Maison centrale de Conakry : le témoignage glaçant d’un ancien détenu sur les conditions de détention

La libération de 31 détenus politiques, arrêtés en marge de la présidentielle de 2020, continue de polariser les débats dans le pays. Joint au téléphone ce dimanche dans l’émission ‘’YO MI WOWLOU’’ de la radio Gpp Fm Labé, un des anciens prisonniers de la maison centrale de Conakry, âgé de 60 ans, qui a fait 7 mois en prison, a témoigné sous couvert de l’anonymat.

« Ils (service de sécurité) sont venus nous trouver dans nos différentes maisons. Ma famille et moi, nous dormions. Ils ont cassé les portes, ils sont rentrés et ils ont pris tout ce qui était comme objets de valeur. En plus, ils sont partis avec nous. Moi personnellement, je m’en souviens. C’est le 21 octobre 2020 que j’ai été arrêté. C’était un mercredi vers 19 h 30. Je quittais la mosquée et rentrais chez-moi. C’est en cours de route qu’ils m’ont arrêté. J’étais en compagnie d’un autre jeune. Quand ils se sont arrêtés, le jeune a voulu fuir mais malheureusement il a été arrêté aussi. Menottés, nous avons été déposés à la DPJ (direction centrale de la police judiciaire) manu militari. De là, ils nous ont envoyés à la maison centrale où pendant 7 mois je suis resté en détention sans être jugé. On nous accusait de fabrication et de détention d’armes de guerre, alors que lors de notre arrestation, on était muni de rien », explique notre interlocuteur.

 Au bout de la ligne, l’ancien détenu politique est revenu sur les tortures subies au cours de sa détention.

« J’ai fait 10 jours à la DPJ, 3 jours dans une cellule tellement chaude ! C’est par après qu’on m’a mis en garde vue pour les restes des jours. Après, j’ai été transféré à la maison centrale. On était plus de 100 dans une cellule. Pour dormir, on dormait par les côtés. Et si tu veux changer de côté, il fallait que tu te lèves complètement. Je ne suis pas allé à l’hôpital d’abord puisque depuis que j’ai été libéré, des gens viennent pour me saluer,  mais j’ai mal au dos. Je n’arrive toujours pas à dormir. Dès que je ferme les yeux, je me vois en prison avec tout le tort subi. A la maison centrale, vous allez voir 3 personnes partager un bidon de 5 litres. Et si tu as les moyens, tu achètes un bidon de 20 litres à 3.000 FG. En plus, on dormait par groupes. On ne pouvait pas dormir tous au même moment », nous confie le père de famille.

Parlant de sa libération, le sexagénaire  a dit ceci : « Personne ne nous a informés qu’on devait être libérés. Nous avons seulement vu des papiers circuler, et on nous a appelés dans nos différentes cellules. On était au nombre de 31 et ils nous ont dit que d’après les enquêtes, les charges qui sont portées contre nous ne sont pas fondées. Je peux dire que je suis content puisqu’il y a un nombre important de détenus en prison qui ont été arrêtés arbitrairement », conclut-il.

Tidiane Diallo, correspondant régional à Labé

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