Le COVID-19 impactera t-il les relations internationales?

Print Friendly, PDF & Email

Depuis son apparition en Chine en décembre 2019, la pandémie de CoronaVirus s’est propagée exponentiellement dans le monde, devenant ainsi l’ennemi commun à battre. Sa force de frappe, qui n’est plus à démontrer, est fatale. Aujourd’hui, ses victimes se comptent par dizaines de milliers de morts et plus d’un million de patients. L’économie mondiale est pratiquement dans la tourmente. Les perspectives sont sombres, en ce sens que les institutions de Bretton Woods ont tiré la sonnette d’alarme contre la récession, au mieux, ou une crise financière à grande échelle, au pire. Le tableau le plus alarmiste est présenté par l’OIT qui prévoit près de 200 millions d’emplois en péril. De même, l’UNCTAD table sur une contraction de 40% d’investissements directs étrangers, tandis que l’OMC est préoccupée par une chute variant entre 13% et 32% du commerce international.

Toutefois, il est difficile d’estimer avec exactitude l’ampleur de pertes en termes de croissance et d’emploi induites par la fermeture des frontières et l’arrêt des activités économiques. En conséquence, les pays du monde font face à la pandémie, tout d’abord, avec leurs ressources propres avant de compter sur une quelconque aide étrangère. Celle-ci arrive aux compte-gouttes, essentiellement promise par une chaîne de solidarité peu coordonnée et fragmentée. Des allègements des dettes par ci, et un moratoire sur le service de la dette par là en faveur des pays en développement, sans commune mesure.

Le retour en force des tendances isolationnistes:

Aujourd’hui, le monde est presque confiné en raison des restrictions sur les mouvements et les libertés fondamentales (interdiction des rassemblements, des congrégations religieuses et sociales etc.). Les États deviennent de plus en plus puissants et libres dans leurs fonctions régaliennes. Ils subissent moins de pression interne et externe, donc ne reçoivent aucune injonction étrangère dans leur action. La théorie keynésienne a le vent en poupe dans les approches économiques des pays qui s’emploient à lutter contre la pandémie. Certains États abandonnent éperdument leurs obligations internationales et se muent en nationalistes souverainistes.

Quel impact sur les relations internationales:

Les appréhensions d’un bouleversement potentiel de l’ordre mondial font écho dans les tribunes et les journaux. Quoique prématuré de prédire la profondeur des changements que la crise sanitaire actuelle pourrait induire dans les RI, force est de reconnaître que l’ordre mondial pourrait ne pas subir de grands changements. En effet, le multilatéralisme pourrait relativement s’affaiblir mais les principaux acteurs de la scène mondiale demeureront en place, avec certes un rabattement de cartes et un rééquilibrage de rôles. Ça serait donc du statu quo en l’absence d’un leader mondial. Car, les superpuissances potentielles  rechignent à prendre la relève. Enfin, aucun pays ou aucune entité n’est prêt à combler le vide que les États-Unis sont en passe de laisser dans les relations internationales.

Le clivage US-Chine s’intensifie:

En dépit d’un accord commercial conclu entre Washington et Pékin pour mettre fin à près de deux ans de guerre commerciale entre eux, après des mois de négociations, d’invectives, de sanctions douanières et de mesures de rétorsion contre les entreprises de part et d’autre, la pandémie a réveillé les tensions dormantes entre les deux superpuissances de la planète. Au départ, les États-Unis, comme nombre de pays occidentaux, appelaient le virus causal “chinois” par ironie, puisqu’il est apparu pour la première fois à Wuhan, une ville portuaire au centre de la Chine, où il a tué plus de 3000 âmes. Mais la thèse a rapidement changé lorsque le virus tueur et voyageur sans frontières a commencé à sévir en dehors de la Chine, notamment en Asie, en Europe, aux États-Unis et en Afrique. Sous fond de menaces, le président américain Donald Trump s’est frontalement attaqué à la fois à Pékin pour avoir dissimulé l’information sur la pandémie, et à l’OMS pour soupçons de mauvaise gestion et de favoritisme envers la Chine. Il a par conséquent mis sa menace à exécution en instruisant le gel du financement américain à l’OMS, chiffré à plus 400 millions en 2019, soit 15% du budget de l’agence onusienne. Cette décision du président américain a provoqué une onde de choc mondiale, alors que le nombre d’infections et de morts augmente. La Chine a regretté que “cette décision va affaiblir les capacités de l’OMS et miner la coopération internationale contre l’épidémie” avant d’exhorter les Etats-Unis à “assumer sérieusement leurs responsabilités et obligations, et à soutenir l’action internationale contre l’épidémie menée par l’OMS”.

Sékou Camara, spécialiste des relations internationales et stratégiques

 

Laisser un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.