Interview. Baisse des cours du pétrole, le litre à 9000 fg, le ministre des Hydrocarbures dit tout à Mediaguinee…

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Le Gouvernement guinéen vient de diminuer le prix du carburant de 10 000 FG/L à 9 000 FG/L. Pour en savoir plus sur ce niveau de réduction, notre rédaction a rencontré le ministre des Hydrocarbures, Diakaria Koulibaly. INTERVIEW…

Mediaguinee : Bonjour, M. Koulibaly 

Diakaria Koulibaly : Bonjour 

Mediaguinee : Depuis un moment, nous assistons à une chute du cours de baril de pétrole à l’international, quelles seraient les raisons de cette chute ?

DK : La chute du cours du pétrole est consécutive à la baisse de la demande mondiale pour cause de pandémie du coronavirus et à l’échec des pays producteurs de pétrole (OPEP) de s’entendre sur une diminution conséquente de la production.

Pourrait-on espérer une consolidation, donc une poursuite de la chute du cours du pétrole ?

La chute est aléatoire et se justifie fondamentalement par le contexte épidémiologique du Coronavirus.

Une inversion de courbe, c’est-à-dire un retour à la tendance haussière n’est pas exclu une fois la pandémie du coronavirus stoppée.

Il s’agit donc d’un phénomène hasardeux ?

Exactement, les économistes enseignent que ce qui est hasardeux est passager.

Pourquoi la baisse du prix du baril de pétrole n’est pas automatiquement reflétée à la pompe ?

Le décalage de prix se justifie par le fait que le carburant n’est pas acheté localement.

L’obligation contractuelle est pour les opérateurs pétroliers de transmettre au fournisseur étranger la commande 60 jours avant la date cible pour la livraison.

Cela suppose en termes clairs que la cargaison de carburant planifiée pour la consommation du mois d’avril 2020 est commandée auparavant au mois de février 2020.

Le prix à la pompe applicable au carburant consommé en avril 2020 ne peut donc refléter automatiquement l’affiche du prix du même mois du fait de l’effet stock.

D’aucuns estiment que la baisse du prix du carburant à la pompe n’est pas identique à la baisse du prix du baril de pétrole, que répondez-vous ?

Le prix du carburant à la pompe évolue conjointement avec le cours du pétrole brut mais jamais dans une proportion identique.

La part du prix du pétrole brut dans le prix du carburant vendu à la pompe ne représente que moins d’un tiers (d’1/3).

Le prix du carburant à la pompe dépend pour beaucoup de variables indépendantes des fluctuations du brut sur les marchés mondiaux à savoir la marge de raffinage, le fret et la marge du négociant, les coûts locaux de stockage, de distribution ainsi que la fiscalité intérieure. 

Ces éléments de coûts affectent les prix à la pompe dans une proportion de 60% et sont rigides à la baisse.

Autre variable explicative du décalage des prix est l’effet monétaire ou l’effet de change.

Quel est le rapport entre le cours du dollar et le prix à la pompe?

La facture d’achats du carburant importé en Guinée est libellée en dollar. 

Toute dépréciation du franc guinéen face au dollar renchérit le prix du carburant à la pompe.

Pour illustration, la parité dollar/franc guinéen est passée environ de 1 USD= 9 300 FG au mois d’août 2019, mois du dernier réajustement du prix à la pompe, à 1 USD = 9 800 FG (référence banques primaires) renchérissant ainsi le coût d’importation du litre de carburant de 500 FG et conséquemment le prix à la pompe 

En d’autres termes, en l’absence d’une dépréciation monétaire du mois d’août 2019 à date, le gouvernement aurait pu concéder une baisse supplémentaire de 500 FG/L c’est-à-dire fixer le prix à la pompe à 8 500 FG/L.

Vous comprendrez donc pourquoi en Guinée le prix à la pompe souffre de l’effet d’un dollar fort.

Pourquoi référencer le fixing banque primaire au lieu de la banque centrale (BCRG) ?

La Banque Centrale n’est pas confortable en stock de devises pour couvrir l’entièreté des besoins de financement du secteur pétrolier.

Les lettres crédit sont couvertes par les banques primaires d’où l’utilisation de leur taux de cession du dollar dans la structure des prix du carburant.

Avec le prix de 9 000 FG à la pompe, d’aucuns estiment que le prix pratiqué en Guinée est excessif par rapport aux pays voisins…

Non, les affiches de prix valorisées en FG/L pour le Sénégal, la Côte-d’Ivoire et le Mali sont les suivantes :

Pays            Produits              Montant (FG/L)

Sénégal      Essence                12 000

                    Gasoil                    10 000

Mali              Essence                 11 000

                     Gasoil                     10 000

Côte d’Ivoire Essence               9 600

                        Gasoil                   9 400

Au constat, le prix du gasoil est légèrement bas par rapport à l’essence dans ces pays, y a t-il une explication ?

Tout dépend de l’option économique et fiscale des pays.

Le gasoil étant considéré comme le carburant de développement, parce que utilisé par les industries, certains pays optent pour une politique de soutien à l’économie à travers un allègement fiscal visant à baisser son coût à la consommation 

Y a t-il  une conséquence économique pour la Guinée de pratiquer un prix à la pompe inférieur à celui des voisins?

Le coulage transfrontalier est incité par les avantages comparatifs des prix à la pompe et s’opère au détriment du pays pratiquant le prix bas qui subit un tarissement de ses réserves de devises pour cause du gonflement de ses commandes et factures d’importations.

Il s’en suit un déséquilibre de la balance commerciale induisant un effet inflationniste préjudiciable pour les consommateurs.

La Guinée n’a donc pas intérêt à pratiquer un prix à la pompe en retrait par rapport aux prix pratiqués dans les pays voisins.

Pour autant d’aucuns estiment que le prix bas du carburant contribue à enrichir les populations et qu’à ce titre, le gouvernement doit davantage baisser le prix à la pompe. Que leur répondez-vous ?

Fixer le prix du carburant en dehors de la réalité économique prive l’Etat de ses recettes, donc de sa capacité à faire face au besoin du développement socio-économique du pays.

L’Etat ne peut valablement accomplir sa mission qu’à travers les moyens de la mission que constituent les prélèvements des droits et taxes autorisés dans la loi des finances.

La pandémie du coronavirus sévit dans le monde et notre pays enregistre de plus en plus de cas contaminés, pourquoi la Guinée ne fera plus d’effort social que la Côte d’Ivoire par exemple ?

La riposte contre la pandémie du Coronavirus que je souhaite éradiquer du monde le plus rapidement possible se fait avec les ressources financières.

Je ne dispose pas de tous les éléments pour apprécier l’effort ivoirien en la matière, mais ce ne serait-ce que de par les affiches des prix à la pompe, un litre de l’essence en Côte d’Ivoire à 10 000 FG contre 9 000 FG en Guinée, vous comprendrez aisément que la Côte d’Ivoire à travers ses recettes pétrolières dispose de plus de moyens que la Guinée.

Il suffira pour la Guinée de vendre le carburant au même prix que le Sénégal, le Mali et la Côte d’Ivoire pour mobiliser les ressources internes suffisantes et agir à l’identique de ces pays dans la lutte contre la pandémie du coronavirus.

Aimeriez-vous dire autre chose ?

Je formule mes souhaits de bonne guérison pour tous les malades et me tiens comme d’habitude à votre disposition.

Merci, Monsieur le Ministre 

C’est moi qui vous remercie 

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