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Tribune

L’échec des forces sociales, des pistes de réflexion  (Par Mamoudou M. Tounkara)

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Dans la crise actuelle que connait le pays, liée à la hausse du prix du carburant de 8.000 à 10.000FG, des voix se sont levées, des syndicats et forces dites sociales se sont fait entendre et ont décidé pour les premiers de défendre les employés et les seconds pour porter la voix de la couche sociale. Ils avaient pour dénominateur commun d’amener l’Etat à reconsidérer sa position. Au point où évoluent les choses, tout porte à croire qu’ils ont échoué. Des pistes de réflexions sont possibles pour expliquer cet échec cuisant.

Tout d’abord, la faille est organisationnelle. Les différents acteurs se sont mobilisés sans s’organiser, or, quand on entreprend une initiative d’une telle envergure, l’organisation efficiente est la clé de réussite. L’organisation nous amène à la bonne planification en nous évitant de sombrer dans le sensationnel, l’improvisation et le superflu. Nos forces sociales se sont mobilisées sur le tas sans même chercher à savoir qui est qui, qui fait quoi, et que doit faire chacun. Ç’a donc été un four tout sans jeu de rôle. L’organisation qui en a été n’était qu’une organisation de façade. Pour preuve elle n’a jamais été respectée, chacun à titre illustratif était porte-parole partout sur les réseaux sociaux, dans les radios, sur les TV ; un communiqué a même été diffusé contre cette pratique.

Ensuite la crise de confiance, il y’avait des stratégies dans la stratégie. Cette deuxième cause émane de la première qu’est le manque d’organisation. Chaque groupuscule avait un objectif particulier caché derrière l’objectif global de revendication. Ceux ayant déjà la notoriété voulaient la renforcer et ceux ne l’ayant pas, voulaient à cette occasion l’acquérir. Dans ce brouhaha existait un conflit non apparent mais réel. Conscients ou non les acteurs étaient dans un cercle vicieux de positionnement. Les conséquences directes sont : le manquement de confiance, l’hésitation, le découragement, les démarches nocturnes, la non sincérité entre acteurs. Il y’avaient dans le groupe des parties qui étaient de mèche avec le pouvoir en place et celles en brouille avec lui. Il y’avait au départ un antagonisme ou une rivalité entre le CNOCS et le PECUD. Le premier est considéré comme très proche du pouvoir alors que le second est perçu comme très opposé au gouvernement, sans oublier que le CNOCS n’a réellement commencé à s’impliquer que le jour de la première marche.

Aussi, le problème de leadership est la conséquence directe du précédent. C’est le premier symptôme qui est d’ailleurs apparu dès le premier jour de manifestation. Qui doit mener le groupe, qui a droit à la parole au micro. L’autre pan de ce point est que ceux qui se voulaient leaders sociaux n’ont pas su où se placer par rapport au peuple qu’ils représentent. Or, la place des leaders se trouve au milieu du peuple comme le souligne le camarade Ahmed Sékou Touré, ce n’est ni avant ni après. Si le leader se place avant, il risque de devancer le peuple en allant seul et laisser le peuple derrière (ce qui est d’ailleurs arrivé). S’il reste derrière, il risque d’aller en retard rejoindre le peuple.

Surtout, le dernier point de leur échec réside dans la dénomination même de « force sociale ». Je ne sais de quoi ils se sont inspirés, mais je retiens qu’on ne rejette pas d’un revers de la main nos pratiques qui nous ont toujours porté fruit. Avec l’appellation forces vives, nous avons eu beaucoup d’acquis de 2007 à 2010, et d’ailleurs celles-ci s’élargissaient même aux partis politiques. L’appellation forces sociales leur a laissé faire cavaliers, seuls. Les forces sociales étaient tellement sûres d’elles-mêmes, qu’elles n’ont pas cherché à persuader le peuple pour lequel elles se battaient de la nécessité de la lutte. C’était comme si elles étaient dans une lutte personnelle.

En fin, l’une des causes fut la répression de la puissance publique avec son lot d’intimidation, d’interdiction, de répression. Mais même cela étant, n’eut été les manquements expliqués ci haut, la lutte aurait porté fruit, mais hélas !

Cet échec n’honore pas notre démocratie, il assombrit l’horizon démocratique, il donne cette illusion au pouvoir qu’il est permis de tout faire à sa seule guise.

Mamoudou Mariam Tounkara (Marakamansa)

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