Le maçon et le leader (Par Mory Sylla)

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Construire sa maison, c’est faire l’effort d’un minimum de recherche sur la manière dont se construit une maison. S’adonner à cette procédure a priori anodine, renferme en elle, les germes d’informations capitales, qui, si elles sont exploitées et appliquées à d’autres circonstances, changeraient le cours des événements a posteriori. Ce brouillon se propose une illustration.

Construire, c’est d’abord un plan calqué sur papier et du papier à la réalité par nos actions. Ce site(https://soumissionrenovation.ca/fr/blogue/principales-etapes-construction-maison) donne des informations sur les étapes principales de la construction d’un bâtiment d’habitation. Ces étapes se résument en 4 et je vous en donne hic et nunc un succint aperçu:

-Le  terrassement. Il consiste au piquetage, à l’évacuation des eaux, au décaissement et au remblaiement du terrain délimité’;

Bien que capable de contextualiser ces termes, je ne me m’offre pas la prétention d’en saisir la définition. Ce ne sont pas mes mots. J’ai trouvé ces mots dans ma rencontre avec ce site et vous pouvez aisément les vérifier de vous-même en cliquant sur le lien. Un dictionnaire vous donnera une signification précise à tous ces termes que je qualifierai de Senghoriens;

-Après le terrassement, viennent la fondation et le soubassement. A ce niveau, seuls les passants à jet de pierre commencent à se rendre compte qu’un bâtiment sort de terre;

-Après la fondation et le soubassement, c’est le dallage et l’élévation des murs. C’est cette étape de dallage qui est communément appelée dans l’argot ironique Guinéen “dallas”, la mise en place du ciment dur sous forme de plaque sur une surface terrassée’, pour stabiliser d’éventuels étages;

-C’est in fine après le dallage et l’élévation des murs, que l’on arrive à la finition qui englobe tout ce que l’on sait.

Ce qui m’intéresse ici, c’est moins le ciment trempé ou les briques superposées les unes sur les autres. C’est plutôt l’essence même des étapes susmentionnées et le potentiel de leur expérimentation dans une autre dimension.

Le futur propriétaire d’une maison ne met pas simplement sa foi dans les esquisses, les simples figures géométriques imaginaires sur papier de l’ingénieur ou des promesses de Samba le maçon. Il sera à l’image de Saint Thomas: il devra voir avant de croire. S’il veut, en tout cas, se mettre à l’abri de toute désagréable surprise. Ce propriétaire ne claque pas son argent, acquis à la sueur de son front sous les rayons impitoyables des tropiques, aux belles paroles du maçon comme on l’a vu dans le corbeau et le renard de Jean de La Fontaine. Fontaine était dans la fable. Dans la réalité, notre homme sera plus averti que le corbeau qui laisse tomber son fromage, encensé comme jamais auparavant par les paroles mielleuses du renard qui s’avère être un redoutable politicien pour les besoins de la cause comme on s’en apercevra plus tard. Qui disait que les animaux ne savent rien de la politique?

Ce propriétaire exigera un plan d’action constitué d’étapes tangibles et vérifiables dans un délai bien précis. C’est une attitude logique et raisonnable et personne ne lui en voudrait pour le moins du monde. Tout propriétaire qui prend sur lui le risque de dévier de cette “feuille de route”, prescrite par l’expérience humaine, court tout le risque d’être une risée de son hameau. Vérifier à chaque étape pour une conjugaison au temps parfait, des mots et des actes des uns et des autres, semble être la voie de l’assurance.

Ce qui reste pittoresque alors, c’est que quand un homme qui se dit leader politique, l’équivalent dans un autre monde du maçon et de l’ingénieur dans l’habitat, vient avec des promesses sur papier, les populations échouent à faire montre de la même rigueur et la même diligence qu’elles exigent du maçon. Le résultat tragiquement c’est une montagne de promesses contre une maigre souris sous perfusion de réalisations. Ce qui provoque la frustration et une rupture de confiance entre les parties car la récolte ne tiendrait pas la promesse des fleurs si mirobolantes sur papier.

Les populations, pour la plupart analphabètes, se laissent trop souvent emballer et abuser par l’euphorie de la symphonie agréable des discours souvent concaves, c’est à dire hélas creux, de leurs leaders politiques. Le leader politique promet l’émergence sur papier en 2030,et ses propos, au lieu du regard critique qu’ils doivent normalement provoquer, sont accueillis par un tonnerre d’applaudissements d’une audience ignorante de ses propres capacités à changer le cours de son destin. 

Personne dans la foule n’exerce son droit inaliénable de demander au candidat qui prétend être à son service, comme il le ferait pour un maçon, quelles sont les différentes étapes de cette émergence en 2030? 

On ne parle pas de discours. Quelles sont les étapes concrètes pour nous montrer que nous sommes en marche effectivement vers la réalité de l’émergence et non le mirage de l’émergence? Tout un monde sépare ces deux termes qui se ressemblent mais ne peuvent en aucun cas s’assembler. On a besoin de plus d’informations.

Il faut demander, c’est quand le terrassement de ce fameux projet d’émergence en 2030? 

Oui, Mr. le candidat, quel est l’horizon du soubassement? Etes-vous au sérieux, ou bien c’est pour nous blaguer encore comme en 2000 où on nous parlait déjà d’une autre émergence, en 2020  cette fois-ci. Arrivés en 2020, nous nous rendîmes compte qu’on nous vendait un mirage en 2000.

Le dallage, c’est seulement pendant la campagne? Et une fois celle-ci close, c’est l’arrêt des travaux qui reprendront encore certainement à la prochaine campagne électorale?

Donnez-nous au minimum un ‘’timetable’’ clair et précis pour qu’au moins en 2025 nous puissions voir les premières élévations de murs avant la finition dans l’apothéose en 2030.

Malheureusement, aucun des soi-disant leaders, nous le savons, ne se livrera à cet exercice à haut risque devant un peuple vigilant. Pourquoi? Parce que tout simplement, connaissant bien leurs concitoyens, ces soi-disant leaders les savent infiniment plus exigeants envers leur maçon, qui tient entre ses mains le destin d’une simple maison, qu’envers celui qui tient entre ses mains le destin de toute une Nation. 

Si un peuple n’est pas exigeant envers ses leaders, il ne leur rend pas service, car il ne les oblige pas à se surpasser et à travailler au respect de leurs engagements.

De ce point de vue, il obéit à la logique de dire qu’à l’observation, un peuple n’a de leader qu’à la hauteur de son propre mérite.

Mory Sylla, citoyen lambda guinéen

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