Le Président Alpha Condé, l’homme et son bilan face à l’histoire (suite et fin) (Par Djigui Camara, ancien ministre)

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🔴Par Djigui Camara, ancien ministre de la Coopération🔴Si sur le plan diplomatique et économique, le bilan du règne du Président Alpha Condé est appréciable, sur d’autres plans moins importants dans la vie des Nations et l’exercice du pouvoir, en revanche, il n’en fut malheureusement pas de même.

Dans les domaines suivants :- L’exercice  de la Démocratie – La Gouvernance – La jouissance des libertés  fondamentales et des droits constitutionnels, le Président de la République, Alpha Condé laisse un bilan qui contraste les espoirs suscités par le combat politique de l’opposant Alpha Condé.  

En effet, les obstacles et les violations répétées des libertés et droits élémentaires ont fini par avoir raison de leur libre exercice durant les mandats successifs de l’ancien Président particulièrement au cours du second et du 3ème avorté par le coup d’état du 05 septembre dernier. Cette atmosphère de politique répressive a ainsi mis fin aux rêves et espoirs suscités en Guinée et ailleurs par l’élection de l’opposant historique dont le discours et la lutte pour la démocratie et les libertés avaient mobilisé toute l’Afrique.

Durant ses 11 ans d’exercice du pouvoir suprême, l’usage de la méthode souvent disproportionnée a été systématique et sur toute l’étendue du territoire national contre les mouvements et manifestations de contestations de l’opposition avec leur corollaire d’assassinats de jeunes aux mains nues ainsi que des dégâts matériels touchant les biens de personnes supposées être des soutiens de l’opposition. Cette curieuse évolution de la situation politique guinéenne était d’autant surprenante que l’homme qui venait d’accéder au pouvoir l’a été après 40 ans de luttes politiques acharnées contre les injustices, la confiscation des libertés, les violations de lois etc Il avait en outre été  nourri et abreuvé de surcroît à la  sève de la démocratie depuis sa tendre enfance à la mamelle du pays de la démocratie et de la déclaration universelle des droits de l’homme, en l’occurrence la France, l’une des plus vieilles démocraties et des plus ouvertes au monde

Aussi au regard de son cursus, de son parcours politique, nul ne pouvait imaginer que l’auteur de  « La Guinée l’Albanie de l’Afrique ou néo colonnie Américaine », puisse ériger des obstacles à la libre expression de la contradiction, créer des entraves à la liberté, à la démocratie et aux droits de l’homme en Guinée, mettre la justice aux ordres.  Il était inimaginable que les règles et les droits constitutionnels ainsi que les principes de bonne Gouvernance pouvaient être bafoués, à sous son magistère, surtout dans un pays où la nécessité de leur consolidation était fortement ressentie .Cette mutation politique spectaculaire est imputable à la volonté du nouveau locataire de Sékhoutouréya de mettre en place un pouvoir personnel absolu et réduire au silence l’opposition démocratique pour toujours. Cette dérive était d’autant impensable que le futur Président Guinéen a toujours affiché sa volonté pendant les campagnes électoralesur de symboliser à la fois les Présidents Nelson Mandela et Barack Obama. Sa métamorphose politique serait née selon toute vraisemblance de l’influence négative qu’il aurait subie une fois au pouvoir, au contact  de certains de ses collègues Présidents réputés dictateurs dont l’aversion pour la Démocratie est connue sinon assumée. La  découverte du vrai visage politique de ce pseudo démocrate de façade qu’il avait toujours affiché durant son long  parcours politique n’avait de but que d’abuser cyniquement des électeurs potentiels  pour bénéficier de leur sulfurage. Les démocrates de part le monde, les observateurs politiques et la population Guinéenne toute entière qui espéraient voir éclore l’état de droit, davantage de démocratie, de liberté et surtout une Gouvernance plus vertueuse s’installer en Guinée n’en revenaient guère.

Au plan de la gestion des affaires publiques,  l’homme transposa et appliqua les méthodes peu démocratiques qu’il avait utilisées jadis pour diriger sa formation politique, le RPG, au fonctionnement et à la conduite des affaires de l’État.

Le Président Alpha Condé, au fil de ses mandats, s’est retrouvé ainsi au cœur de toute la vie politique administrative et économique voire judiciaire du pays.Tout comme un monarque  il régentait seul désormais, à sa manière à son rythme et au gré de ses desiderata, la vie de la Nation dans toute sa complexité et ses composantes.

Les  décisions et orientations dorénavant portaient tous l’empreinte du Chef Suprême qu’il était devenu et qui n’accepte ni ne tolérait de contradiction, de conseil encore moins de contestations quelqu’en soit la pertinence. Il s’identifiait désormais totalement à l’état dont il avait fini par  confisquer toutes les prérogatives, comme il le fit à la tête de sa formation politique  le RPG. 

Les promesses électorales ainsi que les engagements contenus dans son serment d’investiture furent purement et simplement ignorés .S’agissant de la Justice, elle fut mise aux ordres et à contribution avec pour mission de conférer davantage de légitimité à la violence D’etat devenue la règle.

 Les principales formations politiques de d’opposition furent elles aussi mises au banc et au pas, le tout dans un contexte de crises sanitaires qui prévalait presque durant tout son règne.Les manifestations organisées par l’opposition dans le strict respect des textes  réglementaires étaient sévèrement et sauvagement réprimées entraînant souvent des morts dont le nombre n’a cessé de grimper pour atteindre des chiffres effroyables à la veille du 5 septembre 2021.

Par ailleurs, la mise en place des Institutions Républicaines telle que prévue dans la loi fondamentale  a subit elle aussi, d’énormes entorses et retards dans leur concrétisation au point que certaines d’entre elles telle La Haute Cour de Justice n’a jamais vu le jour jusqu’à la fin de son régime  brusquement survenu le 5 septembre dernier.Celles qui furent créées et mises en place ont souffert d’un manque chronique de moyens pour accomplir en toute indépendance les missions qui leurs étaient dévolues.Au plan de la Gouvernance proprement dite, un énorme fossé séparait les déclarations publiques toutes empreintes de bonnes intentions et la réalité des faits.En effet, la corruption, le détournement et la gabegie financière devenus la règle ont gangrené et fragilisé toute l’administration  et soustraient d’immenses ressources qui auraient dû financer des programmes de développement.Ces maux d’une ampleur sans précédent ont atteint des proportions jamais égalées en Guinée et même dans la sous région. 

L’incroyable impunité qui semblait être garantie aux délinquants au col blanc sous le régime du champion du RPG, plus qu’un encouragement ressemblait à une d’invite ou d’incitation à l’action.Les quelques cas de dénonciations étaient vite démenties et étouffées au grand dam de la population.Comme si tout cela ne suffisait pas,  la Justice fut mise aux ordres pour arrêter, traquer et condamner des opposants afin de les réduire définitivement au silence. Cette mise de la Justice sous ordres fut ultérieurement complétée et renforcée par des mesures de confinement autoritaire et d’emprisonnement selon les cas de certains leaders en particulier après les dernières élections fortement contentées du 18 octobre  2020.L’interdiction de sortie du territoire fut aussi sélectivement appliquée à l’encontre de certains leaders de l’opposition comme arme décisive destinée à briser toute  résistance de leur part.

Comme on le constate, le régime du Président Alpha Condé, après un accouchement difficile avait suscité beaucoup d’espoirs auprès des laborieuses populations Guinéennes dont il se prévalait d’être la voix.Celles -ci caressaient l’espoir de voir enfin un véritable régime démocratique se mettre en place dans ce beau pays, plus respectueux des droits de tous les droits. Tel hélas ne fut pas le cas les espoirs suscités furent de courte durée.Les actes posés par l’opposant historique étaient très éloignés de son engagement politique de départ. 

Les rêves et les espoirs nés au lendemain de son ascension au pouvoir ont été brisés sur le socle d’une dérive dictatoriale que nul ne pouvait imaginer. Il  en fût de même des espoirs naïvement caressés par les guinéens, pour une refondation d’une Guinée nouvelle plus libre plus respectueuse de l’état de droits et gouvernée de manière vertueuse où la justice serait plus aux ordres.

Désormais les yeux et les espoirs pour construire cette Guinee  que tous les citoyens quelque soit leur bord politique appelle de tout leur vœux répondant aux attentes des uns et des autres sont rivés sur le cnrd et son gouvernement, avec le secret espoir de ne point manquer cet autre rendez avec l’histoire une fois de plus.

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