Labé : les fabricants de fusils calibres 12 accusent l’Etat de dévaloriser la production locale

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A l’image de plusieurs secteurs, les forgerons fabricants de fusils calibres douze dans la commune urbaine de Labé tirent le diable par la queue depuis quelques temps. Hormis les difficultés rencontrées dans l’obtention de la matière première, la dévalorisation de ce produit local, par les autorités du pays face à ceux (produits) importés enfonce d’avantage le clou.

Une situation qu’irrite la corporation des forgerons. Me Mamadou Adama Keita, actif dans la fabrication de fusils calibres douze depuis 11 ans et installé dans sa forge en train de fabriquer la dernière pièce de son fusil sur l’enclume, nous confie qu’en Guinée, la fabrication des pistolets est interdite par les autorités.

« Tu dois d’abord confection plusieurs pièces à la forge et presque toute les pièces c’est nous qui les confectionnons. Pour les croches d’épaule, nous utilisons des bois. Nous fabriquons deux types de fusils, dont les calibres douze avec sureté. Mais nous ne fabriquons pas les pistolets puisque c’est interdit par les autorités guinéennes. Les personnes mal intentionnées utilisent souvent ces pistolets pour commettre des actes criminels », explique-t-il.

Néanmoins, même si la confection du fusil est loin d’être une difficulté pour les professionnels en la matière, selon Me Alpha Oumar, c’est l’obtention de la matière première qui constitue le problème. Sur les raisons, il explique :

« Nous utilisons des fers que nous achetons parfois à Conakry, mais les tuyaux, nous les achetons au Sénégal. Et c’est là le principal problème. C’est l’obtention de la matière première qui est notre problème majeur,  surtout  la pièce utilisée pour fabriquer la filière, elle  ne se trouve qu’à Conakry », précise-t-il.

Poursuivant, ce dernier précis qu’à cela s’ajoute, la non valorisation de ce produit local par les autorités guinéennes face aux fusils importés des pays voisins et de l’étranger.

« Au-delà de tout ça, l’Etat ne nous considère pas. Alors que le plus souvent les militaires, même des commandants nous envoient des rames à réparer. Nous sommes les seuls aptes à le faire. Mais malgré tout ça, l’Etat n’a pas voulu nous donner des documents nous autorisant à fonctionner normalement. Selon nos informations l’Etat ne donne pas des documents aux fabricants des armes. Alors que chez nos voisins comme la Mali, la Guinée-Bissau, les calibres douze fabriqués dans ces pays ont plus de valeur que nos fusils à cause des documents. Alors que nos armes ont plus de garantie que leurs fusils. Les armes fabriquées en France, en Russie sont vendues chez nous entre 5 à 6 millions de Fg. Alors que nos calibres douze locales se négocient entre 600 à 800 mille fg », fustige-t-il.

Plus loin, Mamadou Adama Keita a lancé un appel à l’endroit des autorités du pays, histoire de faire face à cette situation.

« Nous demandons aux autorités de nous donner des documents nous permettant de travailleur dans la légalité. C’est qui va nos permettre d’ailleurs d’exporter nos produit et de valoriser nos armes. En plus, nous demandons au gouvernement de nous venir en aide pour nous faciliter l’obtention de la matière première », demande-t-il.

Force est de rappeler qu’au niveau de la région de Labé, seul le service des  eaux et forêts est autorisé de délivrer un permis de port d’arme par un citoyen. Mais le constat révèle que la quasi-totalité de ces propriétaires d’armes ne sont enregistrés.

Tidiane Diallo, depuis Labé

+224 620 44 25 83

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