Liberté pour Toumba Diakité ? Le ministre de la Justice met les points sur les i

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L’ex-aide de camp du capitaine Dadis Camara, commandant Aboubacar Sidiki “Toumba” Diakité dont l’avocat est sur pied depuis quelques années pour l’obtention de sa mise en liberté provisoire pour se soigner, doit encore une fois prendre son mal en patience. Son défenseur Me Paul Yomba Kourouma qui comptait sur la promesse de l’actuel garde sceaux, doit aussi attendre l’ouverture du procès des évènements du 28 septembre 2009 -qui ont fait plus de 150 morts-pour connaître la suite de sa demande de la mise en liberté de son client.

En tout cas, selon le ministre de la justice et garde des sceaux Me Mory Doumbouya que Mediaguinee a joint la semaine dernière, il n’est pas du ressort du Ministre de la justice de mettre un détenu à la disposition de son avocat. Rappelant que cette décision de mise en liberté de tout détenu inculpé pour l’affaire du 28 septembre revient au juge qui va juger le dossier.

Interrogé sur les dits de l’avocat Me Paul Yomba qui fondait tout son espoir sur la mise en liberté de son client ; une promesse que lui avait faite le ministre une fois après les résultats de la présidentielle du 18 octobre dernier, il précise : « officiellement, j’avais dit que la procédure du 28 septembre était bouclée en termes d’instruction. Mais si vous prenez les principes de justice comme tels, il n’appartient pas au Garde des sceaux de mettre un détenu à la disposition de son avocat, c’est à la justice de le faire. Parce que le garde des sceaux doit pouvoir respecter l’indépendance des cours et tribunaux. Nous, nous avons dit et nous sommes clairs sur cette position puisque le dossier est clos, il faut aller au procès et c’est ça ma position. Je l’assume. »

Et d’ajouter : « Mais bien sûr on ne pouvait pas le faire dans un contexte électoral. Donc nous sommes dans une posture d’aller au procès et maintenant. A l’ouverture du procès s’il y’a des demandes même de remise en liberté à présenter au juge, il appartiendra au juge souverainement de prendre des décisions. Nous, nous n’avons pas de position pré- établie contre qui que ce soit. Et on doit ouvrir ce procès pour situer des responsabilités. Mais pas forcément pour venir à un procès avec des idées préconçues de responsabilité à l’égard de qui que ce soit. Que ce soit des personnes mises en cause, que ce soit les parties civiles, les victimes annoncées. L’essentiel pour nous est que les juges établissent dans un débat contradictoire, les responsabilités pour dire exactement à l’opinion ce qui s’est passé ce jour-là au stade du 28 septembre. » Argumentant que s’il y a des responsabilités qui sont établies avec des preuves irréfutables mais forcément ça va être suivi de condamnation : « Mais s’il n’y a pas de responsabilités on ne peut pas condamner des innocents pour satisfaire aux exigences de qui que ce soit. Ça, on ne fera pas, ça c’est notre position. Mais ce ne sont pas du tout des décisions à prendre sur un angle personnel ou sur la base de simple relation. Ce sont des décisions qui vont être prises de façon souveraine par des juridictions. Mais encore une fois nous nous entendons assurer une totale impartialité et d’indépendance des cours et tribunaux dans les prises de décision. »

Répondant à la question de savoir à quand l’ouverture du procès, le Ministre guinéen de la justice de préciser : « J’ai toujours dit que je ne tomberai pas dans les erreurs d’antan. Les erreurs d’antan ont consisté pour la chancellerie de fixer des dates d’audience, il n’appartient pas au Ministre de la justice de fixer une date d’audience. Moi, je suis en relation avec les magistrats du TPI de Dixinn qui sont compétents territorialement pour connaitre cette affaire. Et pas plus qu’hier j’étais avec le procureur de Dixinn pour discuter des détails liés à l’organisation de ce procès. J’ai été saisi d’une série de demandes parce que le rôle de l’Etat c’est de recréer les conditions matérielles d’organisation du procès. Créer les conditions de sécurité des juges, des personnes poursuivies et des témoins. Maintenant une fois que toutes ces conditions auront été créées, nous sommes en train de satisfaire à toutes ces exigences. C’est au parquet de Dixinn en collaboration avec le siège du tribunal de nous proposer une date d’ouverture. Mais si le garde des sceaux ou bien même le chef de l’Etat disait le procès-là c’est tel jour, c’est une immixtion dans les prérogatives des cours et tribunaux. Moi je ne voudrais pas tomber dans les pièges comme ça (..). On a beaucoup plus intérêt à gérer ce dossier-là ici que de voir la CPI s’en saisir parce que c’est facile d’aller rendre visite à quelqu’un à la maison centrale que de chercher un billet d’avion et un visa pour aller à la Haye. »

Moi, a rassuré Me Doumbouya, « j’ai eu des échanges avec les associations des victimes, avec les avocats pas seulement l’avocat de Toumba, les avocats de toutes les personnes mises en cause. Je pense avoir rétabli la confiance. Mais si demain les juges prenaient n’importe quelle décision, même si c’étaient des décisions de remise en liberté, moi, je n’en dirai pas plus c’est ça ma position en tant que garde des sceaux. »

Elisa Camara

+224 654 95 73 22

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