Les différentes formes d’intelligence dans l’art de diriger un peuple (Youssouf Sylla)

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🛑Par Youssouf SYLLA🛑On peut distinguer trois formes d’intelligence chez les dirigeants dans l’organisation de la vie en société. Il y a l’INTELLIGENCE D’AMOUR. Elle est incarnée par des dirigeants dotés d’une forte empathie envers leurs compatriotes. Ces dirigeants se mettent à la place de leurs populations pour trouver des réponses à leurs besoins. Ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour créer un fort degré de consensus social, en évitant de dresser les uns contre les autres. Même s’ils sont choisis par une partie du peuple, ils gouvernent pour l’ensemble sans faire de différence. Paternalistes, ils se montrent soucieux de la santé, de l’éducation, de la sécurité et de la prospérité de leurs populations. Nelson Mandela en Afrique du Sud, Mahatma Gandhi en Inde, sont les personnages emblématiques de cette catégorie de dirigeants, résilients, capables d’endurer de grandes souffrances personnelles pour la défense de leurs idéaux.

À l’opposé de cette forme d’intelligence, il y a de l’autre bout du continuum, les dirigeants qui incarnent l’INTELLIGENCE DE LA PEUR. Ils sont clivants dans leur mode de gouvernance. Autoritaire et adeptes d’un pouvoir fort et même extrême. Ils sont quasiment insensibles à la nécessité de construire un consensus social. Ils se mettent au service d’une forte idéologie qui promeut les uns et laissent de côté les autres. Ils ont besoin de cette division pour se faire remarquer. Ils laissent se perpétuer les injustices sociales et économiques si ces situations confortent la position des groupes qu’ils défendent. Pour ces dirigeants, les règles n’ont d’importance que si elles rejoignent leurs intérêts. La remise en cause même des droits acquis leur est d’une grande facilité. À cause de leur narcissisme, ils veulent d’une société à leur image. Dans nombre de cas, ils n’auront aucune crainte de recourir à la force pour imposer leurs vues. Parmi les personnages qui incarnent cette forme d’intelligence, il y a Donald Trump aux USA, tout comme Éric Zemmour en France qui a décidé de se présenter comme candidat à l’élection présidentielle prévue en 2022.

Il y a enfin une dernière catégorie de dirigeants qui incarnent l’INTELLIGENCE OPPORTUNISTE. Il s’agit de dirigeants situationnistes et pragmatiques qui ne sont ni à la recherche d’un consensus social parfait ni à la recherche de divisions inutiles. Ils développent une forme d’intelligence bureaucratique et technique qui fait l’effort de s’adapter aux réalités de son temps. Sans être rangés dans une catégorie ou l’autre, ils sont en mesure de s’approprier certains ingrédients de l’intelligence d’amour et de l’intelligence de la peur, selon les circonstances. Ce fut le cas en France d’un président comme Nicolas Sarkozy. Il s’agit d’une forme d’intelligence qui peut se montrer tout à la fois soucieuse des injustices sociales et de grandes questions environnementales que des intérêts de grands groupes industriels qui n’ont que faire de l’environnement. C’est une intelligence duale qui est aujourd’hui majoritaire dans nombre de pays.

Enfin, chacune de ces trois formes d’intelligence dans l’art de diriger un peuple à des adeptes dans les populations. Même dans les grandes démocraties, les porteurs de ces différentes formes d’intelligence sont élus quand le peuple estime qu’il convient d’aller dans une direction plutôt qu’une autre. Dans ses choix, le peuple lui-même n’est pas constant. Il peut rejeter aujourd’hui ce qu’il a adulé hier. Et vice-versa. C’est cela aussi la démocratie.

Dans un pays comme la Guinée, on est dans une forme d’intelligence de la peur dans l’art de diriger le peuple. Les chefs d’État qui ont durablement gouverné ce pays (Sékou Toure, Lansana Conté et Alpha Condé) se sont inscrits dans ce schéma-là. Ils ont été clivants avec un pouvoir extrême prêt à réduire à néant toute forme d’opposition politique et sociale. La différence entre les dirigeants africains qui incarnent l’intelligence de la peur dans l’art de diriger un peuple et les dirigeants occidentaux de la même catégorie porte sur le fait suivant : les dirigeants occidentaux peuvent perdre le pouvoir quand le peuple le décide cas de Trump aux USA), par le jeu des élections. Les dirigeants africains eux portent la peur à son sommet, ils optent pour la présidence à vie, sauf s’ils sont renversés par une autre force comme c’est le cas en Guinée depuis le 5 septembre 2021.

Youssouf SYLLA

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