La “purge” des fonctionnaires éthiopiens originaires du Tigré atteint l’UA

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Le chef de la sécurité de l’Union africaine, l’Éthiopien Gebreegziabher Mebratu Melese, a été limogé après que son gouvernement l’ait accusé d’être complice des combattants qui affrontent l’armée fédérale dans la région du Tigré.

L’ordre de licencier M. Gebreegziabher, qui est originaire du Tigré, a été donné par le président de la Commission de l’Union africaine, l’ancien ministre tchadien Moussa Faki Mahamat, selon un mémo datant de mercredi dont copie est parvenue à Reuters.

La décision de limoger le chef de la sécurité fait suite à une plainte du ministère éthiopien de la défense, selon un fonctionnaire de l’UA, dont le siège est à Addis-Abeba, capitale d’Éthiopie.

Près de 4 400 soldats éthiopiens sont intégrés dans la force de maintien de la paix de l’UA en Somalie.

“La purge des fonctionnaires compétents originaires du Tigré en plein milieu du conflit n’est pas bonne pour le moral au sein des services de sécurité”, selon Rashid Abdi, expert de la Corne de l’Afrique.

En effet depuis le début de l’offensive militaire au Tigré, plusieurs fonctionnaires originaires de la région ont été renvoyés de leurs postes.

Le Premier ministre Abiy Ahmed est issu du plus grand groupe ethnique d’Ethiopie, les Oromo.

Vendredi, le gouvernement éthiopien a également annoncé la révocation du président de la région du Tigré, Debretsion Gebremichael, bien que ce dernier ait été élu en septembre. Des élections régionales qu’Addis Abeba ne reconnaît pas.

Il est remplacé par Mulu Nega, 52 ans, ancien professeur d’université et actuel vice-ministre des sciences et de l’enseignement supérieur. ​

“De tels gestes envoient le signal clair qu’il s’agit essentiellement d’une guerre ethnique masquée”, ajoute Rashid Abdi.

Mulu Nega est lui-même originaire du Tigré.

L’ouverture de l’espace politique par le Premier ministre Abiy Ahmed depuis sa prise de fonction en 2018 a mis à nu les fractures ethniques dans le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, avec 115 millions d’habitants.

Avant même l’escalade au Tigré, des affrontements avaient fait des centaines de morts et déraciné des centaines de milliers de personnes.

Sur le terrain, les communications au Tigré sont coupées et les médias ont été bloqués.

Des centaines de combattants ont été tués des deux côtés, selon des sources proches de l’appareil sécuritaire.

Les deux camps se sont accusés mutuellement d’exactions contre les civils.

Plus de 11.000 réfugiés éthiopiens – dont la moitié sont des enfants – ont fui au Soudan voisin depuis le début des combats.

Les agences d’aide humanitaire disent que la situation au Tigré devient désastreuse. Même avant le conflit, 600 000 personnes dépendaient déjà de l’aide alimentaire.

L’armée nationale éthiopienne est l’une des plus importantes et des mieux formées d’Afrique. Mais ses meilleurs combattants sont originaires du Tigré et une grande partie de son matériel est également basé dans la région.

Le conflit pose un risque de déstabilisation de la sous-région et pourrait aussi la réputation du Premier ministre Abiy Ahmed, qui a reçu le prix Nobel de la paix pour son acte de réconciliation avec l’Érythrée en 2018.

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