Lansana Diawara se souvient de Me Salif Kébé : ‘’son premier garçon a appris son décès sur internet’’

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Le Président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) Me Amadou Salif Kébé a tiré sa révérence le vendredi, 17 avril dernier des suites de maladie au CHU à Donka. Depuis l’annonce de cette triste nouvelle, les condoléances et témoignages se multiplient de part et d’autre. Qu’on l’ait apprécié ou pas, chacun retient au moins une chose de l’homme dans les relations professionnelles ou humaines.

Parmi tant de Guinéens qui ont connu ou côtoyé celui qui a eu à organiser le double scrutin pour la première fois dans l’histoire de la Guinée, le 22 mars mars 2020, figure le coordinateur national de la Maison des Associations et ONGs de Guinée (MAOG en abrégé).

« Ce que je retiens du désormais ex-président de la CENI, c’était un homme très serein, imperturbable qui a un sens de responsabilité et de réussite comme pas possible, qui a une très grande sérénité d’ailleurs. J’ai côtoyé l’homme, nous avions souvent partagé des avis parfois divergents surtout sur des questions liées au processus électoral, notamment quand je prends l’exemple de l’observatoire électoral. A l’époque, la maison des associations a affiché sa volonté à ne pas observer ces élections mais cela n’a pas affecté nos relations avec la CENI mais également cela n’a pas affecté nos relations avec Me Salif Kébé. Malgré que nous avions une très bonne relation mais nous n’avons pas accepté d’observer pour des questions de principe aux scrutins du 22, l’homme était très sage, très humble, très courtois ; une forte capacité d’écoute et il avait aussi cette capacité qui donne foi, il avait vraiment cette force », a commenté Lansana Diawara.

Tout comme de nombreux Guinéens, le décès de Me Salif Kébé laisse sa famille abattue. Lansana Diawara appelle les uns et les autres au pardon

« Cette nuit, j’ai eu à échanger avec sa fille aînée Oumou, elle était beaucoup abattue pour le décès de son père. C’est une perte en même temps pour la Guinée et pour sa famille. Je profite d’ailleurs de votre micro pour présenter mes condoléances à toute sa famille d’ici et d’ailleurs, au peuple de Guinée et à l’ensemble des acteurs politiques de notre pays tout en interpellant les uns et les autres au pardon. Quelle que soit la grandeur d’une personne, quelle que soit l’unanimité qui se dégage autour d’une personne, en tant qu’humain vous aurez à un moment donné fait des erreurs, causé du tort à certaines personnes malgré vous ou compte tenu des circonstances. Parfois tout ne s’explique pas mais que chacun pardonne et que la terre lui soit légère. Me Kébé c’est un grand homme. La Guinée a perdu un grand homme et un monsieur très sincère, un monsieur très humble et très charismatique. Oui très charismatique. Son premier garçon a appris le décès de son père sur internet. Tout ça c’est des coups durs, vous voyez. Donc tous les actes que nous allons poser aujourd’hui ou demain faisons en sorte que ça aille dans le sens de la réconciliation, du pardon, de la tolérance sinon nous allons former d’autres rebelles puisque chacun de nous a des enfants. Tu entends des trucs sur ton père, sur tes parents c’est pas agréable, c’est des actes qui peuvent révolter », a prêché le coordinateur national de la MAOG.

Puis se remémorant quelques moments partagés avec feu Me Salif Kébé, Lansana Diawara révèle le côté humain qu’avait le défunt et pas connu du grand public

« Lorsque j’ai été arrêté à la DPJ, je me rappelle ce jour il m’a appelé très choqué. Il m’a dit Diawara, paraît-il que tu es arrêté ? J’ai dit oui. Il a dit ce n’est pas normal. Il était beaucoup touché. Il a parlé avec plein d’émotion ce jour-là. Je me rappelle encore un jour, j’étais à son bureau ce jour, c’était juste au lendemain de l’arrestation de nos camarades de la société civile, Sano de la PCUD, Koundouno du Balai Citoyen, Badra Koné, Abdoulaye Oumou et les autres. Il m’a dit, j’ai appris que les amis de la société civile ont été arrêtés. J’ai dit oui. Et il m’a dit c’est pas normal. J’ai dit on est en train de tomber dans une violence qui ne pourra pas être maîtrisée. Il a dit c’est ce que moi aussi je pense. Il a déploré, il a condamné de lui à moi, il a dit que c’est pas normal. Il était beaucoup touché du fait que ceux-ci ont été arrêtés. Et lorsqu’ils ont été libérés également, lorsqu’il l’a appris, il m’a appelé, il était très content. Il était très très content d’apprendre que ceux-ci ont été libérés. Il était content comme pas possible. Donc c’est le côté humain de l’homme, le côté très caché qui n’est pas connu du grand public. Ça, il faut le dire aujourd’hui », a-t-il témoigné.

A rappeler que Me Amadou Salif Kébé laisse derrière lui une femme et 5 enfants inconsolables.

Maciré Camara 

 

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