Mali: Choguel Kokalla Maïga, un “animal politique” pour diriger le gouvernement

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Le nouveau Premier ministre de transition au Mali, Choguel Kokalla Maïga, est un “animal politique” au parcours sinueux, appelé par le chef d’une junte qu’il critiquait encore récemment à diriger le gouvernement d’un pays meurtri.

M. Maïga, 63 ans, a été nommé lundi par décret présidentiel par le colonel Assimi Goïta, lui-même investi chef de l’Etat quelques heures plus tôt, deux semaines après son deuxième coup d’Etat en neuf mois.

Avec un groupe de colonels, Assimi Goïta a d’abord renversé le 18 août 2020 le président Ibrahim Boubacar Keïta, puis il a écarté le 24 mai le président et le Premier ministre de la transition censée ramener les civils au pouvoir début 2022.

M. Maïga aura dans un premier temps la délicate tâche de former une nouvelle équipe gouvernementale aussi consensuelle que possible, lui qui était plutôt versé ces dernières années dans les petites phrases assassines envers le pouvoir.

Le nouveau chef du gouvernement est une figure du Mouvement du 5-Juin/Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), coalition hétéroclite d’opposants politiques, de chefs religieux et de membres de la société civile, qui a orchestré en 2020 la contestation contre le président Keïta, parachevée par le putsch.

Marginalisé par la junte et tenu à l’écart des organes de la transition pendant des mois, le M5-RFP, Choguel Maïga en tête, a alors dirigé ses flèches contre le colonel Goïta et son groupe d’officiers, véritables détenteurs du pouvoir.

En décembre, il qualifiait les institutions de la transition de “régime militaire déguisé”.

Mais cinq mois plus tard, la proposition d’Assimi Goïta d’octroyer le poste de Premier ministre au M5-RFP lui est allée “droit au coeur”, a-t-il confié après le second coup d’Etat. 

M. Maïga a su convaincre certains membres du M5-RFP qu’il fallait s’engager dans la transition. D’autres, sceptiques sur les intentions de la junte, ont préféré s’éloigner du mouvement.

– Clivant et fin stratège –

Fort d’une carrière de plus de 30 ans, M. Maïga est un “animal politique”, une personnalité “clivante”, mais aussi, “qu’on le veuille ou non, un stratège”, estime le rédacteur en chef du site d’information malien Benbere, Bokar Sangaré, 

D’ancien supporteur du dictateur Moussa Traoré (1968-1991), à l’allié des militaires aujourd’hui, M. Maïga aura aussi soutenu et été le ministre du président Keïta avant d’en devenir un détracteur virulent.

Après avoir étudié les télécommunications en Union soviétique dans les années 1970, il a occupé divers postes à la Société des télécommunications du Mali (Sotelma).

Il débute en politique au sein de la formation de Moussa Traoré et, après le renversement du dictateur par un mouvement populaire en 1991, il se réclame –à l’inverse d’une immense majorité de la classe politique d’aujourd’hui– de son héritage.

Depuis 20 ans, Choguel Maïga a été de toutes les luttes de pouvoir, souvent à la marge: candidat aux présidentielles de 2002, 2013 et 2018, il ne recueille qu’entre 2 et 3% des voix.

Entre-temps, il a soutenu le président Amadou Toumani Touré (2002-2012), dont il a été ministre de l’Industrie.  En 2013, il se rallie au second tour à Ibrahim Boubacar Keïta (“IBK”), dont il sera le ministre de la Communication de 2015 à 2016, avant de s’ancrer dans l’opposition.

“Il n’a jamais digéré le fait d’avoir été mis sur la touche par IBK”, estime un diplomate africain.

Ces dernières années, M. Maïga a aussi régulièrement critiqué l’accord de paix signé en 2015 entre l’ex-rébellion du Nord et le camp pro-Bamako, dont l’application reste très partielle.

Avant même d’accéder à ses nouvelles fonctions, il a cherché à rassurer les signataires de cet accord et les partenaires du Mali, affirmant que son pays respecterait ses engagements internationaux, tout en avertissant que “les invectives, les sanctions, les menaces ne feront que compliquer la situation”.

Comme opposant, M. Maïga appelait à un “changement total du système” et à une “refondation de l’Etat”. 

Il va enfin pouvoir “se mettre à l’ouvrage”, mais il reste à voir s’il “aura les coudées franches” face aux militaires, estime le politologue Boubacar Haidara.

AFP

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