Interview. Dansa Kourouma : “c’est le CNOSCG qui a désigné Salif Kébé pour aller à la CENI, c’est cette entité qui doit le remplacer”

Print Friendly, PDF & Email

Le remplacement de feu Me Salif Kébé au poste de président de la commission électorale nationale indépendante (CENI) agite les esprits et crée des dissensions au sein de la société civile. Le barreau qui s’est déjà adjugé le droit de procéder au remplacement, n’est pas sur la même longueur d’onde que le conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG), une plateforme dont il est membre.

Dans une interview qu’il accordée à MEDIAGUINEE, le président du CNOSCG qualifie cette position du barreau, d’agitation et de manque de loyauté vis-à-vis du CNOSCG. Pour Dr Dansa Kourouma, de la manière dont feu Salif Kébé a été désigné par le CNOSCG pour aller à la CENI, c’est de cette même manière il sera remplacé. Interview…

Mediaguinee.com : Après le décès de Me. Salif Kébé, ex-président de la CENI, la loi voudrait qu’il soit remplacé par quelqu’un issu de la société civile. Alors en tant que plus grande plateforme de la société civile, comment le CNOSCG compte procéder à ce remplacement ?

Dansa Kourouma : Ce que j’aimerais vous dire, c’est que le conseil national des organisations de la société civile (CNOSCG), c’est cette plateforme qui a fait les démarches avec les partis politiques d’opposition en 2006-2007, pour la mise en place d’une CENI. Avant, les élections étaient organisées par le haut conseil aux élections ensuite par la CENA, mais tout ce dispositif était accompagné de faiblesse institutionnelle qui ne permettait pas aux membres des institutions concernées d’être indépendants et professionnels dans l’organisation des échéances. C’est ainsi que le CNOSCG a initié un plaidoyer avec les partis d’opposition d’alors, l’UFDG de Bah Mamadou, l’UPR de Siradio Diallo, l’UPG de Jean Marie Doré etc. C’est comme ça que le CNOSCG s’est retrouvé dans le processus de réforme institutionnelle pour la CENI. Alors comme c’est la seule entité qui représente la société civile en ce moment, elle a été admise pour faire prévaloir ses droits au sein de la CENI comme représentant de la société civile avec trois places. Mais comme le CNOSCG est composé de coalitions et de grands réseaux membres, la répartition des places se fait à l’interne en tenant compte de la diversité de ces organisations-là. Actuellement, on a 150 coalitions qui sont membres du CNOSCG, Ben SéKou Sylla est parti en tant représentant du forum des jeunes, Abass est parti comme représentant des avocats, c’est-à-dire les structures affiliées au CNOSCG et Louncény Camara est parti comme représentant de l’intercentrale syndicale, une structure également affiliée au CNOSCG. C’est ainsi que ces trois personnes ont été envoyées après un débat à l’interne du CNOSCG, c’est comme ça l’histoire s’est passée. Maintenant depuis cette date, comme le barreau est affilié au CNOSCG, quand on fait les réflexions internes, on dit donnons une place aux avocats, une place aux syndicats et une place aux ONGs pour que la pluralité interne de l’organisation ressorte, mais les correspondances pour désigner les représentants de la CENI sont adressées au conseil national. C’est ce conseil qui décide à l’interne, à qui donner le privilège ou le mandat. C’est pourquoi quand Kébé a été désigné, c’est moi que vous avez entendu défendre son choix. En ce moment, vous aviez entendu un avocat parler ? Non ! Aucun avocat n’a défendu Me Kébé. Par contre, ils l’ont combattu. C’est pourquoi la lettre qui a désigné Salif Kébé a été signée par moi, à ce titre-là, s’il doit être remplacé dans les même conditions que sa désignation, c’est celui qui a signé la lettre de désignation qui doit signer la lettre de remplacement. Maintenant qui doit le remplacer ? C’est un débat interne à l’organisation. Maintenant si une organisation se détache pour aller faire le débat sur la place publique, ça me gêne, parce que je suis affligé par la mort d’un proche comme Kébé qui a été emporté par Covid-19, qui n’a même pas fait ces quarante jours, je vois les avocats s’entre-déchirer. Plus de onze candidats pour remplacer Kébé, à l’intérieur seulement du barreau. Nous qui sommes l’entité mère, nous sommes tranquilles, on attend au moins que les quarante jours passent et qu’on soit saisi officiellement par les autorités compétentes.

Alors comment comprenez-vous la position du Barreau ?

C’est de l’agitation et je suis très très gêné par ça. Ce qu’il faut savoir, le Barreau n’a pas d’agrément d’organisation de la société civile. Les organisations de la société civile sont agréées par le ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation. Et le CNOSCG qui est l’entité mère, c’est elle qui dispose de l’agrément au nom de l’ensemble des composantes. Mais si une composante se détache individuellement, elle n’est plus régie par le principe de la société civile. Je prends l’exemple sur les associations professionnelles de média, on dit qu’à la HAC (haute autorité de la communication), des commissaires sont désignés par les associations socioprofessionnelles des médias. Imaginez que Mediaguinee seul, prenne l’initiative de désigner quelqu’un, est-ce que cette désignation est recevable ?  C’est l’association au sein de laquelle Mediaguinee évolue, qui doit mandater Mediaguinee pour représenter toute la corporation, mais le barreau veut gâter ce principe et je vous assure que je suis non seulement déçu du manque de loyauté interne, du manque de responsabilité vis-à-vis de la plateforme à laquelle le Barreau appartient et du manque de moral en s’agissant du remplacement d’un confrère qui est décédé dont la famille est encore en deuil. C’est cette indignation que j’exprime aujourd’hui.

Un consensus est-il possible entre le Barreau et vous ? 

Quand Kébé a été désigné et qu’il a été contesté même par l’opposition, c’est le CNOSCG qu’on a attaqué, vous avez entendu partout dire que c’est le CNOSCG qui désigne le président. Maintenant s’il s’agit de remplacer, le débat est clos, l’entité qui l’a désigné, c’est cette entité qui doit le remplacer, il suffit de mettre en place un dispositif de consultation interne. Si le Barreau n’a pas de candidat qui remplit les critères pour aller à la CENI, à l’interne du CNOSCG, on ne les choisira pas. Ce n’est pas parce que tu es avocat que tu dois aller à la CENI, il faut avoir une expertise dans le domaine électoral et être non partisan et aujourd’hui il y a des avocats qui sont dans des partis politiques, il y a des avocats qui ont pris des positions politiques. Certains n’ont pas d’expertise dans le domaine électoral. Je ne désignerais personne pour aller à la CENI, s’il n’a pas une formation BRIDGE, c’est le critère fondamental. Celui qui n’a pas ce certificat, n’est pas éligible au sein du CNOSCG, même s’il est le meilleur avocat du monde. La particularité, c’est le choix sur la base critère interne : c’est le critère de loyauté vis-à-vis de la plateforme, critère de maîtrise du processus électoral à travers un certificat BRIDGE, et aussi les critères d’indépendance politique, en plus entre autres critères. Donc ce n’est pas parce que tu es avocat qu’on va accepter te choisir. Je prends juste un exemple, quand Ben Sékou est décédé, ce n’est pas quelqu’un du CNOSCG qui l’a remplacé, c’est Louncény Camara qui est syndicaliste qui l’a remplacé, c’est ça le principe interne. Donc s’il y a des candidatures qui ne répondent pas aux critères, on ne prend pas. Actuellement, au sein du Barreau, il y a même un combat communautaire, on parle d’ethnie maintenant pour le remplacement de Kébé, moi j’en ai honte, je suis frustré, outré, indigné du fait qu’un collègue décède, sa famille est en deuil et ses amis proches s’entre-déchirent pour lui succéder, je suis indigné et j’aimerais bien que l’opinion sache cette indignation.

Vous Dansa Kourouma, est-ce que vous allez vous porter candidat pour remplacer Salif Kébé ?

Pour vous dire la vérité, avec le débat actuel, je serai obligé de désigner quelqu’un d’autre pour des raisons qui me sont propres, mais cette volonté dépend aussi des membres de mon organisation. J’ai dit ma volonté, mais celle des membres de l’organisation s’impose à moi. C’est la réalité des faits, en pareil cas, il faut que le président de l’institution se mette au-dessus de la mêlée pour donner l’opportunité à d’autres personnes, de faire prévaloir leurs droits. On a de grands experts dans le domaine électoral, dans les différentes organisations membres du CNOSCG. Certains ont dirigé la commission d’audit du fichier électoral, d’autres ont été observateurs de la CEDEAO, d’autres sont formateurs accrédités BRIDGE. Donc je suis à l’aise sûr que nous ayons une masse critique de personnalités capables de faire le travail. Par ailleurs, le problème de la CENI, ce n’est pas parce que c’est la société civile qui préside, le problème de la CENI, c’est sa composition, du fait que les partis politiques sont mieux représentés que la société civile, ça fait qu’il y a un déséquilibre de force. Les autres sont partisans et les deux seulement qui ne sont pas partisans, ont du mal à maintenir le bateau à cause de l’influence des autres. Donc c’est pourquoi, dans un avenir proche, je vais plaider et j’ai toujours plaidé pour une CENI technique, une CENI débarrassé de l’influence politicienne, qui soit composée de cadres techniques choisis sur la base de leur mérite professionnel et leur éthique dans le processus électoral. Je ne sais pas combien de temps va prendre ce plaidoyer, mais le jour que les dirigeants vont m’écouter, on sortira de la contradiction au sein de la CENI. Personne ne peut faire l’unanimité en Guinée, même si vous amenez aujourd’hui Robert Sarah à la CENI, on dira qu’il est de la Basse Côte, donc il travaille pour la Basse Côte. Nous sommes dans une société polarisée. Vous savez les briques qu’on confectionne, la forme des briques dépend de la forme du moule. Quand le moule est polarisé, tous les produits qui sortent de ce moule seront polarisés. Donc le moule Guinée, est un moule déformé, donc tous les produits qui y sortiront seront déformés, c’est ça la réalité. Mais ça dépend des personnes à résister à la tentation extrême et à faire le travail pour lequel ils sont là-bas et ces personnes-là sont rares dans la société guinéenne et c’est ce qui fait que nous sommes obligés de vivre avec des institutions un peu boiteuses.

Réalisée par Thierno Sadou Diallo

+224 662 76 75 74

 

Laisser un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.