Le président du Honduras accusé d’aide au trafic de drogue

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Le président du Honduras, Juan Orlando Hernandez, a aidé à acheminer des tonnes de cocaïne vers les Etats-Unis, a affirmé mardi un procureur fédéral new-yorkais, dans son réquisitoire à l’ouverture du procès d’un narcotrafiquant présumé.

Ce dernier, Geovanny Fuentes, arrêté le 1er mars 2020 à Miami, a “versé des pots-de-vin même au président du Honduras”, et était devenu “intouchable” grâce à leur association, a assuré le procureur Jacob Gutwillig.

Le président du Honduras, surnommé “JOH”, a touché, entre 2013 et 2014, quelque 25.000 dollars pour garantir la protection du narcotrafiquant, selon le procureur.

“L’accusé était un élément-clé du narco-Etat hondurien”, a-t-il encore déclaré.

Présentant aux jurés le déroulement de ce procès prévu pour durer deux semaines, le procureur a indiqué qu’un des témoins pour l’accusation témoignerait “du choc et de la peur qu’il a ressentis en voyant l’accusé assis aux côtés du président”.

Le témoin, un comptable du nom de José Sanchez, devrait aussi citer des propos du président, qui aurait dit à M. Fuentes qu’il transporterait “tellement de cocaïne vers les Etats-Unis que les +gringos+ en auraient jusqu’aux narines”.

Toujours selon le procureur, l’accusé a formé un “partenariat direct” avec l’actuel président à partir 2013, peu avant que ce dernier n’emporte la présidentielle hondurienne.

– “Faux témoignages” –

Avocat de formation, le président Hernandez, 52 ans, au pouvoir depuis 2014, a toujours rejeté ces accusations. Il se présente comme un champion de la lutte contre la drogue et les gangs qui terrorisent le Honduras.

Lundi, sur Twitter, il a accusé les témoins à charge d’être prêts à des “faux témoignages” pour se venger de sa lutte contre le narcotrafic et réduire leur peine de prison aux Etats-Unis.

Lui qui se présentait comme un partenaire privilégié de Donald Trump dans la lutte contre l’immigration en provenance d’Amérique centrale, a aussi prévenu que “si les trafiquants tiraient profit de faux témoignages aux Etats-Unis, l’alliance internationale avec le Honduras s’effondrerait”.

“Nous sommes déterminés à lutter contre la corruption au Honduras”, a cependant réagi un porte-parole du Département d’Etat.

“Tout dirigeant (…) non disposé à lutter contre la corruption ne sera pas en position de bénéficier d’un partenariat étroit avec les Etats-Unis”.

Dans sa plaidoirie d’ouverture, l’avocat de M. Fuentes, Eylan Schulman, a lui aussi tenté de discréditer d’avance les témoins à charge.

“Supposément 25.000 dollars peuvent suffire à corrompre un président”, a-t-il lancé.

Il a souligné que José Sanchez, qui a demandé l’asile aux Etats-Unis, avait “beaucoup à gagner, et rien à perdre” en témoignant pour l’accusation. Et averti les jurés qu’un autre témoin à charge, l’ex-leader du cartel hondurien Leonel Rivera, était “l’un des pires assassins” au monde.

“Le gouvernement (américain) a accepté de faire un pacte avec ce diable (…) en aucun cas il n’est digne de foi”, a-t-il ajouté.

– Premier témoin –

Les procureurs new-yorkais considèrent le président Hernandez, au pouvoir depuis janvier 2014, comme “complice” de M. Fuentes dans le trafic de cocaïne, même si le dirigeant n’a pas été inculpé.

Le premier témoin appelé à déposer mardi devant les jurés a été un agent de l’agence anti-drogue fédérale, la Drug Enforcement Agency (DEA).

Il a confirmé avoir trouvé, dans le portable de M. Fuentes, le mail et le téléphone portable du président.

L’accusation a aussi montré aux jurés des photos du frère et du fils de l’accusé en compagnie du président.

Le procès de M. Fuentes intervient après le procès du frère du président, Tony Hernandez, un ex-député jugé coupable de trafic de cocaïne à New York en octobre 2019.

L’audience pour fixer sa sentence, plusieurs fois reportée, est désormais prévue pour le 23 mars. Il risque la perpétuité.

AFP

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