Interview. Abdoulaye Kourouma sur l’unique place de l’ANAD au CNT : « l’erreur ne vient pas du MATD »

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Le président de la transition colonel Mamadi Doumbouya a dévoilé à travers un décret les 81 membres du conseil national de transition (CNT). Et contre toute attente, l’Alliance Nationale pour l’alternance Démocratique (ANAD) composée d’une vingtaine de partis politiques dont l’UFDG de Cellou Dalein Diallo n’a hérité que d’une seule place.

Dans l’nterview qu’il a accordée à Mediaguinee, le président du Rassemblement pour la Renaissance et le développement (RRD) a expliqué comment l’Alliance présidée par Cellou Dalein s’est retrouvée avec une seule place. L’ancien député s’est aussi prononcé sur la mise en place du CNT et le choix de Dansa Kourouma à la tête de l’organe législatif de la transition. Interview…

Mediaguinee : Après plusieurs mois d’attente, le président de la transition a finalement dévoilé les noms des 81 membres du CNT. Quelle est votre lecture ?

Abdoulaye Kourouma : Tout le monde attendait ce décret-là. C’est ce qui nous manquait pour entrer dans le vif des débats de la transition. Maintenant, nous souhaitons que les conseillers nommés soient pour la Guinée dans un esprit républicain. On attend maintenant la mise en place du CNT pour rentrer dans le vif du sujet.

Êtes-vous satisfait des représentants de la classe politique au CNT ou bien vous avez quelques critiques à l’égard de quelques conseillers ?

Abdoulaye Kourouma : Objectivement, je ne dirais pas que les 15 partis politiques qui sont représentés au CNT sont les meilleurs partis politiques mais c’est la crème de la classe politique qui se retrouve là-bas en matière de participation dans le débat politique. La participation au débat politique ne signifie pas avoir un parti et aller dans les médias pour parler. Il faut participer à la conquête du pouvoir à travers les urnes. Si vous prenez les 15 partis politiques, il n’y a qu’un seul parti qui n’a pas encore participé à une élection. C’est celui de Bah Oury (UDRG). Mais Bah Oury fait partie des gros calibres de la classe politique. Vu son expérience, son passé et le niveau de  débat.

Est-ce que la répartition des 15 places aux partis politiques vous semble équitable dans la mesure où l’ANAD n’a eu qu’une seule place contrairement au RPG Arc-en-ciel ?

Abdoulaye Kourouma : j’ai été le mandataire de la classe politique pour le dépôt de nos différentes candidatures. Ce qui veut dire probablement que j’ai l’obligation morale et professionnelle de suivre l’évolution des choses. Je considère l’ANAD comme partenaire et adversaire quand il s’agit de la conquête du pouvoir. Nous devenons des partenaires lorsque nous avons les mêmes compréhension des choses et dans le cadre de la consolidation de la démocratie.

Personnellement, je dis que l’erreur ne vient pas du ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation. Lorsqu’il y a eu le décret sur le CNT,  je suis allé en tant que mandataire de la classe politique pour savoir sur 13 dossiers déposés, c’est neuf (09) qui sont venus. Et parmi les 09, l’ANAD s’est vue amputée de trois candidats. J’ai demandé des explications et on m’a dit qu’aucun parti politique n’a eu deux (02) conseillers.

L’ANAD a déposé la liste de certains de ses alliés qui ont d’autres problèmes en leur sein. Si vous prenez par exemple le parti UPG de feu Jean Marie Doré, au niveau des dépôts de candidature, il y a Jacques Gbonimy qui a déposé sa liste au compte de l’ANAD. On a retrouvé une autre candidature de l’UPG signée par Me Alfred Mathos. Il y avait là une entité signée par deux présidents différents. Le ministre qui avait une centaine de dossiers de dossiers devant lui et qui devait éliminer ou arbitrer, s’il trouve des dysfonctionnements comme ça, ça lui donne de facto le droit à se servir de ça. L’UFDG avait donné à ses alliés deux candidats et elle-même avait deux. Mais dans l’arbitrage, ils ont dit qu’un parti politique ne peut pas avoir deux conseillers, au nom du même parti. Ça les permis de prendre un (conseiller) de l’UFDG.

J’ai été surpris de voir une déclaration de certains communicants de l’ANAD qui disaient qu’on a soustrait leurs dossiers pendant les dépôts de candidature.

J’ai posé la question concernant l’UDD qui était le deuxième allié de l’ANAD. Et là, on m’a dit que c’est un problème lié à un document administratif sur le candidat, je crois.

J’ai été surpris de voir une déclaration de certains communicants de l’ANAD qui disaient qu’on a soustrait leurs dossiers pendant les dépôts de candidature. Je suis obligé de donner des explications en tant que mandataire. Je peux vous envoyer le récépissé que j’ai signé après le dépôt. Vous verrez exactement les 13 noms précités. C’est signé par moi et le ministère de l’administration du territoire. D’autres ont parlé de mains noires derrière. En tant que mandataire, je dois vous donner des explications pour vous sachiez  comment ça s’est passé. Je suis allé à la charge pour savoir comment l’ANAD n’a pas eu trois conseillers comme le RPG Arc-en-ciel. Le RPG avait deux candidats et deux autres au compte de ses alliés. Ils ont enlevé un candidat du RPG et les deux alliés sont venus. Je suis parti demander pourquoi les deux autres candidats de l’ANAD ne sont pas venus, ils ne m’ont pas donné l’explication. Et c’est vrai que l’UPG a déposé deux listes (différentes). Une liste signée par Jacques Gbonimy et l’autre par Me Alfred Mathos. S’ils ont des litiges, il revient au ministère de l’administration du territoire de trancher. Je suis surpris de voir les gens continuer d’accuser d’autres ou se victimiser. Lorsqu’il y a un problème qui t’arrive, il faut te parler toi-même en se posant la question d’où est venu le problème ? C’est ce que l’ANAD n’a pas fait. Je pense que l’ANAD devrait se parler pour situer le problème. J’ai écouté aussi des gens qui disent que c’est pour couper la branche de la forêt (Guinée forestière) de l’ANAD. Ce sont des communications qui ne profitent pas à la stabilité du pays. Nous sommes partenaires avec l’ANAD et en aucun cas, on peut soustraire un document. J’ai parlé avec les cadres de l’ANAD par rapport à ça. J’ai personnellement parlé avec Jacques Gbonimy qui m’a dit que le ministère de l’administration du territoire devait savoir que c’est lui le vrai président de l’UPG.  Il a dit que Bouréma Condé leur avait répondu que c’est le congrès qui a l’a élu qui est le vrai congrès. Je l’ai dit si les nouvelles autorités le savent. Il m’a dit que l’administration est une continuité. Je l’ai dit que nous sommes dans une situation exceptionnelle. Il m’a dit que je devrais défendre leur position mais je l’ai dit que je n’étais pas le ministre de l’administration du territoire. Mais ce que les communicants sont entrain de dire, c’est comme si on a refusé de déposer la liste de nos partenaires. Pour une question d’honnêteté, nous sommes obligés d’expliquer comment les choses se sont passées. Il faut reconnaitre que l’ANAD devrait se parler à elle-même pour voir où se trouve le problème. Ça ne sert à rien de se faire victimiser et se stigmatiser. Je pense qu’ils doivent être politiques. La communication en politique est très très importante. Si Bogoss (Kéamou Bogola Haba) dit qu’on veut couper la branche de la région forestière de l’ANAD, cela sous-entend une éventuelle division. Il dit que mon explication est bancale mais moi je ne cherche pas à me faire accepter par quelqu’un. Je dis les choses comme ça y est et comme ça doit être.

Comment vous trouvez le choix de Dansa Kourouma à la tête du CNT, le choix vous convient ou pas ?

Abdoulaye Kourouma : Moi, je ne rentre pas dans les débats de personne. Dansa Kourouma n’est pas un congolais, non plus un burkinabé, c’est un guinéen. Lorsqu’un guinéen bénéficie d’un décret d’un chef de l’État, il faut conseiller la personne pour être à la hauteur et prier pour le pays. On va juger Dansa à l’œuvre. Je pense qu’il sera un très bon guinéen et connaissant la situation sociopolitique actuelle de notre pays, je conseillerai à Dansa Kourouma d’être un bon guinéen et d’être au service de la Guinée tout en lui souhaitant bon vent.

Nous avons appris que vous en savez quelques choses sur la nomination de Dansa Kourouma à la tête du CNT. Qu’en savez-vous ?

Abdoulaye Kourouma : Personne ne peut être informé du pouvoir discrétionnaire du chef de l’État. Dansa Kourouma est un guinéen qui a été nommé à la tête d’une institution guinéenne. Tout ce qu’on peut lui souhaiter, c’est d’être un bon guinéen et surtout de travailler pour l’intérêt de la Guinée. De travailler pour les guinéens, pour la stabilité, pour l’unité de tous les guinéens. En savoir quelque chose de la nomination de Dansa Kourouma, je ne suis pas dans les secret de Dieu mais avant que le décret de sa nomination ne soit public, les réseaux sociaux étaient agités et les guinéens avaient prédit la nomination de Dansa Kourouma. Certains ont commencé à s’opposer et d’autres à apprécier, un mois avant le décret.

Est-ce que vous pensez que Dansa Kourouma peut bien mener la présidence du CNT ?

Abdoulaye Kourouma : Ce n’est pas une élection qui a amené Dansa Kourouma, c’est un décret. Lorsque ça ne va pas et que son comportement ne traduit pas l’aspiration de la majorité des guinéens, les gens ne resteront pas bouche bée.

Comme vous venez de le dire qu’il a été nommé et non élu, est-ce qu’il aura la main libre pour travailler ?

Abdoulaye Kourouma : Chacun de nous peut démarcher un décret ou en bénéficier. Qu’est-ce qui fera la différence des uns et des autres ? C’est le comportement, la manière de travailler et le sens du patriotisme que tu vas engager dans le travail. Dansa Kourouma doit essayer d’avoir sa liberté dans la gestion des choses. Parce que là où il est, il est à la croisée des chemins. Son avenir en dépend. Parler de Dansa dans d’autres fonctions demain, c’est cette carte qu’il est entrain de jouer. Je suis conscient et persuadé qu’il pensera à demain parce que la rentrée dans chaque chose, la porte est grandement ouverte. C’est la sortie qu’il faut travailler. C’est cette sortie là qui doit lui permettre d’être loyal envers la république et d’être dans l’esprit républicain pour le bonheur du peuple de Guinée et pour la stabilité de notre pays.

Interview réalisée par Sadjo Bah

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