Kankan : les jeux de hasard, une réalité qui prend de l’ampleur

Print Friendly, PDF & Email

La situation socioéconomique du pays est très difficile en cette période de crise. La population est confrontée à une galère sans précédent. Dans la commune urbaine de Kankan, les jeux de hasard prennent de plus en plus de l’ampleur chez les adolescents et les jeunes de la ville. Que ce soit le pari sportif de Guinée Games, les jeux de cartes ou de Ludo, ou encore Play station, les gérants ne manquent pas de clients. Ils (les jeunes) s’y réunissent de jour comme de nuit pour parier avec de l’argent, qui, parfois entraînent des bagarres.

Pour ce jeune parieur qui requiert l’anonymat, il joue aux jeux de hasard pour multiplier l’argent qu’il gagne au travail qu’il juge dérisoire, pour faire face à ses besoins.

«  Je joue ici parce qu’actuellement le pays est très dur, il n’y a pas où gagner suffisamment d’argent pour subvenir à nos besoins. Moi, je suis mécanicien, la journée quand je pars au garage je peux gagner entre 10 000 et 15 000 fg. Donc je viens dans la salle de jeu Play station pour essayer de multiplier l’argent que j’ai gagné au travail. Dès fois je joue et je gagne beaucoup, dès fois aussi je peux perdre tout l’argent que j’ai sur moi. C’est comme ça que ça marche ici », confie-t-il.

Cet autre, dit venir tenter sa chance pour avoir de l’argent et payer ses fournitures scolaires avant l’ouverture des classes. Il se justifie en laissant entendre que ses parents n’ont pas les moyens à cause de la crise sanitaire liée à la Covid-19.

« Depuis que cette maladie a commencé en Guinée, mon père ne gagne plus assez d’argent, ma mère aussi qui vend au marché dit qu’il n’y a pas de clients. Donc je suis obligé quand je gagne un peu d’argent, de venir tenter ma chance ici pour m’acheter les choses dont j’ai besoin avant l’ouverture, parce que mes parents n’ont pas assez de moyens cette année », explique-t-il.

Ousmane Doumbouya étudiant diplômé en Sociologie, est gérant de salle de jeu Play station. Il dit faire cette activité pour gagner son petit pain à cause du manque d’emploi qui caractérise le pays.

« Moi je suis musulman, je sais très bien que ces jeux sont interdits par ma religion mais comme il n’y a pas de travail, on préfère faire ça pour ne pas voler. J’ai fini mes études universitaires et j’ai mon diplôme de Sociologie dans ma valise à la maison. Mais à quoi ce diplôme-là va servir ? Si l’Etat ne crée pas de l’emploi pour nous les jeunes, donc c’est ce manque d’emploi qui nous pousse à gérer les salles de jeu, pour ne pas avoir à tendre la main chaque jour devant nos parents », dira-t-il à notre micro.

La ville de Kankan est reconnue pour sa grande foi religieuse notamment islamique. Les jeux de hasard étant interdits par l’islam, nous avons rencontré Youssouf Condé, imam ratib de la mosquée de Korialen qui nous explique :

« Les jeux de hasard sont formellement interdits par notre religion qui est la religion musulmane, Dieu le condamne, le prophète Mohammed (PSL) lui aussi a condamné les jeux de hasard. Les jeux de hasard sont en train de produire des fainéants, des voleurs et des vagabonds. Ils refusent de travailler et s’adossent sur ces jeux. Donc ce n’est pas bon et pour les musulmans et pour les non-musulmans. Mais cela aussi est dû au manque ou je ne sais quoi. Ce fait est en train de détruire la nouvelle génération, si ça continue comme ça, on doit essayer  d’y mettre fin », précise-t-il.

Il faut ajouter que certains jeunes, par manque d’argent pour parier avec leurs camarades, se mettent à voler leurs parents. Pire, des téléphones et autres objets de valeur sont souvent dérobés pour des fins de pari.

Ahmed Sékou Nabé, correspondant à Kankan

Laisser un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.