La culture guinéenne en deuil : le professeur Djibril Tamsir Niane s’en est allé (Par Moïse Sidibé)

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Il n’est pas courant de voir et de constater qu’un homme de culture de renommée recueille des témoignages et des hommages internationaux au tant que le prof. DTN dans la sous-région. Connu et reconnu au Sénégal où il est né, au Mali, en Guinée sa patrie de choix et d’alliance qui l’a vu grandir et s’épanouir intellectuellement jusqu’à l’UNESCO…

Le point culminant des travaux du professeur Djibril Tamsir Niane est sans doute la localisation de Niani capitale de l’empire du Mali sur le territoire actuel de la Guinée. Au ministère guinéen de la culture, on peut se demander combien de cadres connaissent l’emplacement exact de Niani (à Mandiana ou à Siguiri ?). 

La réponse à cette question nous dira l’intérêt que les Guinéens ont pour cette découverte. Pourtant DTN a voué toute son énergie de jeunesse à la recherche du passé de tout un peuple. 

Mon destin a croisé celui du professeur Djibril Tamsir Niane à un moment unique de nos deux histoires. La Guinée indépendante en 58 manquait cruellement de bras valides et de cerveaux. Sékou Touré était allé au Viêt-Nam demander au Guinéens ayant combattu dans les rangs de l’armée française et qui n’avaient pas suivi le retrait, et pour cause, ils avaient fondé foyer avec des vietnamiennes depuis les débâcles de l’armée coloniale en 1950,1952 ,1953 et la reddition de 1954 à Dien Bien Phu, de revenir au bercail avec leur famille. 

C’est ainsi que je me suis retrouvé en Guinée en fin septembre début octobre de l’année 1961. Tout le contingent d’anciens combattants d’Indochine et leur famille étaient casernés au camp Alpha Yaya. C’est la date et l’année du “complot des enseignants”. Avec le recul je me demande si les Koumandian Keïta et Djibril Tamsir Niane avaient le toupet de renverser Sékou Touré, ou avaient-ils revendiqué un peu trop bruyamment sur la réforme pas à leur goût de l’enseignement guinéen. 

Quoi qu’il en soit les révoltés furent parqués dans une maison inachevée sans porte et sans fenêtre dont chaque ouverture était gardée par un commando en treillis panthère avec un fusil. Le bâtiment des prisonniers était séparé du nôtre par une petite allée. Il y avait un robinet qui donnait de l’eau devant notre cour. Les détenus nous faisaient signe de leur offrir de l’eau à boire, mais les militaires étaient si farouches que personne n’osait donner de l’eau aux prisonniers. Je tentais, à titre personnel de leur donner un gobelet, ce qui ramollit la détermination du militaire qui feignait ne rien voir en parlant avec ses collègues. La détention n’a pas duré plus de deux jours ils furent déménagés à l’incognito ce n’est que des années plus tard que j’ai entendu parler du complot des enseignants, dont Djibril Tamsir Niane était la vedette.

 Voilà comment nos destins se sont croisés sans se voir et sans se connaître. 

A l’école primaire dans les années 1960-65, les auteurs guinéens étaient rares, mais on a entendu quand même parler de Fodé Lamine Touré et de Djibril Tamsir Niane. 

Je ne peux prétendre dire le dixième de ce qui a été dit sur les hauts faits et mérites de l’homme lors de ce symposium du 15mars2021, mais j’ai des remarques personnelles sur ses travaux de recherches sur le Mandingue médiéval et pour ses écrits sur le sanakouya cette plaisanterie de cousins qui apaisait et adoucissait les rancunes et rancœurs qui naissaient dans le Mandingue médiéval. Cette plaisanterie de cousins qui était une solution jadis a-t-elle les jambes assez solides pour tenir la route dans le multiculturalisme en vue ? En plus de ce sanakouya, DTN est un autre fervant parâtre et défenseur de la tradition orale qui, comme le sanakouya, a peu de chance de résister au changement imposé par ce même multiculturalisme. La preuve la tradition orale est mise à défaut dans tous les cours et tribunaux sur les conflits domaniaux. La tradition orale n’est plus respectée. Et pour corroborer cette assertion, Djibril Tamsir lui-même est victime d’une expropriation d’un domaine acquis par des formalités traditionnelles, l’affaire est pendante à la cour suprême depuis une trentaine d’années.

Comme on vient de le voir cordonnier est toujours mal chaussé. En 2010 quelqu’un a mis le feu à sa bibliothèque, détruisant une grande partie des résultats de ses recherches consignées, le gouvernement avait promis de l’assister dans la reconstitution et dans la récupération des archives détruites. La présence, même en coup de vent, du président de république, gardien et défenseur de la culture, au symposium permet de croire qu’il se rappellera. Ainsi tout à une fin. Howard Carter avait ramené Toutânkhamon oublié depuis près de 3000ans dans son tombeau d’or en 1922 il mourut en 1939 presque dans l’anonymat et dans l’indifférence. On mettra cela sur le compte de l’éclatement de la deuxième guerre mondiale. Espérons que le professeur Djibril Tamsir Niane, celui qui a remis la capitale de l’empire du Mali au grand jour, ne tombe pas dans l’oubli. Malgré le confinement imposé par cette autre 《guerre mondiale contre le Corona virus》, le symposium organisé pour retracer la vie de DTN dans la salle du spectacle du chapiteau était remplie, au bas mot… ce qui démontre que l’homme est dans l’unanimité de ses contemporains. Adieu professeur 

Par Moïse Sidibé

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