Interview. Mamadou Sylla : « c’est vrai, le prix du blé a grimpé, mais en Guinée, quand le prix monte, ça ne descend plus »

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Dans une interview accordée à Mediaguinee, Elhadj Mamadou Sylla, président de l’Union Démocratique de Guinée (UDG) et ancien président du Patronat guinéen, s’est prononcé sur l’actualité sociopolitique de la Guinée. De la plainte contre l’ancien président Alpha Condé à la création de la CRIEF, en passant par l’appel de Dr Ousmane Doré à l’endroit des partis de l’opposition pour accompagner la transition et l’augmentation du prix du pain, toutes les questions ont été abordées par l’homme d’affaires prospère. Lisez !!!

Plainte contre Alpha Condé? Ça dépend des preuves qu’ils (les plaignants) ont contre l’accusé

Mediaguinee : Que pensez-vous de la plainte portée contre l’ancien président guinéen Alpha Condé ?

Mamadou Sylla : Vous savez que tout le monde est justiciable dans le pays et personne n’est au-dessus de la loi. Ça dépend des preuves qu’ils ont contre l’accusé et je crois que le juge qui a le dossier va voir comment donner suite à cette plainte des citoyens.

Je ne sais pas de quel titre Ousmane Doré appelle cette opposition. Il n’a pas de titre, il n’a pas de mandat pour appeler comme ça l’opposition guinéenne, c’est trop fort pour lui.

Mediaguinee : Que pensez-vous de l’appel lancé par Ousmane Doré invitant les partis de l’opposition à s’unir pour accompagner la transition guinéenne ?

Mamadou Sylla : Je ne sais pas de quel titre Ousmane Doré appelle cette opposition. Il n’a pas de titre, il n’a pas de mandat pour appeler comme ça l’opposition guinéenne, c’est trop fort pour lui. On ne peut faire un communiqué comme ça comme si c’était quelque chose de formel. Il s’est autoproclamé médiateur, et moi je dis qu’il n’a aucun mandat pour proposer ça pendant que la classe politique n’est pas d’accord avec ça. Je sais que c’est de bonne guerre. Si Monsieur Doré est déjà leader d’un parti politique, c’est de bonne guerre pour qu’il puisse se faire entendre et faire la publicité pour son parti. Je pense que c’est ce qu’il est en train de faire, il fait la publicité de sa plateforme sinon il n’a aucun caractère officiel qui puisse faire qu’il soit le médiateur et appeler. Il se trouve que par rapport à la politique il est très jeune, il vient de commencer. Il a trouvé des gens, des politiciens qui sont là depuis, nous on a fait 30 ans, lui il est venu qu’au mois d’octobre passé en politique, lors des élections de 2020. Ça veut dire qu’aujourd’hui je ne le vois même pas sur le terrain, donc s’il veut faire tout ça au nom de d’autres personnes qui ont fait 30 ans, 15 ans, 20 ans, en tout cas moi il ne parle pas en mon nom, il ne parle pas aussi au nom de ma coalition et l’inter-coalition même que j’ai.

Mediaguinee : Depuis quelques jours déjà, les citoyens déplorent l’augmentation du prix du pain. Quel est votre avis là-dessus ?

Aujourd’hui, c’est vrai, le blé est monté mais le gros problème qu’on a ici en Guinée, quand le prix d’un produit monte ça ne descend plus. Tout ça pour dire que la flexibilité des prix n’est pas suivie, et au niveau de l’État et au niveau du privé. Tout ça est dû à un manque d’organisation.

Mamadou Sylla : Vous savez, en tant qu’expert dans la matière, car comme vous le savez je suis plein dans ce qui est des affaires, j’ai été élu président du Patronat et pendant 18 ans j’ai présidé. Quand je dis patronat je parle des entreprises et groupes d’entreprises, j’ai coiffé même les boulangers et toutes les affaires de commerce et même les détaillants parce que j’ai été nommé par décret comme président du secteur public, secteur privé et je sais ce qui se passe au niveau des changements du prix de tout ce qui est des denrées alimentaires des marchandises de tout genre. Vous savez, comme le monde est devenu un village planétaire et certains produits vendus internationalement, comme le riz, le blé, le carburant, les gens savent combien ça coûte. Aujourd’hui, c’est vrai, le blé est monté mais le gros problème qu’on a ici en Guinée, quand le prix d’un produit monte ça ne descend plus. Tout ça pour dire que la flexibilité des prix n’est pas suivie, et au niveau de l’État et au niveau du privé. Tout ça est dû à un manque d’organisation. Et chez nous ici, celui qui sait organiser tout ça, c’est lui qui a les moyens, c’est lui qui a de l’expertise, qui a beaucoup d’expériences, les gens s’en foutent de ça.

On dit que chez nous, le pays est riche c’est vrai mais les plus pauvres de la sous-région se trouvent chez nous encore, parce que la richesse n’est pas bien partagée

Le peuple de Guinée est très soumis, il a trop souffert, le peuple de Guinée doit maintenant avoir la paix et les moyens de vivre décemment. On dit que chez nous, le pays est riche c’est vrai mais les plus pauvres de la sous-région se trouvent chez nous encore, parce que la richesse n’est pas bien partagée. Ça surprend parce qu’on a la bauxite, le diamant, l’or, le manganèse, le fer, nous avons tout ici. Aujourd’hui le pétrole n’est pas exploité mais il y en a, il y a les gisements de pétrole chez nous. On a toutes les richesses du monde ici chez nous mais ce n’est pas exploité et ce qui est exploité aussi n’est pas bien géré par les politiques.

Mediaguinee : Autre question à aborder également dans cette interview, il s’agit de la création de la CRIEF. Qu’est-ce que vous en pensez ?

La chose publique doit être sauvegardée parce qu’elle peut être un facteur de pauvreté comme ça peut être un facteur de richesse créée par la population. Quand vous détournez un franc du contribuable pour construire une école ou vous empêchez un enfant d’aller à l’école, ça ne fait pas bon ménage.

Mamadou Sylla: Ce n’est pas une chose mauvaise en soi. Je ne suis pas juriste, c’est vrai, mais le fait d’être resté longtemps avec les hommes de droit, soyez avertis que je me suis beaucoup frotté dans les affaires, et même au monde de la justice, et je peux dire que selon ma vision c’est une bonne chose parce que pour essayer de mettre de l’ordre, la moralisation de la chose publique est une bonne chose. La chose publique doit être sauvegardée parce qu’elle peut être un facteur de pauvreté comme ça peut être un facteur de richesse créée par la population. Quand vous détournez un franc du contribuable pour construire une école ou vous empêchez un enfant d’aller à l’école, ça ne fait pas bon ménage. Et si les choses se font très bien, sans chasse aux sorcières, comme le colonel lui-même l’a dit à son arrivée, que c’est la justice qui va trancher désormais, une justice qui ne sera pas politisée, je pense que ce sera bon. Cette cour va juger les fonctionnaires et les hauts fonctionnaires de l’État. Mais quand on voit les ministres normalement, les députés sont couverts par l’immunité, alors je ne demandais comment on allait faire quand un ministre est incriminé dans une affaire ? Quand un député est incriminé dans une affaire, comment le juger? Finalement, on a trouvé surtout avec la haute Cour de justice ajoutée à la CRIEF, la nouvelle institution judiciaire, je pense que je n’ai plus de problème là-dessus. Que ce soit un ministre ou un député qui commet un délit, si la justice a quelque chose contre eux, et si bien sûr ils sont coupables, on ne parlera plus d’immunité. En tout cas, tout le monde a intérêt à respecter et à se comporter comme il se doit devant la loi. Sinon comme j’ai commencé par le dire, désormais il n’y a ni président ni ministre et ni député. Personne n’est au-dessus de la loi, tout le monde est habileté à répondre de ses actes devant la justice.

Maciré Camara

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