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L’école guinéenne en crise: manipulations politiciennes, lynchages médiatiques, déni, mensonges et violences

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L’école guinéenne traverse une zone de turbulence pendant qu’elle avait tout d’un long fleuve tranquille. La cause des tumultes ? Le dernier concours de recrutement à la Fonction publique pour le compte des ministères de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Enseignement technique. C’est du moins ce qui apparaît, eu égard au fait qu’il n’est pas du tout exclu que des mains noires se cachent derrière les agitations des établissements scolaires ayant suivi la proclamation des résultats de ce concours. 

Pourquoi une tribune ?

Je tiens à préciser au demeurant que mon propos ne vise à défendre personne. Encore moins à régler des comptes à qui que ce soit. Observateur choqué, je suis tout simplement interpellé par la nécessité de tirer la sonnette d’alarme, pendant qu’il est encore temps, sur la perversion de notre système éducatif. Un état de fait qui est loin d’être imputable aux seuls gouvernants, tant ces derniers moments, le débat sur l’école déchaine des passions, voire suscite des écarts de langage des plus extrêmes. Les symptômes de cette descente aux enfers sont légion, hélas !  Les écoliers jetés en pâture ; des ministres de la République livrés à la vindicte populaire par un lynchage médiatique d’une rare violence, des amalgames ; que sais-je encore ? 

Les faits

Le basculement est parti du recrutement de nouveaux fonctionnaires pour le compte des ministères de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Enseignement technique. En effet, suite à la proclamation des résultats de ce concours, des enseignants contractuels non admis de certaines écoles ont tout simplement déserté des salles de classes, abandonnant les élèves à leur sort. Avant de prendre d’assaut les médias pour ruer dans les brancards contre les autorités, et ameuté. A coups de fausses accusations et parfois de calomnie visant à attendrir l’opinion.  Toujours est-il que la mayonnaise a pris. D’autant que, le mécontentement est monté crescendo dans le milieu scolaire pour culminer par une révolte qui, tel un cancer, se métastasait, au jour le jour. Avec tout ce que cela comportait comme conséquences en termes de dégâts matériels et humains, et de psychose.

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Ibrahima Kourouma, ministre Enseignement pré-universitaire

Pouvait-il d’ailleurs en être autrement, lorsqu’encouragés par une certaine opinion et contre toute éthique, les enfants prenaient goût à la violence ? Toujours est-il que pour arrêter la chienlit, les ministères de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Enseignement technique, en toute responsabilité, ont décidé, par communiqué conjoint, d’un congé de 10 jours pour les élèves et étudiants. Une mesure conservatoire au double avantage de permettre aux enseignants nouvellement recrutés de rejoindre leurs postes d’affectation, et de ramener le calme dans la cité.

A l’évidence, depuis cette décision, le pays dort les poings fermés, et les nouvelles recrues rejoignent leurs postes d’affectation, dans l’enthousiasme. A juste raison, pourrait-on dire, car pour la quiétude sociale, aucun sacrifice n’est de trop. N’est-ce pas qu’en matière de loi, le législateur est allé jusqu’à prévoir l’état d’urgence et l’état de siège qui suspendent certaines libertés fondamentales, rien que pour préserver l’ordre public ?  Dès lors, que peut bien valoir un congé de 10 jours face à une révolte scolaire dont l’éventuelle répression par les forces de l’ordre aurait engendré des problèmes nettement plus graves ? ‘’Pourquoi les autorités n’ont-elles pas anticipé, car gouverner c’est prévoir ?’’, se demandent certains. Mais une telle interrogation est-elle opportune quand le pays est en pleine crise et que les élèves en sont à tout vandaliser ?

Se pencher d’abord sur la recherche de l’apaisement et aller ensuite au diagnostic et à la thérapie n’est-elle pas la meilleure démarche en pareille circonstance ?

Mais au lieu de cela, l’on a plutôt choisi de tomber à bras raccourci sur les ministres en charge de l’éducation, comme si le débat sur la responsabilité pouvait apporter la solution idoine à la problématique posée.

Encore que le débat de la responsabilité de la crise en cours n’est pas si simple, contrairement à ceux qui voudraient plutôt chercher des boucs émissaires. Et pour cause… 

Les causes lointaines et immédiates des troubles scolaires

C’est un secret de polichinelle que le déficit d’enseignants dans les salles de classes remonte à plusieurs décennies en Guinée. Pendant près de 20 ans, alors que la population en âge d’aller à l’école n’a cessé de croitre, la Fonction publique n’a pas recruté d’enseignants. Même si elle en a enrôlé, mais sans concours et dans des proportions très faibles. Même la construction de nouvelles salles de classes avait été suspendue par les partenaires de la Guinée qui dénonçaient la gouvernance en général et du secteur éducatif en particulier.

Il a fallu attendre 2011 pour que la Guinée, grâce à l’appui de ses partenaires techniques et financiers qui avaient repris à lui faire confiance, reprenne la construction et la rénovation de nouvelles écoles à travers le pays. Six mille (6 000) salles de classes ont été construites depuis lors. En y ajoutant un millier de classes réalisées par les communautés (sans le respect de la carte scolaire, il faut le préciser), on imagine le déficit d’enseignants qui résulte d’un tel boom infrastructurel si tout cela ne bénéficie pas d’un accompagnement des Finances du pays qui sont les vrais décideurs du recrutement à la Fonction publique.

Or de 2012 à nos jours, le régime du Pr Condé confronté à des problèmes financiers aggravés par l’épidémie d’Ebola n’a pu suivre sa planification dans ce domaine. Car même s’il a fait largement mieux que ses prédécesseurs, avec deux concours à son actif, le pouvoir actuel ne peut résorber le colossal déficit d’enseignants en si peu de temps. Il va falloir de la patience et de la compréhension.

D’ailleurs, le déficit d’enseignants n’est pas l’apanage de la Guinée. Le même débat agite beaucoup de pays. Comme le Maroc, plus développé que la Guinée. N’importe qui peut vérifier par les moteurs de recherches d’internet (Google par exemple) que les autorités marocaines en sont à déplorer cette année un déficit de plus de trente mille (30 000) enseignants dans les salles de classes du Royaume chérifien.

L’autre cause de ces troubles scolaires qu’il ne faut pas négliger est bien la manipulation des enseignants contractuels, des parents et des élèves. Illustration ? Un homme politique de la place, député de surcroît, bien connu pour ses frasques, après s’être réjoui publiquement a lancé un appel aux élèves à descendre dans la rue. Pour barricader les routes et vandaliser. Un monsieur qui n’a visiblement rien à perdre, puisque ses enfants fréquentent les classes européennes au vu et au su de tout le monde.  Mais à partir du moment où ce député n’a pas été désavoué par sa propre formation politique, doit-on alors douter de la manipulation du mouvement scolaire par les politiques ? 

Le mensonge  

Contrairement à ce que disent certains, 70% des enseignants contractuels ayant passé le concours sont admis. Soit 1495 sur 1956. Mais la coordination des contractuels décide de se solidariser des 461 qui n’accèdent pas à la Fonction publique pour que tout cela dégénère. Par l’incitation de la totalité des enseignants contractuels(admis ou non) à sécher les cours sur l’ensemble du territoire national. Beaucoup auraient voulu que ces contractuels soient tous engagés, même si le concours est sélectif. Oubliant que la question du niveau des élèves guinéens est au cœur de tous les débats. Peut-on vouloir d’une chose et son contraire à la fois ? 

Le déni

Indéniablement, la gouvernance actuelle du système éducatif guinéen demeure encore confrontée à de nombreux défis. Mais de là à passer sous silence les progrès réalisés ces six dernières années, cela relève du déni.

Damantang

Damantang Albert Camara, ministre Enseignement technique

 

A l’avènement des autorités actuelles, l’éducation était en proie à beaucoup de maux. Entre autres la corruption illustrée par des examens scolaires devenus de véritables marchés où les notes se négociaient comme dans une foire. Des copies et des candidats étaient substitués à tout bout de champ. La pléthore d’élèves dans les salles de classes. Les parents d’élèves rançonnés quotidiennement par des responsables d’écoles peu scrupuleux. Les diplômes trafiqués au préjudice de l’image du pays dans les universités étrangères. La guerre des clans dans les écoles. Sans oublier le manque criard d’investissements dans les infrastructures scolaires. Lorsqu’en 2012, le ministère de l’Enseignement Pré-universitaire a évalué les enseignants, en fonction de leur niveau, ces derniers ont été classés en trois groupes. Le tiers-fort, le tiers-moyen et le tiers-faible. Constat ? Le tiers-faible était supérieur à deux fois la somme du tiers-fort et du tiers-moyen. Comme on peut le voir, ce rapport en disait long sur le niveau général du corps enseignant d’alors.

Mais aujourd’hui, grâce à la politique mise en place pour la formation des enseignants, ce rapport a été fortement inversé. Des évaluations en cours et non achevées montrent que le taux du tiers-faible est en constante baisse, année après année, au profit du tiers-moyen et du tiers-fort. En outre, les classes sont décongestionnées. Le calendrier scolaire est respecté. Le nombre d’heures de cours par enseignant a augmenté au bénéfice des apprenants. Les examens scolaires sont moralisés et caractérisés ces dernières années par l’absence totale de fuites de sujets. L’élève guinéen mis en confiance que seul l’effort personnel paie a pris conscience.  

Avec un tel tableau, qui peut dire que l’école guinéenne ne se qualifie pas ? Même si ces belles perspectives restent tributaires de l’engagement des autres acteurs (non étatiques) de l’école que chacun de nous est. 

Que faire ? 

Le devoir patriotique appelle tous les Guinéens à sauver l’école sans laquelle, la Guinée n’a aucun avenir comme Nation. Certes, par les temps qui courent où l’égoïsme et la politique politicienne sont devenus la boussole de la conscience nationale, il n’est pas facile d’assumer ses responsabilités. Mais avec la volonté et l’esprit de sacrifice, on peut bien y arriver pour le salut du pays.

Il est bon de critiquer, voire même de s’installer dans le procès permanent des gouvernants comme c’est souvent le cas en Guinée. Mais il est encore mieux de le faire avec une analyse globale des questions aux débats, y compris l’introspection des uns et des autres. Une critique qui n’est que pour l’autre et jamais pour soi ne construit guère.

Tous ceux qui jouent les apprentis-sorciers avec cette crise scolaire doivent savoir qu’ils font courir un grand risque à la Guinée. C’est pour cela qu’il est urgent d’en appeler à la sagesse des uns et des autres. De sortir du procès permanant qu’on a toujours fait dans ce pays sans aucun résultat.

Je voudrais terminer cette tribune par une invite que je lance aux ministres en charge de l’Education, pour qu’ils expliquent qu’ils ne sont pas les ennemis des enseignants contractuels. Que le recrutement des fonctionnaires, furent-ils des enseignants, obéit à un processus complexe qui intègre à la fois le gouvernement dans sa totalité, mais aussi et surtout le ministère de la Fonction publique qui est la tutelle de cette activité, le ministère du Budget et celui des Finances qui ont le dernier mot. Et qu’eux ne sont qu’à la fin de la chaine. Ce qui signifie que contrairement à une certaine opinion très répandue, les deux ministres ne peuvent pas être les boucs émissaires d’une situation qui date des décennies de mauvaise gouvernance caractérisée.

Ibrahim Kourouma et Damantang Albert doivent dire qu’ils ont plutôt été du côté des contractuels pendant ce concours. En veillant notamment et de façon particulière à ce que les sujets ne soient choisis que par l’ENI et l’ISSEG pour l’élémentaire et le secondaire, ainsi que par des professeurs de l’Enseignement technique pour les enseignants de cette discipline aussi. Une innovation qui a permis à 70% des contractuels d’être admis, contrairement au concours de 2012 où ils ont eu zéro admis à cause du choix des sujets à l’époque qui n’étaient pas pédagogiques et qui par conséquent étaient plus à la portée des étudiants fraichement sortis des universités qu’à leur portée. Même les corrections des copies ont été effectuées par les enseignants de l’ENI, l’ISSEG et les professeurs de l’Enseignement technique ; toujours à la demande des ministres.

Ces deux ministres doivent aussi démentir formellement que du moment qu’ils ne sont ni ministre de la Fonction publique, ni celui du Budget ou des Finances, ils ne sauraient promettre le recrutement à quelque enseignant contractuel que ce soit. Les ministères sectoriels dont ils ont la charge n’ont de pouvoir dans des recrutements que d’exprimer leurs besoins d’enseignants et d’attendre qu’on leur en remette pour affectations. Le reste n’étant que diversion.

NB : Outre les contractuels, ce concours était ouvert aux enseignants des écoles privées, aux contractuels communautaires et aux sortants de l’Ecole Nationale des instituteurs (ENI) et de l’Institut supérieur des sciences de l’Education de Guinée (ISSEG).

Par Sékouba Savané, Journaliste

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0 Comments

  1. Keita

    13 février 2017 at 3 h 10 min

    tu dis quoi de la nouvelle grille salariale? j’ai besoin que tu me donnes des explications car jusqu’à présent je n’ai rien compris et je suis de la hiérarchie A1 et détenant un diplôme de maitrise es- science de l’université de Kankan. Il faut connaître le sujet avant de te lancer dedans car il me semble que tu ne connais rien du système éducatif guinéen. Merci

    • Bangoura

      13 février 2017 at 14 h 38 min

      Keita,tu es de la hiérarchie A1 mais sans connaitre la différence entre la grille salariale et indiciaire.J’ai l’impression qu’il(Sékouba Savané) connait mieux le système éducatif guinéen que toi

  2. DY

    13 février 2017 at 10 h 19 min

    Tiens voilà un médiateur plus partisan que partisan.

    Manipulations-politiciennes (mal gouvernance); lynchages médiatiques (dénonciations); déni (efforts trop insuffisants du gouvernement par rapport à sa capacité réelle); mensonges (scandales non enquêtés); et violences (révoltes populaires). La mère de tout ça c’est l’injustice sociale qui, plus que jamais est vénérée dans notre pays sous ce régime.
    voyez vous tout est codé dans votre titre, il ne reste plus qu’à être sage et de bien choisir votre camps si vous êtes sage et véridique ou si vous n’êtes pas aussi un autre visage de ce lynchage médiatique que vous dénoncez.
    Parler de quelque chose qu’on connait et qu’on maîtrise est une sagesse; en revanche quand on parle de quelque chose qu’on ignore ou qu’on fait semblant de ne pas savoir, c’est pire que le mensonge.
    Le peuple de Guinée est mûr, le mensonge ne passe plus, revenez sur terre et respectez le.

    • Bangoura

      13 février 2017 at 15 h 38 min

      DY veut que sa vérité soit la seule vérité et j’ai l’impression que tu nages á contre-courant.Tu réagis á l’aveuglette et avec une certaine passion.C’est toi,qui dois redescendre sur terre pour que tu puisses voir la réalité en face

  3. NONDIFALE

    13 février 2017 at 13 h 27 min

    Sil vous plait Monsieur Savané ne met le feu au poudre, nos enfants n’arrivent pas à étudier, c’est ça une manipulation politicienne-injustice sociale c’est ce que vous appelez lynchage médiatique, faire des reformes en pleine année scolaire, c’est ça déni ou je sais quoi….arrêtez de justifier l’injustifiable, si tu a des chat à feuilleter avec le ministre Ibrahima Kourouma il faut le faire ailleurs. sil ya manipulateur ou violant peut être c’est toi en tout cas. si tu na pas souci pour l’avenir de nos enfants pardon pardon tais toi sinon tu sera responsable de ce qui adviendront. A BON ATTENDEUR SALUT !!!!

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