Mahamat Idriss Déby : “lorsque le Maréchal a reçu la blessure qui allait lui être fatale, j’étais encore en plein combat”

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Un peu plus de deux mois après son arrivée au pouvoir suite au décès de son père, Mahamat Idriss Déby Itno explique enfin comment il a appris le décès du maréchal du Tchad Idriss Déby Itno.

Dans une interview exclusive qu’il a accordée à Jeune Afrique (JA), le désormais président la transition tchadienne indique que c’est sur le champ de combat qu’il a été informé de la blessure de son père.

« Le combat contre les colonnes de mercenaires de Mahdi Ali a commencé vers 5h du matin, à 200 kilomètres de N’Djamena. Le groupement du Maréchal et le mien étions dans la même zone, séparés l’un de l’autre par quelques kilomètres, lui au Nord et nous au Sud. Le contact a eu lieu quasi simultanément, à quinze minutes près. Lorsque le Maréchal a reçu la blessure qui allait lui être fatale, j’étais encore en plein combat. Ce n’est que vers midi, après avoir écrasé les mercenaires, que j’ai appris l’incident. Le commandant de l’armée de l’air m’a informé que mon père avait été évacué par hélicoptère sur N’Djamena. Je m’y suis aussitôt rendu. C’est au cours de mon retour que j’ai été informé de son décès » a expliqué Mahamat Idriss Deby Itno dans les colonnes de l’hebdomadaire panafricain.

Pour le général, malgré le choc provoqué, la disparition du maréchal Idriss Déby fut un motif de fierté parce qu’il est mort en héros comme il l’a souhaité.

« Ce fût un choc violent. Pour moi, pour notre famille, pour les Tchadiens, pour l’Afrique. Un choc, mais aussi un motif de fierté. Le Maréchal est mort en héros, comme il l’a toujours voulu : en défendant son pays sur le champ d’honneur. À nous de nous montrer dignes de son héritage », a reconnu Mahamat Idriss Déby avant d’ajouter que le chaos a été évité grâce au professionnalisme de l’armée et à la maturité des Tchadiens.

« Il faut dire que tous les pronostics établis par les soi-disant tchadologues prévoyaient le chaos en cas de disparition soudaine du Maréchal. Rien de cela ne s’est produit et je remercie Dieu pour sa bienveillance, notre armée pour son professionnalisme et notre peuple pour sa maturité » a-t-il ajouté.

Selon le général Mahamat Idriss Déby Itno, il doit son arrivée au pouvoir grâce notamment au refus du président de l’Assemblée nationale de succéder au maréchal comme le prévoyait la constitution et surtout le choix porté sur lui par le comité militaire de transition (CMT)  mis en place pour éviter le vide.

« La suite, vous la connaissez : le chef d’État-major est allé voir le président de l’Assemblée nationale pour lui dire d’assumer le pouvoir comme le prévoit la Constitution. Arguant du fait que le pays était encore en guerre et qu’il ne pouvait prendre le risque de le diriger dans ces conditions, il a préféré décliner l’offre. Les chefs des différents corps de l’armée se sont alors réunis et nous avons décidé de prendre nos responsabilités. Un comité militaire de transition de quinze membres a été formé et j’ai été désigné par mes frères d’armes pour le présider. Après réflexion, j’ai accepté. Il fallait à tout prix éviter que le vide s’installe. L’armée tchadienne a toujours joué le rôle de rempart de la nation » a souligné le nouvel homme fort du Tchad.

A l’en croire, la guerre civile en Libye a fortement contribué à la déstabilisation de la sous-région en général et du Tchad en particulier.

« Incontestablement. Le Maréchal l’avait d’ailleurs prédit il y a dix ans : le chaos libyen aura des effets déstabilisateurs pour toute la région. Il y a là-bas 30 000 mercenaires de diverses nationalités, dont des Tchadiens, disponibles pour qui les paie. J’entends dire qu’ils doivent rentrer chez eux. Fort bien. Mais comment ? Avec armes et bagages ? Sans accompagnement ? Ce n’est pas acceptable. Regardez Mahdi Ali et sa bande : mercenaires en Libye, ils se font passer pour des opposants armés une fois entrés au Tchad. On connaît la musique… », conclut-il.

Sadjo Bah

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