Le glaive de la justice vs le glaive de l’histoire (Par Aly Souleymane Camara)

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« Le glaive de la justice frappe parfois les innocents, mais le glaive de l’histoire frappe toujours les faibles ». Moustapha Kemal, homme d’État turc, fondateur et premier Président de la République de Turquie de 1923 à 1938.

En effet, le glaive de la justice révèle le caractère tranchant, exécutoire et définitif des décisions de justice. En la matière, trois principes demeurent incontournables : l’indépendance des institutions judiciaires, l’impartialité et la neutralité des juges.

En regardant de plus près l’issue des feuilletons judiciaires auxquels nous assistons dans notre pays depuis un certain temps, nous constatons avec amertume l’instrumentalisation de nos institutions judiciaires et la politisation à outrance des décisions de justice. De ce fait, nous nous retrouvons sans armure en face d’un système juridico-politique qui favorise inéluctablement d’un monarque républicain qui, à sa seule solde caporalise toutes les institutions de la République.

Dans l’analyse de l’histoire récente de notre pays, nous retenons fondamentalement deux grands enseignements : premièrement, les tenants du glaive de la justice dont la seule mission a toujours été de servir un système, un homme ou un intérêt personnel en jeu, se sont très vite vus déjuger pitoyablement par l’histoire. Car, en réalité, certains de nos magistrats ont été, et continuent d’être les véritables cauchemars de la justice.  Ils se sont toujours contentés de se faire plaire aux politiques, et ce, en choisissant le mauvais côté de l’histoire. Soit dit en passant, notre système judiciaire a toujours brillé par son incapacité de rendre justice aux victimes. Pour preuve, de l’indépendance à nos jours, les victimes des violences politiques n’ont eu que Dieu et leurs larmes comme consolation.

Deuxièmement, le fait de brandir le glaive de la justice contre des citoyens injustement arrêtés, jugés et condamnés àcause de leurs convictions politiques ne peut en aucun cas leur faire taire à plus forte raison étouffer leurs ras-le-bol, leurs désaccords ou leurs oppositions vis-à-vis du système politique en place.

Souvenez-vous, en  décembre 1998, l’actuel Président de la République de Guinée a été accusé  de  « complot contre la sureté de l’État » puis arrêté à la frontière de la Guinée Forestière, précisément à Pinè dans la préfecture de Lola ; conduit au Camp Koundara où il a séjourné pendant trois semaines avant d’être transféré à la prison centrale. Rappelons-le, les conditions de sa détention étaient précaires et insoutenables.

Le 12 avril 2000, au cours de son procès, il s’est exprimé en ces termes : « devant les violations répétées et manifestes de mes droits et de ceux de la défense, depuis le début de cette affaire, il ne fait plus l’ombre d’un doute, que l’État Guinéen plus soucieux de sa crédibilité que de la manifestation de la vérité entraîne inéluctablement l’opinion nationale et internationale vers une parodie de justice que je ne saurais en aucune manière cautionner. Ma soif inextinguible de justice n’altère en rien mon jugement au point de me laisser croire un seul instant que ce procès allait être juste et transparent. J’ai donc aujourd’hui décidé après le retrait de mes avocats d’arrêter cette comédie judiciaire qui n’honore pas la Guinée, sa jeunesse et sa démocratie»[1].  Après ce qu’il a lui-même qualifié de parodie de justice, il avait été condamné à cinq ans de prison avant d’être libéré le 18 mai 2001.

En nous contentant aux faits (puisque jusque-là aucune preuve matérielle n’a été brandie qui engagerait sa responsabilité dans cette affaire), deux questions méritent d’être posées : est-ce que la prison a-t-elle impacté l’homme politique qu’il était ? Non. Ces épreuves ont-elles changé l’objectif  de sa lutte pour l’instauration de la démocratie (même si tel n’est pas le cas aujourd’hui) ? Non.

Enfin, la morale de ce récit nous enseigne que les hommes passent, et l’histoire, quant à elle, demeure impitoyable face à la turpitude. Il nous revient légitimement de choisir cependant, de quel côté de l’histoire voulons-nous appartenir !

Aly Souleymane Camara, Etudiant en Master Science Politique à l’Université Général Lansana conté de Sonfonia

Email : alysouleymanecamara66@gmail.com


[1] Alpha CONDE ou le défi du changement, p. 10. Abdoulaye THIAM dans les éditions KANSALA.

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