Mansour Kaba : ‘’opposant, Alpha Condé prétendait que celui qui votait pour quelqu’un d’autre que le RPG votait pour Lansana Conté’’

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Depuis Abidjan où il se trouve en ce moment, Elhadj Mansour Kaba suit de près la situation socio-politique en Guinée. Dans une interview qu’il a bien voulu accorder à Mediaguinee, l’ancien ministre et leader du Parti Panafricain de Guinée (PAG), sans langue de bois, est revenu sur les raisons de la crispation politique dans le pays et pourquoi il a préféré prendre ses distances avec Alpha Condé. Interview…

Mediaguinee : Depuis plusieurs mois, vous avez choisi de vivre à Kankan, votre ville natale. Peut-on en connaître les raisons ?

Elhadj Mansour Kaba : Merci à MEDIAGUINEE.COM de me donner encore une fois l’occasion de m’exprimer sur quelques problèmes saillants de la vie socio-politique et économique de notre pays, la République de Guinée. Les raisons de ce long séjour de huit mois (du 1er février 2020 au 1er octobre 2020) sont très simples : j’y étais venu d’abord pour la campagne des élections législatives de mars 2020. Ensuite j’y suis resté pour me reposer des longs mais intéressants voyages que je mène depuis plus de quarante-cinq ans à travers le monde. Et enfin pour démentir les ragots des extrémistes du RPG qui, depuis les années 1990, n’arrêtent pas de raconter des bobards en disant à qui veut les écouter que je n’aimais pas ma ville natale et que je n’y possédais pas le moindre poulailler en guise d’habitation. Je leur retourne leur mensonge en demandant à M. Alpha Condé si, après dix années de pouvoir, il a construit la plus petite maison à Kankan, à Kouroussa et à Siguiri. La plupart des chefs d’Etat africains passent leurs vacances dans leur localité d’origine où ils ont réalisé des résidences dignes des citoyens de leurs rangs. Demandez à M. Alpha Condé combien de temps il a passé en dix ans dans son « village de Baro » ?

Vous n’êtes pas cet homme politique qui chôme ou qui passe le plus clair de son temps dans les radios ou sur les sites Web. Après le bureau, vous êtes au champ. Expliquez-nous comment avez-vous été animé par ce choix ?

Depuis cinquante années que j’ai commencé à travailler en qualité d’ingénieur diplômé du génie civil et d’économiste formé dans la grande Université Technique de Munich en Allemagne, j’ai travaillé pendant trois années à Munich en qualité d’ingénieur de calcul des structures métalliques (1970-1972) puis je suis venu m’installer en Côte d’Ivoire, pratiquement de 1973 à 2010. C’est en fait à partir de cette période que je suis rentré définitivement en Guinée à la tête de mon propre bureau d’études. Ayant, durant toute ma vie professionnelle d’un demi-siècle, dirigé des équipes mixtes d’architectes et d’ingénieurs africains, j’avais soif de venir m’investir chez moi à Kankan. L’habitude du travail bien fait m’a amené cette année à ouvrir des champs de maïs, de riz, de manioc, de patate et d’autres graminées dans les environs immédiats de la ville de Kankan. Je préfère laisser la fréquentation des cafés et des « grains » aux victimes des régimes qui n’ont fabriqué que des chômeurs depuis déjà plusieurs générations.

Récemment vous avez fait une sortie au vitriol contre le président Alpha Condé et son système. D’où est venu votre divorce avec le chef de l’Etat, alors que vous l’avez accompagné un temps ?

La question des relations d’Alpha Condé avec les autres est simple : ou bien vous vous soumettez à sa volonté ou alors vous êtes, selon lui, contres sa personne. Alpha Condé n’a ni collaborateurs, ni collègues. Il sait tout et il n’a besoin de l’avis de personne. J’ai déjà travaillé avec plusieurs chefs d’Etat africains et d’autres continents qui m’ont écouté. Dans le cas de notre président de la République, j’ai constaté qu’il a déjà trahi tous les engagements pris par lui avant de devenir locataire de Sèkhoutouréya. Il ne peut travailler qu’avec des « bénis oui-oui » opportunistes. Et moi, je n’en suis pas un.

Vous avez été au même titre qu’Alpha Condé farouche opposant sous Lansana Conté. Et on dit que vous étiez des rivaux. Comprenez-vous toujours le fait que Kankan ait préféré Alpha Condé à vous ?

Il n’y a rien d’étonnant à cette situation. L’autre nom de la ville de Kankan c’est : « NABAYA ». Cela veut dire la ville des nouveaux venus. Pour la petite histoire, la ville de Kankan est le dernier des quatre villages créés par nos quatre alleux de Soumankoï, Batè-Nafaddji, Bankalan et Kankan. Ce dernier village a été caractérisé par la tolérance, l’hospitalité et l’intégration des nouveaux-venus dans le système social du village. Ce qui a tout le temps attitré des nouveaux venus. D’où la rapide croissance du plus petit village des « Kaba ». Le seul arrivant que Kankan a poliment rejeté a été Elhadj Omar Tall que les lettrés de cette ville ont vu comme un conquérant. René Caillé a subi le même sort, en route pour la cité de Tombouctou et déguisé en voyageur arabe. Les érudits de Kankan ont compris qu’il était un imposteur non musulman. Mais on l’a laissé continuer sa route.

Cette préférence pour les « autres qui viennent d’ailleurs » se manifeste à Kankan depuis la campagne des législatives de 1947 à l’occasion desquelles les électeurs de Kankan ont préféré le candidat Mamba Sano de Kissidougou à Lamine Kaba, dit Lamine-Sadji. Pour les élections communales de 1956, les électeurs de Kankan ont préféré Magassouba à l’entrepreneur Diafodé Kaba. Il n’y a donc rien d’étonnant qu’en 1993 et dans les occasions suivantes, les mêmes électeurs aient préféré Alpha Condé à Mansour Kaba. Mais dans ce cas précis, je voudrais citer un proverbe qui dit que « le mensonge a beau courir, il finit par se faire rattraper par la vérité ». Car pour une vérité dans les arguments de campagne du RPG, il y avait neuf mensonges et beaucoup de brutalité. Or en Haute Guinée, aujourd’hui, le nom d’Alpha Condé ne fait plus rêver. Voyez les efforts que son parti gouvernemental fournit actuellement pour empêcher Cellou Dalein Diallo de l’UFDG de venir faire campagne à Kankan. Cela est inédit dans l’histoire de ma ville natale. C’est plutôt un signe de très grande faiblesse du RPG-AEC.

Parlons élection. Les Guinéens se rendront aux urnes le 18 octobre prochain pour élire le président de la République. Etes-vous satisfait de la conduite du processus électoral ?

Si vous parlez de « conduite du processus électoral », je crois que vous voulez considérer toutes les institutions qui sont chargées de l’organisation des élections. Pour commencer, la crédibilité de la CENI et des autres organisations étatiques est très lourdement entachée tant au niveau de l’organisation des dernières élections communales, qu’à celui des élections législatives de 2020. Ces organes sont soumis aux désidératas du pouvoir en place : sous la présidence de Lansana Conté, c’était le PUP qui gagnait partout avec les bénédictions de la CENI. Aujourd’hui, c’est la volonté d’Alpha Condé qui prime sur toutes les autres considérations d’équité, de transparence et même de démocratie.

Les cadres guinéens qui dirigent ces institutions ont appris à présenter au monde extérieur (Nations Unies, Union Africaine, Union Européenne, CEDEAO et autres partenaires bilatéraux) un visage reluisant de la démocratie à la guinéenne. Mais dans les faits, tous les résultats sont « revus et corrigés » au profit du potentat du moment. Tout est dans la forme, mais rien n’est vrai en réalité !

Pourquoi n’avez-vous pas été candidat à cette élection ?

Nous ne sommes pas dupes au point de croire que les résultats présentés par la CENI et la Cour Constitutionnelle sont authentiques. Au cours des dernières élections législatives de 2020, notre liste du PAG aurait obtenu rien qu’à Kankan, Nzérékoré et Siguiri suffisamment de suffrages pour envoyer deux députés à l’assemblée nationale. Il faudrait ajouter à ces trois circonscriptions les voix obtenues ailleurs et le résultat aurait été plus fort. Mais le régime d’Alpha Condé ne pouvait pas me voir député à l’assemblée nationale. Notre liste a, de ce fait, été classée dernière avec le score le plus minable de ces élections. L’une des conséquences directes de ce score était la perte de notre caution de deux cent millions de francs guinéens.

Ce n’est pas la caution de huit cent millions de francs guinéens pour cette élection présidentielle qui nous effraie. Mais lorsque vous savez que les résultats finaux sont dictés par le pouvoir en place, vous n’allez pas perdre votre temps à déposer une caution et à mener une campagne électorale sur des routes nationales qui ne valent plus les pistes rurales des pays voisins et dont les résultats sont à l’avance frappés dans du marbre. C’est ainsi qu’en 1998, nous avons, au niveau du « Parti DYAMA », décidé en congrès extraordinaire à Kankan, que tant que Lansana Conté sera président de la République, le Parti DYAMA n’allait plus participer à des élections présidentielles. Le RPG y a participé avec, à la clé, quelques deux années de prison pour son président Alpha Condé ! Nous préférons continuer la lutte contre toute dictature avec d’autres moyens démocratiques.

Comment avez-vous analysé le discours du président aux « Kankankas » quand il dit « si vous votez pur un autre candidat que celui du RPG, vous avez voté pour Cellou Dalein » ou Cellou qui dit : « Si Alpha veut la guerre, il l’aura ».

Cette question me semble être la plus importante de votre interview. Je vais m’efforcer d’y répondre de la manière la plus responsable. Il n’appartient pas à Alpha Condé de réduire le vote des citoyens guinéens à un duel entre Cellou Dalein Diallo et lui. Cette déclaration est pleine de présomption et de suffisance. Mais il en a l’habitude, puisque, du temps de son opposition contre le président Lansana Conté, il prétendait que celui qui votait pour quelqu’un d’autre que le RPG votait pour Lansana Conté. Je me sentais visé en ces temps-là. Quant à la détermination de Cellou, il faut la prendre au sérieux.

Avant l’éclatement de la guerre civile en Côte d’Ivoire, nous vivions dans ce pays une situation semblable à celle que nous vivons aujourd’hui en Guinée : les principaux protagonistes, en l’occurrence Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, tout comme ceux de Côte d’Ivoire dans les années 2010, marchent l’un vers l’autre avec un sabre sorti de son fourreau prêt à attaquer son adversaire. Aucun de ces leaders ne veut entendre raison. Cellou n’acceptera jamais la victoire d’Alpha Condé et celui-ci s’interdit d’imaginer Cellou au Palais de Sékhoutouréya ! La suite logique de cette détermination de part et d’autre est, il faut malheureusement le dire, la guerre civile dans notre pays.

Des violences préélectorales sont enregistrées çà et là dans le pays. A Labé, à Dalaba, à Faranah et aussi à Kankan. Quelle est votre lecture de la situation,

Toutes ces manifestations violentes sont déjà les signes avant-coureurs d’une guerre civile sans que nous y accordions l’importance que cette situation mérite. Lorsque des extrémistes attaquent le convoi du Premier ministre en Moyenne Guinée, c’est très grave. Mais voir les « fous du roi » du RPG venir jusqu’à Tokounou à plus de cent kilomètres de la capitale de la Haute Guinée, tout juste pour bloquer le convoi de Cellou Dalein Diallo et lui refuser l’accès à la ville de Kankan, c’est encore plus grave. D’autres événements du même genre ont eu lieu en divers endroits du pays dans l’impunité la plus totale. Et que font les services de sécurité dans toute cette situation ? Avant l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé et selon son propre diagnostic, le pays existait, et l’Etat avait disparu. Mais dix ans après son accession à la magistrature suprême, la République de Guinée n’existe plus que par le nom. L’entêtement d’Alpha Condé à vouloir mourir au pouvoir, quitte à mettre notre pays à feu et à sang, doit être condamné par tous les démocrates et patriotes de Guinée et d’ailleurs.

Dans la fièvre du scrutin présidentiel, la Guinée a fermé ses frontières avec trois de ses voisins (Sierra Leone, Guinée-Bissau et Sénégal). Comment appréciez-vous cette décision des autorités guinéennes ?

D’habitude, on fermait les frontières de la Guinée avec tous les pays voisins, sans exception, la veille des élections présidentielles. Mais le cas que vous citez est encore une fois le fruit de l’entêtement d’Alpha Condé à mourir au pouvoir. Il s’agit probablement de pays voisins dont les présidents soutiennent la lutte du Peuple de Guinée contre le troisième mandat d’Alpha Condé. Il faut les féliciter pour leur soutien du Peuple de Guinée et non le pouvoir dictatorial à venir.

Votre thème favori, c’est la lutte contre l’esclavage et vous avez beaucoup écrit là-dessus. Avez-vous aujourd’hui le sentiment que ce fléau est en train d’être vaincu ?

Vous allez être surpris par ma réponse. C’est justement mon ami Alpha Condé qui m’a donné des informations pertinentes sur ce malheureux problème en Guinée. Lorsque mon ami feu Cheick Chérif (ancien journaliste) et moi-même sommes allés le saluer chez lui à Paris pour fêter sa sortie de prison, il nous a remis une brochure sur l’esclavage en Moyenne Guinée. C’est après la lecture de ce document que j’ai découvert la détresse des victimes de cette situation ahurissante au 21e siècle, et ce, dans un pays qui prône dans sa constitution tous les grands principes d’égalité, de justice et quoi encore ?

Il faut préciser qu’en ce moment j’étais en exil en Europe parce que j’avais lancé le mot d’ordre « Alpha, c’est Mansour et Mansour c’est Alpha » pour que les militants du RPG ne cherchent pas à m’amener à remplacer Alpha Condé, puisque son long séjour en prison commençait à décourager certains de ses militants. De retour en Guinée après la mort du président Lansana Conté, j’ai parlé de cette situation à des amis qui m’ont dit que des cadres guinéens qui étaient considérés comme des « Matchudos » en Moyenne Guinée avaient déjà créé une organisation qui dénonçait le sort réservé à eux et à leurs parents. Je me suis alors associé à eux et nous avons continué la lutte ensemble. Il s’agit d’une situation historique qui mérite explications, mais pas dans le cadre de cette interview. La lutte continue !!!

L’électricité en Haute Guinée et en Guinée Forestière revient toujours dans les débats ces derniers temps en Guinée. Pensez-vous comme beaucoup que le président Alpha Condé a floué les citoyens de ces régions après deux mandats ?

La condition sine quoi non du développement d’un pays et, par conséquence, de la création d’emplois pour les jeunes est la fourniture du courant électrique en tous lieux et en tout temps dans ce pays. Le premier problème qui a transformé la Russie tsariste en pays industrialisé est la résolution du problème de l’électricité dans ce vaste pays d’Union Soviétique. La Chine Populaire de Mao Zedong a suivi le même exemple. Ces deux pays occupent aujourd’hui une place de premier plan sur l’échiquier international.

Connaissant les antécédents politiques d’Alpha Condé, je m’étonne qu’il n’ait fourni le moindre effort pour électrifier la Haute Guinée et la Région Forestière en dix ans de pouvoir. Ce ne sont pas des sites à aménager sur les différents cours d’eau des deux régions qui manquent : le fleuve Niger et ses différents affluents, le fleuve Sénégal, la Makona dans la région de Guéckédou, le Diani en région de Macenta et de nombreuses autres rivières entre la Guinée et ses deux voisins du Libéria et de la Sierra Leone, pour ne citer que ceux-ci. Le régime du PDG avait engagé des études de terrain sur les possibilités de construction d’une soixantaine de barrages hydro-électriques de différentes tailles.

Dans un premier temps, Alpha Condé a gaspillé des sommes énormes dans l’électrification de Conakry. En pure perte. C’est par la suite qu’il s’est tourné vers les partenaires chinois qui avaient déjà conclu des accords avec le ministère de l’Energie dirigé, pendant la Transition de 2010, par l’officier Mamadou Sandé. Celui-ci m’avait fait l’honneur de présider le dernier round des négociations relatives aux barrages hydro-électriques sur le fleuve Konkouré. Mais les barrages à réaliser sur cet important cours d’eau qui ne touche aucune frontière de la Guinée avec des pays voisins, en l’occurrence les deux premiers de Kaleta et de Souapiti fourniront du courant électrique à la Basse Guinée à la Moyenne Guinée et aux pays voisins du Sénégal, de la Gambie et de la Guinée-Bissau. Cela constitue un crime contre le développement des deux autres régions qui vont encore continuer à végéter dans l’obscurité. A Kankan par exemple, le courant électrique est fourni seulement entre 19H00 et 01H00 du matin. Soit sept heures de courant électrique sur vingt-quatre heures en ce début du 21e siècle. Quelle ingratitude !!!

Et selon vous quelle est la solution dans l’immédiat ?

La solution d’électrification dans l’immédiat des régions de la Forêt et de la Haute Guinée résidait, en 1984 déjà, dans l’interconnexion des réseaux électriques la Côte d’Ivoire avec ceux de la Guinée. A partir de Man et Danané, on électrifiait les villes forestières de Nzérékoré, Lola, Yomou et Macenta. A partir de Touba, on électrifierait Beyla et Sinko. Et à partir de Odienné, on fournirait du courant électrique à Mandiana et à Kankan. Du côté malien, on électrifierait Siguiri et sa vaste région à partir du barrage de Sélingué sur le fleuve Sankarani. J’avais pris contact avec mon grand ami Zadi Kessy Marcel qui vient de mourir et qui, en ce temps-là, était le patron des deux sociétés qui géraient l’eau et l’électricité en Côte d’Ivoire. Celui-ci m’a donné son accord de principe. Il suffisait que le gouvernement guinéen lui en formulât la demande. L’extension des réseaux à partir de la Côte d’Ivoire ne coûterait pas des moyens énormes. Mais en ce début du règne de Lansana Conté, le gouvernement était plutôt préoccupé par des règlements du compte des officiers, des cadres et des grands commerçants Maninka originaires de la Haute Guinée. Mes propositions n’étaient, à l’époque, pas envisageable. Par ailleurs, mon ami feu Magassouba Abou qui avait étudié en Pologne avec un ancien président de la République du Mali (Alpha Oumar Konaré) aurait demandé à celui-ci pourquoi on ne pouvait pas électrifier la région de Siguiri avec l’énergie fournie par le barrage de Sélingué dont les crues annuelles envahissent l’ancienne capitale de l’Empire du Mali, Niani et la sous-préfecture de Balandougouba ? Celui-ci lui aurait répondu que son gouvernement avait prévu une turbine pour la Guinée, mais que le président Lansana Conté lui aurait répondu qu’il n’était pas question d’électrifier la région de Siguiri.

J’ai par ailleurs proposé une solution dans un long article portant le titre : « L’eau et l’électricité, la solution durable ». En résumé je proposais aux gouvernements guinéens de se concentrer sur l’énergie électrique, car notre pays possédait 1200 cous d’eau qui ne tarissent pas toute l’année. Un programme devrait être établi comme suit : Tous les cinq ans, deux barrages hydroélectriques de capacité supérieure à 100 MW. Tous les trois ans, deux barrages de taille moyenne de capacité entre 50 et 100 MW et tous les deux ans, trois barrages de taille moyenne de capacité entre 10 MW et 50 MW, et trois micro-barrages de capacité inférieure à 10 MW. Ce programme devrait être établi de manière équitable, afin qu’aucune région ne soit favorisée par rapport aux autres.

Avec la Mano River Union, l’idée de l’interconnexion des réseaux de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, du Libéria, du Mali et de la Sierra Leone a refait surface. J’espère que cette solution connaisse un début de commencement. Je n’oublie pas non plus les actions menées par des jeunes de Kankan en faveur de la construction d’un micro-barrage sur le fleuve Milo pour électrifier la sous-région.

La Guinée depuis plusieurs décennies n’a ni compagnie aérienne nationale, ni train et ni société nationale de téléphonie. Cela vous choque vraiment ?

Ce qui est choquant, c’est que le gouvernement de Lansana Conté a déterré les rails sur la ligne nationale Conakry-Kankan pour les vendre au plus offrant. Ainsi tous les sacrifices consentis pour la réalisation de cette ligne longue de 660 km ont été jetés à la poubelle. Toutes les autres sociétés que vous citez ont été vendus ou supprimées sans autres formes de procès.

Le plus choquant dans cette affaire, c’est qu’en dix ans de pouvoir, Alpha Condé n’a pu recréer aucune de ces sociétés soit pour l’Etat, soit en société d’économie mixte. On ne peut pas citer meilleurs exemples de la faillite du régime d’Alpha Condé, malgré les fausses promesses et les poses de premières pierres sans lendemain.

Et si on vous demandait de faire le bilan du règne d’Alpha Condé, qu’allez-vous dire en peu de mots ?

Tout ce qui vient d’être écrit plus haut montre que le régime d’Alpha Condé n’arrive même pas au niveau des réalisations du régime de Lansana Conté tant en Haute Guinée que dans les autres régions naturelles de notre pays. Voyez les deux ponts sur le fleuve Niger entre Kankan et Kouroussa et sur la route de Siguiri et le pont sur le Tinkisso à l’entrée de la ville de Siguiri. D’autres grands ponts ont également été réalisés sur la Fatala en Basse Guinée.

Qu’il s’agisse des infrastructures routières, de l’approvisionnement en eau ou en électricité ou des autres secteurs du développement, c’est la désolation. Ce qui me déçoit en outre, c’est que je me suis entretenu avec Alpha Condé de nombreuses fois à Paris sur ce qu’il fallait faire en Guinée, si toutefois l’un de nous deux arrivait à la présidence de la République. Malheureusement, je ne reconnais pas du tout l’ancien « président de la FEANF ». J’ai l’impression que l’amour du pouvoir absolu et de l’argent l’a emporté sur le patriotisme et l’engagement pour la démocratie en Guinée. En considérant la voie dictatoriale qu’il vient d’adopter, je n’attends plus rien de positif du côté de ce nouveau régime.

Y a-t-il quelque chose sur lequel vous aimeriez revenir ?

 En conclusion de cette interview, je ne peux pas ne pas évoquer le système des Etats Unis d’Amérique. Voici la plus grande puissance du monde (économiquement, scientifiquement et militairement), géographiquement aussi vaste que le continent africain, et plus riche que n’importe quel autre pays du monde, dont le président est élu pour seulement quatre ans renouvelable une seule fois ! Les présidents des USA ne disposent que de ces huit années, en cas de réélection, pour chercher à régler les problèmes du pays et à s’occuper du reste du monde.

Chez nous en Afrique, les potentats qui dirigent nos pays veulent mourir au pouvoir. Le faux argument qui consiste à dire qu’il faut les laisser « terminer leurs projets » est absurde. Car un principe de l’économie dit qu’un « besoin satisfait en crée d’autres ». Car le développement est processus sans fin.

Je voudrais enfin annoncer à mes compatriotes qu’à partir de la Côte d’Ivoire, je viens d’obtenir un Brevet d’Invention de l’Organisation Africaine de la Propriété intellectuelle (OAPI) basée à Yaoundé au Cameroun intitulé : « Dispositif de séchage hygiénique du café, du cacao et de l’anacarde ». Grâce à ce dispositif que j’ai conçu et pour lequel mes intérêts seront sauvegardés pendant vingt ans, les planteurs de ces produits de base pourront multiplier leurs revenues par deux ou trois avec des produits de la meilleure classe mondiale. Cela se répercutera également sur les budgets de nos pays producteurs.

Réalisée par Elisa CAMARA

  • Cette interview a été réalisée le 15 octobre dernier. Pour cause d’élection, nous avons différé sa publication

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