Lise Martel, directrice CDC Guinée : ‘’le Covid-19 a été importé d’autres pays vers la Guinée. Plus de 50% des cas à Conakry sont à Ratoma’’

Lise Martel of the Center for Disease Control and Prevention (CDC) in Atlanta, US, speaks during a press conference on September 18, 2014 at the US embassy in Abidjan on the Ebola epidemic prevention. No Ebola case has been yet reported in Ivory Coast. The international community is scrambling to respond to the current Ebola outbreak, the worst on record. The virus has killed more than 2,400 people in Liberia, Guinea, Sierra Leone and Nigeria this year. AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO (Photo credit should read ISSOUF SANOGO/AFP via Getty Images)
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Dr Lise Martel est la directrice de CDC-Guinée (Centre pour le contrôle et la prévention des maladies). Dans une interview réalisée par l’ambassade des Etats-Unis à Conakry, la directrice pays de Center for Disease Control and Prevention (CDC) est revenue longuement sur la pandémie de Coronavirus, son expansion en Guinée et aussi ses moyens de traitement. Interview…

Pouvez-vous vous présenter et dire ce que vous faites en Guinée ?

Je suis Lise Martel, je suis la directrice de CDC ici en Guinée. Je suis venue en Guinée en 2014. A l’époque c’était pour la riposte Ebola. Et finalement comme la riposte perdurait CDC a décidé d’ouvrir un bureau ici et je suis devenue cette directrice.

2- Que signifie CDC, et quel est le rôle dévolu à CDC aux Etats-Unis et ici en Guinée ?

Le CDC en fait, c’est l’institut national de santé publique des Etats-Unis. C’est une partie du gouvernement fédéral américain. Aux Etats-Unis, nous gérons les épidémies, nous gérons beaucoup d’autres maladies, certaines maladies chroniques. C’est une très grande entreprise où il y a 13 mille personnes qui travaillent et sur ces 13 mille il y en a 2mille environ qui travaillent dans d’autres pays. La plupart des gens de CDC travaillent aux Etats-Unis mais 2 mille d’entre nous sommes repartis à travers le monde. Et moi je suis une de ces 2 mille personnes.

3- Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est le covid-19 et pourquoi il devrait être pris au sérieux ?

Le covid-19 est un virus de la famille de Coronavirus, c’est un virus qui peut être transmis d’animaux à humain, mais aussi d’humain à humain maintenant. Pourquoi c’est un virus qui est très pris au sérieux parce que c’est nouveau donc nous ne savons pas beaucoup au sujet de ce virus. Et comme nous le voyons dans les dernières semaines, il y a une très grande propagation à travers le monde entier, donc il faut vraiment prendre au sérieux ce virus. Surtout pendant que nous n’avons ni traitement, ni vaccin pour le guérir. Pour l’instant, les choses qu’on fait pour gérer le covid-19 centrent sur gérer les symptômes. Par exemple le symptôme de la fièvre ou la toux. On peut utiliser les médicaments pour essayer de soulager ces symptômes mais il n’y a pas vraiment de médicament encore qui peut guérir le covid-19. De toute manière, pour la plupart des virus, il n’y a pas par exemple d’antibiotique qu’on peut utiliser pour le guérir. Donc on n’a pas de choix, on doit attendre à ce que le corps puisse se défendre contre le virus.

4 Dites-nous ce que le CDC fait pour lutter contre le Covid-19 en Guinée ?

CDC, depuis que nous sommes ici en Guinée, nous travaillons sur 4 volets. Nous travaillons pour la gestion des urgences, nous avons aidé le Ministère de la santé à établir les centres d’opération d’urgence à travers le pays. Nous aidons avec la gestion des données épidémiologiques. Alors ce sont les données sur des maladies à potentiel épidémiologique. Nous donnons aussi les fonds pour un programme qui s’appelle FETP c’est le programme d’épidémiologique de terrain qui est un programme qui a ici en Guinée deux volets : un, de trois mois et un, de neuf mois. Alors il y a des gens qui sont entraînés pendant 3 mois, il y en a qui sont formés pendant 9 mois pour apprendre comment identifier de nouvelles maladies ou des maladies à potentiel épidémiologique sur le terrain. Puis bien identifier des personnes qui sont en risque, collecter les données et faire des interventions pour permettre de résoudre le problème et empêcher la maladie de se propager. Ensuite, nous avons travaillé aussi ici avec les laboratoires, renforcé la capacité des laboratoires pour être capables de diagnostiquer des maladies ici que plutôt d’avoir envoyé les tests dans d’autres pays. Dans le contexte du covid-19, nous travaillons surtout avec le programme d’épidémiologique de terrain pour aider à aller sur le terrain, identifier les personnes qui ont des cas et qui sont des cas, des personnes qui sont infectées avec le virus, identifier leurs contacts, les suivre pendant 14 jours pour s’assurer qu’ils ne sont pas eux-mêmes infectés par le virus. Et puis ceux qui sont infectés par le virus de les rediriger vers le système de santé. Nous travaillons tous les jours avec le Ministère de la santé, particulièrement son bureau qui s’appelle l’ANSS, l’agence nationale de sécurité sanitaire qui a en charge de gérer la riposte pour le covid-19. Tous les jours nous travaillons côte à côte avec nos collègues de l’ANSS pour essayer de bien cerner le problème et empêcher la propagation trop rapide. Bien que nous savons qu’il y aura propagation parce qu’il y a des gens déjà infectés. Les gens infectés par le virus parfois même s’ils peuvent transmettre la maladie ne montrent pas de symptômes. Alors il y a des gens qu’on appelle les asymptomatiques, les gens qui sont infectés par la maladie peuvent la transmettre mais ne montrent pas eux-mêmes des symptômes. Donc nous savons qu’il y en a dans la population, il y a aussi des gens qui sont dans cette période d’incubation, ce qui veut dire qu’ils ont contracté le virus mais pour l’instant on ne s’en aperçoit pas tout à fait. Même si on fait un test peut-être on ne peut pas le dépister. Mais normalement à l’intérieur de 14 jours si la personne va développer les symptômes, elle va les développer. Alors c’est important de suivre tous ces gens pendant 14 jours pour s’assurer s’ils vont développer la maladie ou pas. Ensuite, nous donnons les conseils au gouvernement guinéen pour les mesures à prendre pour empêcher la propagation trop rapide. Le but c’est de ralentir assez la propagation pour que ça n’excède pas la capacité des centres de santé à traiter les gens qui sont infectés. Présentement, il y a des gens qui sont suivis à l’hôpital de Donka, il y a un endroit spécifique réservé pour les malades du covid-19. Et les gens sont là-bas. Et quand les gens arrêtent d’avoir des symptômes ont leur donne un test pour voir s’ils ne sont plus positifs. Ensuite, ils peuvent retourner à leurs domiciles. A Donka, il y a environ 650 lits de disponible donc le but s’est de s’assurer que la capacité de Donka pourra continuer à suffire aux besoins. Bien qu’il y a beaucoup d’efforts déjà qui sont faits pour mettre en place d’autres centres au cas où les chiffres grandiraient rapidement.

5- Le CDC a déjà travaillé avec le gouvernement guinéen pendant la crise d’Ebola. En quoi cela a-t-il amélioré la gestion actuelle ?

Pendant Ebola, nous avons travaillé dans les 4 domaines que j’avais mentionnés. Donc la surveillance épidémiologique, de terrain, de laboratoire, la gestion des urgences. Et le gouvernement a fait énormément de progrès dans ces domaines. Alors par exemple : au niveau des laboratoires jusque maintenant avec le covid-19, vous avez déjà dans le pays 4 laboratoires qui sont capables de faire les tests pour le virus. Donc vous n’avez pas besoin d’envoyer les tests quelque part d’autres pour les faire. Cette capacité des laboratoires a été énormément améliorée pendant les années d’Ebola. Donc vous avez en Guinée une dizaine de maladies prioritaires qui sont les maladies à potentiel épidémiologique. Et sur 10 maladies, la Guinée est capable d’en tester 9, et ça c’est une bonne acquisition du temps d’Ebola. De même, avant Ebola, il n’y avait pas de centre d’opérations d’urgence. Alors les centres d’opérations d’urgence sont des structures qui sont dans toutes les préfectures qui sont aussi au niveau national à l’ANSS. Et qui sont aussi dans chacune des communes de Conakry où les données épidémiologiques mais aussi les autres actions comme par exemple, les actions de logistiques, les actions financières pour des ripostes sont gérées. Ces centres d’opérations d’urgence sont à l’intérieur même des structures de santé sous la direction du DPS ou du DRS ou DCAS. Il y a aussi l’épidémiologique de terrain, avant il n’y avait pas de programme comme ça, c’est un programme de CDC. Le programme d’épidémiologie de terrain a déjà maintenant formé plus 150 personnes dans le programme de 3 mois, et il a formé 17 personnes dans le programme de 9 mois. Et ces personnes sont des personnes qui tiennent au niveau des DPS, DRS, SDCS les positions clés pour la collecte des données pour les investigations de terrain. Donc pendant la riposte du covid-19, ce sont ces agents qui participent dans les équipes d’investigation pour collecter les données, faire les rapports, prendre les décisions, comment gérer l’épidémie pour limiter la propagation. Par exemple, c’est grâce à eux qu’on a découvert que plus de 50% des cas à Conakry sont à Ratoma. Donc cela nous aide à savoir où on doit mettre nos efforts.

6- Il y a beaucoup de rumeurs concernant le traitement du covid-19…

Au sujet des vaccins, présentement, il n’existe aucun vaccin reconnu pour guérir le covid-19. Parce que c’est un nouveau virus, donc on ne le connaissait pas. Mais par contre il y a des vaccins qui ont déjà été développés pour les maladies un peu similaires qui font partie de la même famille de virus alors des Coronavirus. Il y a des vaccins qui ont été développés pour cela. Donc on espère que ce qu’on a appris des autres vaccins vont permettre d’accélérer la découverte d’un vaccin efficace pour le covid-19. Normalement, un vaccin prend environs deux ans pour le développer. Et pour l’instant avec le covid-19, il y a certaines compagnies qui espèrent pouvoir avoir un vaccin d’ici six mois. Mais c’est quand même peu probable, c’est plus probable dans une période d’un an à 18 mois que nous devrons attendre avant d’avoir accès à un vaccin. Le vaccin c’est vraiment la solution idéale. Mais entretemps il y a aussi beaucoup d’efforts qui sont faits pour essayer d’identifier les médicaments qui pourraient nous aider à atténuer les effets du covid-19. Alors les médicaments qui empêcheraient les gens de devenir très malades. Alors si on peut trouver un médicament qui soulage beaucoup les gens, les empêche de venir dans un état critique de santé déjà ça nous permet d’acheter un peu de temps pendant que nous attendons l’arrivée des vaccins. Il y a des rumeurs qui disent que c’est la maladie des étrangers. En fait, pourquoi on dit cela ? Parce que par exemple ici en Guinée, tous les premiers cas qui sont venus c’étaient des cas importés. C’étaient des gens qui ont voyagé, qui sont allés dans d’autres pays où la maladie existait déjà, alors la maladie a commencé en Chine mais s’est rapidement répandue en Europe. Ensuite, elle s’est répandue aussi en Amérique, aux Etats-Unis. Maintenant dans la plupart des pays. Donc les gens au début de l’épidémie où c’était contenu seulement en Chine et en Europe, les gens qui étaient en voyage, soit, ils sont des travailleurs de la Chine ou de l’Europe qui viennent travailler ici en Guinée ou soit des Guinéens qui ont la double nationalité, ou des Guinéens qui sont allés en voyage à l’étranger. C’est quand ces gens sont revenus ici en Guinée, qu’ils ont ramené le virus avec eux. Alors c’est pour ça qu’on parle que c’est une maladie des étrangers. En fait, c’est une maladie qui a été importée d’autres pays vers la Guinée. Que la maladie ne tue pas le Noir, je pense qu’on a déjà la réponse à ça. On voit que malheureusement qu’il y a des morts en Afrique déjà. D’ailleurs, il y a maintenant sept décès ici en Guinée malheureusement. Donc on sait que la maladie tue les gens de toutes les races, de tous les âges mais elle affecte tout particulièrement les gens qui sont âgés et les gens qui ont déjà d’autres conditions médicales. Par exemple des maladies qui affectent les poumons, les gens qui ont l’asthme, qui ont du cancer du poumon ou même les gens qui fument et aussi des maladies comme le diabète. Alors des maladies qui peuvent affecter votre système immunitaire, des maladies comme le sida. Toutes ces maladies peuvent vous rendre exposés à des effets plus sévères de la maladie.

7- Quel conseil donneriez-vous à nos internautes sur les façons de se protéger du covid-19 ?

Alors premièrement ici en Guinée, il y a beaucoup d’actions que le gouvernement a déjà prises pour essayer de donner de bons conseils à la population. Comment se protéger ? il y a la distance. Il faut garder une distance de moins d’un mètre des autres personnes. Mais il y a aussi le virus qui se propage par les gouttelettes de salive. Définitivement, un des moyens les plus efficaces est de porter un masque qui couvre le nez et la bouche jusqu’au menton, donc qui empêche les gouttelettes de la salive de se propager, de même aller à un mètre de distance. Aussi le port du masque permet aux gens d’empêcher que s’ils toussent, s’il y a des gouttelettes que les gouttelettes restent dans le masque. Donc n’atterrissent pas non seulement sur une personne mais aussi sur une surface qui, alors devient contaminée. Bien sûr une des mesures qui est toujours bonne pour à peu près toutes les maladies c’est se laver les mains très régulièrement. Alors se laver les mains avec de l’eau et du savon à toutes les fois qu’on en a l’opportunité. Définitivement, il faut garder la distance avec les autres personnes de s’isoler chez soi. De ne pas être dans les endroits où il y a beaucoup de personnes, sont toutes les mesures qui font beaucoup de chance pour ralentir la propagation du virus. Donc il faut écouter bien les messages qui viennent du gouvernement guinéen et qui vous donnent les orientations sur les mesures à prendre et les respecter.

 

1 Commentaire
  1. Balde boubacar 4 semaines il y a
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    L’état guinéen a été irresponsable et le reste sinon.,le monde entier savait que les cas positifs venaient de l’Europe notamment la France ,l’Italie ou encore l’Espagne.Il aurait fallu fermé les frontières aériennes dès le 10 mars….

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