Interview. Makanéra : ‘’Alpha Condé sera réélu sans doute comme le 1er président de la 4è République’’

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Après près de 7 mois d’absence suite à des raisons sanitaires, l’ancien ministre de la communication et leader du FND, Alhoussein Makanéra Kaké signe son retour en Guinée. A son domicile privé de Kobaya, dans la commune de Ratoma, l’ex-opposant devenu promoteur d’une nouvelle mandature d’Alpha Condé en 2020, s’est prêté aux questions de la rédaction de Mediaguinee. Interview…

J’ai gardé le silence parce que j’étais malade

Mediaguinee : Vous avez été longtemps absent de la scène sociopolitique guinéenne ces derniers temps, pendant que l’actualité guinéenne est marquée par des mouvements politiques, des contestations sociales. Qu’est-ce qui explique votre long silence ?

Je voudrais d’abord remercier le peuple de Guinée à travers votre média. Vous savez il y a 7 mois, j’étais à l’extérieur pas parce que je le voulais, mais parce que j’étais souffrant. J’ai gardé le silence parce que j’étais malade. Et, je remercie tous ceux qui m’ont accompagné par la prière, la bénédiction, le soutien moral, matériel et financier. Grâce à leurs prières et grâce à Dieu, je suis là encore.  Et, je peux dire que je suis en train de retrouver la plénitude de ma forme physique, mentale, morale et intellectuelle.

Les partis de l’opposition pouvaient dire ‘’on ne participe pas ‘’ c’est leur droit. Mais empêcher les autres de participer, c’est une catastrophe

Pendant votre absence, beaucoup d’événements se sont produits en Guinée. Entre autres le double scrutin du 22 mars dernier qui a été émaillé de violences, et qui a conduit à l’adoption d’une nouvelle constitution. Par la suite, une nouvelle Assemblée nationale a été mise en place avec à sa tête Amadou Damaro Camara. Votre regard sur le déroulement de ce double scrutin législatif et référendaire ?

Je voudrais féliciter et remercier tous ceux qui ont participé à ces élections, et surtout ceux qui nous ont apporté leur soutien en plaçant leur confiance en nous pour nous faire des députés à l’Assemblée Nationale. Je condamne les violences, quelle que soit l’origine, que ça soit des forces de l’ordre, de l’opposition. Puisqu’aujourd’hui, on a déploré beaucoup de cas de morts, de cas de blessés et de dégâts matériels pour la démocratie, alors que la démocratie est venue pour être un outil de développement et un facteur d’unité nationale. Quand je regarde ce qui s’est passé, je dirai que l’opposition n’a pas été à la hauteur de sa mission. Lorsque pour une première fois, le peuple a accordé à un seul parti politique 37 députés sur 114, c’est une représentation importante. Et que pour la législative suivante, ces partis refusent de participer, et vont jusqu’à dire qu’ils vont empêcher la tenue des élections, là c’est une catastrophe. Les partis de l’opposition pouvaient dire ‘’on ne participe pas ‘’ c’est leur droit. Mais empêcher les autres de participer, c’est une catastrophe. Donc, c’est déplorable. Ce n’est plus de la démocratie. C’est pourquoi, je leur demande de faire en sorte que l’élection du 18 soit un succès.

Aujourd’hui, on a besoin d’un homme comme Amadou Damaro Camara

Amadou Damaro Camara à la tête de l’Assemblée Nationale. Votre avis ?

C’est une chance non seulement pour la mouvance présidentielle, mais aussi pour la Guinée. Cela ne veut pas dire que celui qu’il a remplacé a démérité. Dans chaque législature, il faut son homme. C’est le lieu pour moi de saluer l’ancien président de l’Assemblée Nationale, Claude Kory Kondiano qui est venu dans un contexte difficile où le parti majoritaire n’avait même pas la majorité absolue. Il a su faire de cette législature une institution. Et, aujourd’hui, on a besoin d’un homme comme Amadou Damaro Camara. Je crois qu’il s’est imposé lors de la dernière législature et c’est pourquoi je suis convaincu que sa présence à l’hémicycle fera en sorte que la Guinée puisse aller de l’avant et beaucoup de lignes vont bouger.

Si le FNDC avait existé au préalable, aujourd’hui il ne devait plus exister. Au début, j’avais dit que c’est l’UFDG qui est déguisé en FNDC

Le FNDC se bat non seulement contre cette constitution adoptée à l’occasion des élections passées, mais aussi, il demande le départ du président Alpha Condé…

Je veux vous dire d’abord que le FNDC n’existe pas. Même si le FNDC avait existé au préalable, aujourd’hui il ne devait plus exister. Au début, j’avais dit que c’est l’UFDG qui est déguisé en FNDC. Plus que les Guinéens ne sont pas tous que des moutons, les Guinéens savent faire la différence entre un combat politique pour la Guinée, et un combat purement ethnocentrique et communautariste pour un parti politique. Aujourd’hui, si on tient compte de leur sigle, ils avaient dit ‘’Front national pour la défense de la constitution‘’ quelle constitution ? La constitution c’est un contrat social, c’est-à-dire ce que les Guinéens dans leur grande majorité ont accepté de se faire gérer par un texte fondamental qui est la norme supérieure, et cette constitution ne peut être que celle qu’on a aujourd’hui.

Le peuple de Guinée est convaincu qu’il n’y pas une alternative plus crédible que le Professeur Alpha Condé

Donc, vous pensez impossible le départ d’Alpha Condé en 2020 ?

Si le peuple de Guinée veut qu’Alpha Condé parte, il partira. Mais si le peuple de Guinée, dans sa majorité veut qu’Alpha Condé reste, il restera. Mais ce sont les urnes qui détermineront cela. Ce n’est pas la volonté d’une partie de la Guinée ou d’un groupe de personnes. Il n’y a pas plus souverain que le peuple, mais laissons le peuple, c’est ce qu’on appelle les élections. Participer déjà à une élection, ce que vous acceptez d’abord la défaite avant de penser à la victoire. Nous, nous avons dit allons aux élections. Et, aujourd’hui, le peuple de Guinée est convaincu qu’il n’y pas une alternative plus crédible que le Professeur Alpha Condé. Parce qu’il est en face des gens qui ont montré leur limite quand ils étaient au pouvoir avec feu Lansana Conté. Ceux qui disent aujourd’hui qu’ils sont contre le Professeur Alpha Condé parce que son bilan est négatif, ils étaient contre lui avant même qu’il ne soit Président de la République.

Dans la plupart des pays démocratiques, c’est le Ministère de l’Administration du territoire qui organise les élections, et souvent ceux qui organisent les élections perdent

L’ancien président de la CENI Me Salif Kébé est décédé à votre insu et il est aujourd’hui remplacé par Kabinet Cissé. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle équipe de l’institution ?

Vous savez, j’ai toujours la même position. Les débats en Guinée sont personnalisés. Alors que, quand on doit fait un débat autour d’une institution, c’est le fonctionnement normal et rigoureux de l’institution qui est important, ce n’est pas la personne. Vous vous rappelez quand Louncény a été contesté, on a fait venir un Malien qui a organisé l’élection présidentielle du deuxième tour en 2010 ; mais ce résultat a été contesté de la même manière. Quand Louncény est revenu on a tout fait pour qu’il parte. Et Bakary Fofana a été contesté de la même manière. Après Bakary, Me Salif qui est décédé, a été contesté. Aujourd’hui, ce sont les mêmes personnes qui contestent Monsieur Kabinet Cissé. Moi, je dis qu’il faut élever le niveau du débat. L’essentiel, c’est d’organiser le peuple, les institutions de manière que même si le président de la CENI et les commissaires voudraient aider un parti politique, qu’ils ne puissent pas l’aider. Dans la plupart des pays démocratiques, c’est le Ministère de l’administration du territoire qui organise les élections, et souvent ceux qui organisent les élections perdent.

Justement est-ce que vous pensez que cette équipe est capable d’organiser l’élection présidentielle annoncée pour le 18 octobre prochain ?

Mais cette équipe est capable d’organiser les élections. C’est-à-dire les gens donnent tellement de pouvoir à la CENI qu’elle n’en a même pas, et qu’elle ne prétend même pas l’avoir. Ce n’est pas la CENI qui décide de l’organisation des élections, c’est la loi qui fixe les dates. Ce n’est pas la CENI qui finance les élections, et même la sincérité des résultats dépend en grande partie des acteurs politiques de l’opposition et de la mouvance que la CENI au niveau national. Parce que les résultats des bureaux de vote, c’est au niveau des bureaux de vote ; il y a des procès-verbaux qui sont établis à cet effet. C’est la sommation de l’ensemble de ces résultats qui donne le suffrage total exprimé pour un parti politique. Le président de la CENI qui est là ne peut rien changer par rapport à cela. Donc, c’est un débat inutile. Moi, je pense que l’essentiel, c’est de mobiliser ses partisans pour qu’ils puissent se faire recenser. Quand ils se font recenser, c’est de les mobiliser de venir voter le jour du vote, et de faire en sorte que ceux qui doivent vous représenter au niveau de ces bureaux de vote, soient là très tôt et qu’ils restent jusqu’à la fin des décomptes.

Vouloir demander le départ d président IBK, moi, je pense que c’est de trop

Vous suivez également l’actualité au Mali voisin, il y a une partie du peuple qui demande déjà le départ du Président Ibrahima Boubacar Kéita. Aujourd’hui, la CEDEAO a organisé des négociations sans succès. Votre avis ?

C’est très regrettable ce qui se passe au Mali. C’est vraiment déplorable parce qu’Ibrahim Boubacar Kéita est un Président qui a été légalement et légitimement élu au Mali. Vouloir demander son départ, moi, je pense que c’est de trop. Si je crois à ce que j’ai vu écrit, il a fait beaucoup de concessions jusqu’à demander une équipe gouvernementale ouverte à l’opposition. Pour moi, ça c’est déjà important. Mais moi, je pense que le vrai combat que les maliens doivent mener aujourd’hui, c’est le combat pour l’unité du Mali. Parce que c’est un pays qui souffre avec ce qui se passe au nord et qui se déplace de plus en plus vers le centre, qui prend une connotation ethnique. Donc, Ils ont tellement de problèmes à résoudre que de se focaliser sur un débat pour moi qui n’est pas d’utilité aujourd’hui. C’est-à-dire demander le départ d’un Président légitimement élu et qui est encore en cours de mandat. C’est quelque chose qu’il ne faut pas commencer sinon ça va faire des précédents.

Le Combat est porté dans ce pays par un grand religieux, l’imam Dicko. Aujourd’hui chez nous en Guinée, des voix commencent à se lever pour demander au premier imam de Fayçal de s’opposer à certaines actions du gouvernement. Qu’en pensez-vous ?

Tout imam, tout religieux qu’il soit catholique ou musulman, qui prend faits et causes pour l’opposition ou une partie de l’opposition, sera directement catalogué comme celui qui se bat pour une communauté ou pour une région, alors qu’un religieux est là pour tout le monde

Les gens se trompent. D’abord le combat que mènent les Maliens, la plus grande partie de la population malienne se reconnait dans ce combat. Parce que ce combat, selon ce qu’ils disent, selon les actes, semble être pour tous les Maliens. Mais ce qui se passe en Guinée, c’est un combat communautariste et ethnique. Tout imam, tout religieux qu’il soit catholique ou musulman, qui prend faits et causes pour l’opposition ou une partie de l’opposition, sera directement catalogué comme celui qui se bat pour une communauté ou pour une région, alors qu’un religieux est là pour tout le monde. Donc, ce que l’imam peut dire… vous savez ce que l’islam autorise. L’islam interdit le mensonge, la violence, la traîtrise, l’ethnocentrisme et le communautarisme, combattez ça. L’islam est pour la justice sociale, battez-vous pour la justice, l’islam est pour l’amour, battez-vous pour l’amour, la fraternité, la réconciliation. Si vous estimez que toutes ces valeurs que je viens de citer, se retrouvent dans le programme et dans le comportement d’un leader, vous votez pour ce leader là, vous êtes sur le chemin de Dieu et Dieu vous récompensera. Même après que ce leader-là ait été élu, il fait des choses pour lesquelles vous n’avez pas voter pour lui, vous n’êtes responsable de rien. Mais si au départ, vous êtes convaincu que ce leader est incapable de répondre aux aspirations du peuple de Guinée, et par rapport à ce que je viens de citer, vous votez pour lui parce qu’il vous a donné de l’argent, parce que vous parlez la même langue, parce que vous êtes de la même communauté ou de la même ethnie, sachez que vous serez condamné par Dieu.

Comme nous parlons de religion, on va enchaîner avec cette autre question. Ces derniers temps, il y a un homme religieux qui fait la Une de l’actualité à Kankan. Il s’appelle Nanfo Diaby, grand prédicateur de l’Alphabet N’Ko, il fait ses prières en Maninka. Aujourd’hui, l’opinion nationale est divisée sur la question. Vous avez certainement suivi cette autre actualité. Votre position. 

Lorsque l’imam va prier en maninka, il est déjà perdant   

Vous savez quand on est musulman, on ne fait pas ce qu’on veut, on fait ce que Dieu a dit. Et pour être musulman, il faut être sûr et certain que sur tout ce qui existe sur cette terre, tout a été créé sauf le Coran. Le Coran c’est la parole divine, il est au-dessus de tout. C’est pourquoi on est même incapable de le traduire. Et lorsque l’imam va prier en maninka, il est déjà perdant. Celui qui dit qu’il connait tous les sens des versets du Coran, c’est parce qu’il n’a rien compris du Coran. Donc, celui qui dit qu’il prie en maninka, il n’a qu’à chercher son Coran et le lire exactement. La connaissance même du Coran, c’est en fonction de l’évolution de la science et de nos mentalités. Donc, on ne peut pas prier dans une autre langue si ce n’est pas langue arabe du Coran.

J’ai décidé de lui donner le nom de mon enfant à Kassory pour qu’il y ait beaucoup de Kassory dans ce pays

Avant de lancer un message au peuple, je vais vous poser cette question. Vous avez décidé de donner le nom de votre enfant au Premier Ministre Ibrahima Kassory Fofana…Peut-on en connaitre les raisons ?

Oui, Kass est une référence pour moi. Vous savez, je suis allé voir Kassory Fofana, à l’époque président du GPT au lendemain de l’élection du Professeur Alpha Condé au pouvoir pour créer ce qu’on appelle aujourd’hui le Rpg-arc-en-ciel. A l’époque, il n’était pas d’accord. Mais, moi j’étais à la mouvance et lui à l’opposition, nos relations humaines sont restées intactes. Je le fréquentais régulièrement et il me recevait avec tous les honneurs. Et un autre moment est arrivé, il était avec le Professeur Alpha Condé et moi j’étais de l’opposition, nos relations ont continué et j’ai vu autour de lui qu’il n’a pas un problème de choix. Dire tel est de telle ethnie, tel est de telle préfecture, il privilégiait les compétences. C’est pourquoi j’ai dit que Kass est une référence. Je ne voulais pas le célébrer et l’honorer à titre posthume, c’est pourquoi j’ai décidé de lui donner le nom de mon enfant pour qu’il y ait beaucoup de Kassory dans ce pays.

L’erreur de l’UFR est venue de son alliance avec l’UFDG

Votre réaction sur les démissions en cascades à l’UFR de Sidya Touré.

Je ne veux parler tellement de l’UFR. Vous savez Sidya Touré c’est mon oncle. C’est un parti politique qui, à un moment donné, a représenté l’espoir. Mais, je crois que l’erreur est venue de son alliance avec l’UFDG. Vous savez, les peuls disent ’’vous vous brûlez et vous vous rebrûlez vos doigts encore, ça c’est la sauce’’. En 2010, ils ont fait une alliance, il avait près de 13%. Si on n’avait pas annulé, Sidya était au tour de 14 à 15%. Moi, j’ai été clair, qu’il ait démission ou pas, pour moi, personne n’a la chance de gagner qu’Alpha Condé en 2020. Mais, pour l’avenir du parti, je voudrais que les leaders politiques à tous les niveaux de l’UFR, tirent la leçon de leur alliance avec l’UFDG.

Ce sont les anciens du PUP qui sont venus décapiter l’UFDG et s’imposer

Le message au peuple de Guinée.

Je remercie ce peuple qui n’a pas voulu que la Guinée brûle. Vous savez, certains avaient dit que la Guinée allait brûler s’il y a nouvelle constitution, mais la Guinée n’a pas brûlé grâce à ce peuple. C’est pourquoi je le salue et je le remercie. Et je dis à ce peuple de continuer ce combat pour qu’il y ait une élection présidentielle apaisée, pour qu’Alpha Condé puisse achever ses réalisations, puisqu’il sera réélu sans doute comme le premier Président du premier mandat de la quatrième République pour qu’il incarne davantage l’unité de la Guinée. Malheureusement chez nous, les gens ne comprennent pas que ceux qui se battent-là ne se battent pas pour eux, ils se battent pour un petit clan. Quand je prends le parti politique le plus fort de l’opposition, l’UFDG, c’est dommage. Mais la réalité c’est quoi, ce sont les anciens du PUP qui sont venus décapiter ce parti de l’opposition et s’imposer. Que ça soit le président de l’UFDG mon grand frère Elhadj Cellou Dalein Diallo, 11 ans ministre et même Premier ministre, ses adjoints, l’un était gouverneur de la banque centrale quand nous, on était dans l’opposition, il n’osait même pas s’approcher du siège d’un parti politique de l’opposition. Quand vous prenez mon grand-frère Kalémodou Yansané qui est un autre vice-président, il était directeur national du fonds d’entretien routier. Donc, tous les anciens vice-présidents ont tous été des ministres dans ce pays. Ceux qui se sont battus avec Bâ Mamadou, avec Alpha Condé, Siradiou Diallo, ceux qui sont là-bas, on leur a réservé une autre place.

Réalisée par Mohamed Cissé

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