Les magistrats tchadiens exigent un pistolet chacun pour leur sécurité

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Une grève illimitée a été lancée par deux syndicats des magistrats tchadiens pour exiger des autorités de N’Djamena plus de sécurité dans l’exercice de leurs fonctions. Une revendication qui fait suite à l’assassinat d’un procureur, au travail, dans la province du Bahta.

Soutenu par les avocats au barreau du Tchad, le mouvement d’humeur se poursuit à travers le territoire national.

L’appareil judiciaire est paralysé par ce débrayage.

Au palais de justice de N’Djamena, les magistrats ont rangé leurs toges noires dans les placards depuis lundi. Les justiciables tournent en rond, puisqu’ils sont éconduits devant le palais de justice par les agents de sécurité.

Une arme pour chacun

Ils revendiquent, entre autres,la dotation de tous les magistrats en armes de poing, le renforcement des effectifs des agents de sécurité dans tous les tribunaux du Tchad, la poursuite judiciaire contre certains agents de police, la poursuite de Mme le ministre des affaires foncières pour abus de confiance, abus d’autorité et outrage à magistrat.

Taoka Bruno, président du syndicat autonome des magistrats du Tchad à gauche et Moussa Wade Djibrine président du syndicat des magistrats du Tchad à droite, le 1er juillet 2021. (VOA/André Kodmadjingar)
Taoka Bruno, président du syndicat autonome des magistrats du Tchad à gauche et Moussa Wade Djibrine président du syndicat des magistrats du Tchad à droite, le 1er juillet 2021. (VOA/André Kodmadjingar)

Pour Taoka Bruno, président du syndicat autonome des magistrats du Tchad, les magistrats tchadiens travaillent dans des conditions très difficiles et avec la peur au ventre.

“Aujourd’hui, il y a des personnes incontrôlables, il y a des armes qui circulent, les conditions de travail des magistrats ne sont pas réunies, certains travaillent dans des palais complètement délabrés où les locaux ne sont pas clôturés”, a-t-il déclaré. Il ajouteque “son organisation n’a cessez d’alerter les autorités sur les menaces qui pèsent sur les magistrats. Mais le gouvernement n’a pas pris au sérieux”,

Le président du Syndicat des magistrats du Tchad, Moussa Wade Djibrine, déplore le comportement de ses collègues de la Cour d’appel de Sarh, province du Moyen Chari au Sud du Tchad qui n’observent pas cette grève.

“Le principe est que tous les magistrats observent un arrêt total de travail puisque c’est notre corps qui est menacé. Mais le comportement isolé de certains magistrats du ressort de la cour d’appel de Sarh ne peut pas entamer la détermination des autres magistrats sur l’ensemble du territoire national a rassuré le président du SMT”, explique-t-il.LIRE AUSSI :Grève des magistrats tchadiens après l’assassinat d’un procureur à son lieu de travail

Les avocats au barreau du Tchad soutiennent cette grève qui selon eux, vise donc à exiger la sécurité de tous les acteurs judiciaires.

Pour Maitre Djérandi Laguerre Dionro président du conseil de l’ordre des avocats, “lorsque ceux qui sont censés dire le droit auprès desquels, un citoyen qui a de problème peut demander justice ne sont pas en sécurité, les avocats ne sont pas épargnés”. Il exige que la “sécurité de tous les acteurs judiciaires soit assurée et que toute la lumière soit faite sur cette affaire d’assassinat du procureur”.

Il espère que “le gouvernement entendra raison et que les actions fortes seront menées d’ici là pour mettre un terme à cette spirale de violence des acteurs judiciaire pour que les choses reviennent à la normale”.

Pour l’ancien ministre de la justice Ahmat Mahamat Hassan, l’humiliation dont font l’objet quotidiennement les magistrats dans l’exercice de leur fonction est très grave pour un état de droit attaché au principe universel du respect de la justice.

Ancien garde des Sceaux, Ahmat Mahamat Hassan a relevé une “impunité généralisée et l’incivisme caractérisé des citoyens, la corruption dans les milieux judiciaires”.

“Même si le juge prononce une bonne décision, le justiciable qui perd le procès pense que son adversaire a donné beaucoup d’argent pour gagner le procès”, souligne-t-il. Il rappelle qu“il y a le déficit de l’autorité de l’Etat. Il faut absolument que l’autorité de l’Etat s’affirme parce que si, on s’attaque à un magistrat, on s’attaque à l’institution judiciaire”.

AFP

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