Lettre ouverte du doyen Elhadj Alpha Oumane Serindé Diallo au président de la République, Pr Alpha Condé

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Monsieur le Président,

Je viens par la présente, en tant que citoyen guinéen mais aussi et surtout en tant que vieil ami, pour vous interpeller sur la situation actuelle du pays. Monsieur le Président, vous n’êtes pas sans savoir que depuis plus d’un an maintenant, l’attention des Guinéens et de tous nos partenaires reste figée sur votre avenir à la tête du pays au-delà de votre dernier mandat Constitutionnel en fin 2020.

Cette attention ô combien de fois préoccupante pour le devenir de la Guinée s’explique par le fait que, l’essentiel des cadres de l’administration et les gros bonnets de votre parti élargis à ses alliés, remuent terre et ciel, dans le but d’imposer une nouvelle Constitution, dont l’une des premières conséquences serait de vous maintenir à vie au Palais Sékhoutouréya, contre la volonté populaire, contre les principes démocratiques que vous avez pourtant défendus auparavant.

Monsieur le Président,

Comme vous le constatez, actuellement la Guinée, notre beau pays, est plongée dans une série de manifestations sociopolitiques avec à la clé des morts, des blessés, des dégâts matériels et une crise de confiance profonde entre les filles et les fils du pays. Cette malheureuse situation ne doit et ne peut laisser personne indifférente, surtout vous qui vous êtes battu de longues années pour l’instauration de la démocratie en Guinée. C’est pourquoi, pour avoir été un compagnon de lutte de très longue date avec feus Siradiou Diallo, Bâ Mamadou, Professeur Alpha Ibrahima Sow, j’en passe, et pour le bonheur de ce beau pays, je vous supplie de renoncer au projet de modification de la Constitution. Si ces amis vivaient, ils vous auraient sans nul doute déconseillé en adoptant la même démarche, pour implorer votre sagesse, pendant qu’il est encore temps.

Mais puisqu’ils ne sont plus de ce monde, moi qui ai passé un bon moment avec vous tous, je vous demande humblement de renoncer à la modification de la Constitution et à toute initiative qui mettrait davantage notre pays dans une situation de crise, dont on peut bien se faire l’économie.

Monsieur le Président,

Après plus de quarante longues années d’engagement politique en faveur de la démocratie et de la liberté des Guinéennes et des Guinéens de choisir librement leurs dirigeants, il serait très sage de comprendre maintenant qu’il y a une meilleure vie après le pouvoir.

Monsieur le Président,

Une nouvelle page est bien possible pour aider les Guinéens à retrouver la paix des braves. Pour cela, l’urgence voudrait que vous facilitiez, entre autres, conformément à votre serment, «le fonctionnement normal des institutions républicaines, de l’indépendance de la Justice et de l’application de ses décisions ». Faire en sorte que la justice soit équitable pour tous les citoyens de quelques bords politiques qu’ils soient d’où qu’ils se trouvent sur le territoire national.

Ainsi, Monsieur le Président, vous aurez rendu un grand service à la nation, qui a perdu des dizaines de Guinéens, assassinés injustement par balles ces dernières années, lors des manifestations sociales et politiques qui leur sont reconnues par la Constitution. Aussi, faisons en sorte que nos lieux de culte et les leaders religieux retrouvent leur statut d’antan, leur confiance auprès de la population.  Que nos mosquées et églises servent d’endroit où seule la parole de Dieu règne. Que les imams et les prêtes ne soient qu’au service de la foi religieuse.

Il vous appartient donc de faire le choix entre sortir par la grande porte de l’histoire qui retiendra de vous « d’un homme d’honneur » ou sortir par la petite porte de l’histoire qui retiendra de vous comme premier Président démocratiquement élu de la Guinée à avoir usé de la politique de Machiavel pour se maintenir au pouvoir au-delà de la durée du mandat Constitutionnel.

Vous souhaitant bonne lecture de la présente, j’ose espérer, Monsieur le Président, que la voie de la sagesse qui vous a toujours caractérisée, s’imposera à la fin, pour clouer le bec des oiseaux de mauvais augure.

Que DIEU bénisse la Guinée et les guinéens. Amine

 

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