelé pour lui dire. Tout de suite, elle s’est mise à pleurer, pouvant plus supporter l’émotion j’ai raccroché le téléphone », témoigne Mamadou Bailo.

La route fut longue pour le jeune guinéen, partout, des obstacles se dressent et malgré tout, il avance quand même. Des rackets à la torture il n’échappe à rien.

« De Gao à Kidal, on s’est retrouvé avec des rebelles. Ils nous ont demandé de payer chacun 10 mille FCFA. Il y a d’autres qui ont pu payer et il y a d’autres qui n’ont pas pu. Ils ont commencé à nous torturer », a-t-il raconté.

De poursuivre : “Apres avoir traversé le Mali, j’arrive à Alger, où durant 3 mois je travaille sur un chantier. Désireux d’atteindre l’Europe par la mer, je continue vers en Libye pour préparer ma traversée », a-t-il ajouté.

A peine arrivé, il est persuadé de sa traversée prochaine. Mais, hélas il a été arrêté avec plusieurs autres jeunes et conduit en prison sous haute sécurité. Il va y rester pendant six (6) mois.

« Une soirée j’étais avec d’autres Guinéens, Malien etc je m’en souviens plus trop. La police a débarqué, d’autres ont pu s’enfuir, mais moi la chance m’a pas souri.  Ils nous ont pris comme des vulgaires criminels sans foi ni loi et nous ont envoyé en prison. Nos effets, argents sont tous restés avec eux. L’humiliation, violence, torture, faim, rester des semaines sans voire la lumière, bref j’ai vécu des choses que je ne pourrais finir d’expliquer ici. Dans un espace de 6 mois j’ai fait 5 prisons Libyennes à divers endroits gérés par les autorités en place et des groupes armés. Durant ce temps je suis atteinte d’un mauvais traitement (torture, manque de nourriture, hygiène déplorable et travail forcé…)  Nous avions droit qu’à 2 petits morceaux de pain accompagné de fromage et d’autre quantité d’eau de 14h et 23h » se souvient-il avec amertume. Puis, après un long silence, le jeune hommefond en larmes.

Après plus de sept (7) mois de psychose, d’incertitude d’en ressortir vivant ou mort, Baïlo ne sait plus à quel saint se vouer. A bout de force, il a eu la chance d’être récupéré et il est rapatrié laissant derrière lui tout.

« Mon argent et autres chose sont tous resté là-bas, et me voilà renvoyé à Conakry. Mon petit frère venu me chercher à l’aéroport international de Conakry Gbessia a fondu en larme en me voyant parce que j’étais plus la même personne. J’ai fait près de cinq (5) mois et quelques sans sortir et certaines personnes me considéraient maintenant comme malade mentale », a-t-il balancé.

Après avoir vu et vécu les réalités de l’immigration clandestine, Bailo réalise un film “le migrant” pour dissuader certains jeunes candidats.

« Comme j’ai eu de la chance de m’en sortir vivant de cette tragédie, je me suis dit à mon retour de tenter de faire vivre les personnes qui sont là et qui veulent prendre la même route. Ce qui ne peut même s’approcher de ce que j’ai vécu en Libye par le cinéma. Donc j’ai réalisé le migrant avec le concours de certaines personnes qui ont soutenu l’idée », a-t-il précisé.

Ayant vécu l’espoir, le désespoir, la prison et d’autres choses horribles, Baïlo a de quoi raconter. L’ancien candidat pour la traversée s’est inscrit dans la logique de sensibilisation sur l’immigration irrégulière depuis son retour Guinée.

Kouné DIALLO

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