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Politique

Mamadi Touré, ministre des AE : ‘’nous n’acceptons pas que les diplomates étrangers fassent des déclarations publiques sur la situation politique de notre pays’’

Une quarantaine d’ambassadeurs guinéens réunis pendant quelques jours en un seul lieu est un fait sans précèdent pour les Guinéens de moins de 30 ans. Les anciens eux, retrouvent le retour d’un rituel diplomatique qui permet de mieux porter la voix de la Guinée et défendre ses intérêts. L’enjeu est aujourd’hui économique. Le chef de l’Etat met la diplomatie au service de notre émergence économique. Alors quelles sont les implications de ce recadrage diplomatique ?

Des réponses avec notre invité Monsieur le ministre des Affaires Etrangères et des Guinéens de l’Etranger, Son Excellence Mamadi Touré.

Bienvenue M. le ministre et félicitations pour cette grande conférence diplomatique.

Ministre Mamadi Touré : Merci.

C’est une tradition qu’on avait perdue…

Mamadi Touré : Que l’on retrouve fort heureusement.

M. le ministre des Affaires Etrangères, dans votre lettre de mission, vous avez  été chargé en  priorité de l’organisation d’une conférence diplomatique en vue de promouvoir une diplomatie de développement. Après la conférence, est-ce qu’on peut parler de changement de politique extérieure ?

Mamadi Touré : Ce n’est pas a proprement dit un changement de politique étrangère mais il s’agit  de recalibrer les priorités et les mettre en adéquation avec les besoins de développement de notre pays. En clair, il ne s’agit pas de changement de politique étrangère, mais un recadrage. Parce que depuis l’accession du président Alpha Condé à la magistrature suprême, il a fait du développement une des grandes priorités. Donc il va falloir que la diplomatie soit en adéquation avec cette priorité.

Quand vous parlez de recadrage, est-ce dire qu’il faut plus d’économie et  moins de politique où la Guinée a excellé  dans les années 60, 70 jusqu’aux années 80?

Mamadi Touré : D’abord les temps ont changé. Durant les premières années d’indépendance, il était question de la libération du continent et de l’émancipation du continent africain. Dans ce combat, la Guinée a joué un rôle de pionnier en aidant les pays à obtenir leur indépendance et en consentant des sacrifices énormes tant humains, politiques, économiques que financiers. Aujourd’hui le monde est en perpétuel changement. Le continent est certes libéré politiquement mais pas tout a fait économiquement. Il va s’en dire alors qu’il y a des priorités économiques auxquelles il faut s’attacher. D’où le besoin de réorienter la politique étrangère vers ces priorités économiques.

Et pour déclencher le top départ, vous avez battu le rappel de tout ce qu’on a comme représentations dont 36 ambassades, 3 missions permanentes et 4 consulats généraux. Est-ce suffisants aujourd’hui en terme de dispositifs pour répondre à ce besoin de mobilisation des ressources pour les mettre au service de notre émergence ?

Mamadi Touré : Une des recommandations est  l’optimisation de la présence diplomatique de la Guinée à l’étranger. C’est vrai qu’aujourd’hui nous avons 36 ambassades, 3 missions permanentes et 4 consulats généraux qu’il faut optimiser. N’empêche que s’il y a besoin d’avoir une présence diplomatique de la Guinée dans d’autres il faudra y penser. On peut aussi réduire la présence diplomatique en tenant compte de nos priorités de développement. D’où la nécessité de voir dans quels pays il y a plus d’opportunités d’investissement pour y orienter l’ouverture des ambassades. Comme je l’avais dit à la conférence, avec le Pr Alpha Condé on a beaucoup diversifié et renforcé notre partenariat en ouvrant des nouvelles ambassades, notamment auprès des pays émergents.

Le dispositif là pour le moment est donc suffisant pour espérer tirer quelque chose de la diplomatie ?

Mamadi Touré : Justement ce sont les recommandations qui vont nous indiquer si on a besoin d’augmenter ou de réduire le nombre. Cela doit se faire uniquement en fonction des priorités de développement.

Aujourd’hui qu’est-ce que les ambassades peuvent apporter à la Guinée ?

Mamadi Touré : J’ai demandé à tous les ambassadeurs avant la conférence diplomatique de nous faire parvenir les informations sur les possibilités d’investissements publics et privés dans leurs juridictions et aussi la disponibilité  de fenêtres de financement. Ces documents nous sont effectivement parvenus et ont été mis à la disposition de tous les ministres du gouvernement pour qu’ils voient les opportunités qu’il y a dans ces pays. Les départements ministériels verront à la lumière de ces informations ce que les ambassades peuvent faire pour eux. C’est à partir de là qu’on va développer une feuille de route pour toutes les ambassades dans laquelle on indiquera ce qu’elles doivent faire spécifiquement dans leurs juridictions pour satisfaire les besoins.

La Guinée a un Programme de développement économique et social (PNDES), le financement ne pose plus de problèmes, on a dépassé cela, on se demande maintenant qu’est-ce que les ambassades ont encore à apporter ?

Mamadi Touré : Il suffit d ‘avoir de l’argent en vue de faire  l’expertise  pour diversifier les domaines dans lesquels ces investisseurs peuvent intervenir.

Sauf que le président s’inquiète souvent de l’attitude même de nos services diplomatiques  en terme de connaissance du pays et de ses besoins…

Mamadi Touré : Effectivement le président de la République en avait fait cas. Il a dit qu’après la conférence nous allons revoir la présence diplomatique pour permettre aux ambassades d’avoir un personnel diplomatique bien calibré. Choisir des personnes avec un certain profil en fonction des pays et des opportunités.

De nouvelles orientations en se basant sur le principe gagnant-gagnant mais aussi ces éléments habituels à savoir le respect mutuel, la non-ingérence dans les affaires intérieures qui ont toujours caractérisé la diplomatie guinéenne. En retour est-ce que la Guinée veille aussi à ce que d’autres ne se mêlent pas de ses affaires intérieures ?

Mamadi Touré : Absolument. Il y a les conventions de Vienne sur la diplomatie. C’est pourquoi nous demandons à tous les diplomates accrédités en Guinée de se conformer aux conventions de Vienne, notamment la non-ingérence dans les affaires intérieures. Ils peuvent suivre les développements politiques dans notre pays et les communiquer à leurs gouvernements par des canaux spéciaux de communication. Mais nous n’acceptons pas que les  diplomates étrangers fassent des déclarations publiques sur la situation politique dans le pays parce que nos diplomates n’en font pas chez eux.

Justement est-ce que ce problème a été par exemple abordé durant cette conférence diplomatique ?

Mamadi Touré : Bien sûr qu’on a rappelé les conventions de Vienne.

Mais M. le ministre pratiquement en longueur de mois ou d’événements on suit les diplomates qui se prononcent sur nos affaires intérieures…

Mamadi Touré : On mettra fin à cela.

Un autre aspect M. le ministre, vous êtes chargé de la conception et de la mise en œuvre de la politique étrangère du gouvernement, mais aussi  il y a le volet assurer la protection des droits des Guinéens vivant à l’étranger et ainsi que leurs biens. Aujourd’hui il y a la situation des Guinéens dans certains pays qui nécessite l’intervention de l’Etat comme en Angola, le Koweït, les Etats-Unis voire même la France. Que répondez-vous à cela ?

Mamadi Touré : D’abord je vais apporter une petite correction. C’est le président de la République qui conçoit la politique de la diplomatie guinéenne. Il est l’architecte en chef de notre diplomatie. C’est sa diplomatie qu’on met œuvre. Il confie la responsabilité au ministre de poursuivre sa diplomatie.
Ceci étant, vous avez mentionné la situation des Guinéens à l’étranger. Ce n’est pas aussi simple comme les gens le pensent. Parce que j’entends souvent des compatriotes ou certains leaders politiques dire qu’est-ce que l’ambassade fait ou le ministre des Affaires Etrangères fait pour les Guinéens à l’étranger. Ce n’est pas aussi simple que ça.
D’abord il y a la souveraineté du pays d’accueil. Ensuite nos compatriotes ne se font pas recenser systématiquement là où il y a des ambassades guinéennes.

Peut-être ils ne sont pas informés…

Mamadi Touré : Ils doivent le savoir. Quand un citoyen vient dans un pays il doit se demander est-ce qu’on a une ambassade. Ça c’est la responsabilité du citoyen. Dans ce cas, le citoyen doit venir se faire recenser. Ainsi l’ambassade saura que tel Guinéen est dans telle ville. Ensuite, il doit chercher à régulariser sa situation dans le pays d’accueil.
Dans le cas de l’Angola par exemple, on a beaucoup de ressortissants mais l’ambassade ne sait même pas il y a combien de Guinéens parce qu’ils ne se font pas recenser.
Pire. Les autorités angolaises ne savent même pas combien de Guinéens vivent en Angola et qui plus est, nos compatriotes sont souvent dans des activités qui sont interdites aux angolais eux-mêmes. Cela nous met dans des situations extrêmement difficiles. L’ambassade ne sait pas combien de Guinéens vivent en Angola.  Combien sont en prison ?
A cela il faut ajouter le problème de moyens. Si on doit rapatrier des compatriotes il faut que le ministère des Affaires Etrangères et l’ambassade, aient les moyens. Nous avons souvent été aidés par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour financer le rapatriement. D’autres partenaires aussi nous aident. Pour faciliter la tâche aux autorités, il faut que nos compatriotes prennent l’habitude d’aller se faire recenser dans les ambassades.

Un Guinéen en difficulté, recensé ou pas et qui a besoin de l’aide, qu’est-ce que vous pouvez faire pour lui ?

Mamadi Touré : Il faut qu’on trouve les moyens. Ce n’est parce qu’ils ne se sont pas faits recenser qu’on ne va pas les aider. Il faut qu’ils nous aident et qu’on ait les moyens pour les rapatriés.

Est-ce que ces problèmes de moyens ont été discutés lors de cette conférence, parce qu’au-delà de ce problème de recensement, souvent dans les ambassades on leur ferme la porte, ils ont même des problèmes pour avoir des passeports ou des visas ?

Mamadi Touré : les passeports guinéens ?

Oui…

Mamadi Touré : D’abord pour commencer, le passeport guinéen n’est pas sous  la responsabilité du ministère des Affaires Etrangères mais plutôt du ministère de la sécurité.

Il y a un moment vous parliez de l’évolution du monde, les autres ambassades des pays autour de nous le font. Nous, nous avons du mal à donner les passeports à nos compatriotes…

Mamadi Touré : Nous en avions discuté dans la commission juridique et consulaire. C’était pour voir de quelle façon on peut recueillir les empruntes à l’étranger et les faire venir à Conakry. Il y a un ambassadeur qui en a parlé. Nous avons même l’intention de faire venir l’équipe en charge des passeports devant la commission pour nous expliquer comment elle peut le faire sans que les Guinéens de l’étranger n’aient à se déplacer jusqu’à Conakry pour faire leurs passeports ou bien envoyer une mission à l’étranger.
Je vais vous rappeler qu’il y a quelque temps des missions qui sont allées en Europe, aux Etats-Unis et dans d’autres endroits ont coûté très chères. L’approche qui va être proposée, va certainement nous permettre de faire certaines étapes à l’extérieur, amener les données à Conakry et ensuite  délivrer les passeports aux titulaires.

C’est coûteux et chers. Sauf que le potentiel économique là-bas est énorme. Le nombre de guinéens vivant à l’étranger qui peuvent apporter à la Guinée est considérable. Et aujourd’hui comme l’orientation est économique, est-ce que le jeu ne vaut pas la chandelle ?

Mamadi Touré : J’ai été ambassadeur représentant permanent de la Guinée aux Nations Unies pendant six ans. Quand on parlait de passeport on avait l’impression qu’il y avait un engouement. Que presque tous les Guinéens aux Etats-Unis cherchaient un passeport. La mission est partie et l’ambassadeur d’alors à Washington, Mamadi Condé, était avec moi. Il n’y avait pas d’engouement, et ce pour plusieurs raisons. Il y a ceux qui ont des passeports américains et ceux qui ne veulent pas se faire identifier. Car une fois qu’ils sont identifiés dès qu’ils ont des problèmes et qu’on veuille les rapatriés c’est facile. Donc pour plusieurs raisons ils peuvent refuser de venir se faire recenser. Nous avons été même, obligés de prolonger le temps de la mission des techniciens et c’est notre ambassade à New York qui a été obligée de prendre cette extension en charge en les logeant. Mais peu sont venus pour prendre leurs passeports. C’est pourquoi l’ambassadeur Mamadi Condé et moi avons décidé d’envoyer la mission à l’intérieur des Etats-Unis. Nous avons choisi deux Etats où il y avait beaucoup de Guinéens, Atlanta et Ohio pour nous rapprocher d’eux. Mais il n’y avait pas d’engouement.
Pour autant, ceci n’était pas une raison pour qu’on ne travaille pas pour leur faciliter l’obtention de leurs passeports.

Le potentiel est énorme en terme d’investissement et le chef de l’Etat travaille à ramener ces Guinéens au pays…

Mamadi Touré : Absolument. Il faut qu’on travaille avec la diaspora car c’est une composante très importante. Non seulement en terme économique mais aussi en terme social. Les Guinéens de l’étranger apportent beaucoup en matière de transferts de fonds et même dans le développement des infrastructures à l’intérieur du pays. Ils construisent des écoles, des dispensaires et des mosquées. Il faut les canaliser. Et ça c’est une des responsabilités de notre ministère de créer les meilleures conditions possibles pour qu’ils puissent contribuer efficacement au développement économique et social de notre pays.

Intéressons-nous aux Guinéens de l’intérieur qui ont besoin des fois de sortir du pays. La préoccupation de ces Guinéens aujourd’hui c’est comment accéder aux visas. Est-ce que votre département s’investit dans ce sens-là pour ne pas que certaines ambassades représentées chez nous continuent à livrer ces visas dans des conditions humiliantes ?

Mamadi Touré : Nous y travaillons. Nous avons plusieurs fois convoqué des diplomates étrangers qui créent beaucoup de problèmes aux Guinéens pour l’obtention de leurs visas. Quoique l’accès à leurs pays relève de leur souveraineté, ils devraient nous faciliter l’obtention de leurs visas sans humiliations au même titre que nous leur facilitons l’accès à notre pays. D’ailleurs nous avons eu des entretiens que je n’ai pas à divulguer ici, mais nous allons très bientôt prendre des mesures sur ce plan.

Axer et orienter beaucoup de choses sur l’économie, est-ce que vous n’avez pas aussi le sentiment, en parlant de facilité, que la Guinée est en train de perdre  certains avantages ? Je parle du cas du Maroc et de certains pays où le statut Guinéen avait beaucoup de facilité.

Mamadi Touré : En ce qui concerne le Maroc, j’avais longuement échangé d’abord avec le ministre des Affaires Etrangères et ensuite  avec l’ambassadeur. Tous les deux m’avaient rassuré qu’il ne s’agisse pas d’un visa mais plutôt de quête d’informations sur celui qui veut aller au Maroc. Quand il y a exemption de visa ils ne pourront pas avoir d’informations sur le visiteur. Tels que les jeunes qui vont au Maroc. Les autorités marocaines ne savent pas où ils sont. Ont-ils continué ou sont-ils restés au Maroc ? Autrement le Maroc est-il un pays de transit ou un pays d’accueil pour ces jeunes visiteurs ? Voici les informations que les marocains veulent savoir.
L’ambassadeur marocain m’avait fait remarquer également que dans la même semaine,  20 à 40 Guinéens peuvent donner la même adresse d’habitation. Après vérification, les autorités marocaines découvrent qu’ils ne sont pas à cette adresse. Donc l’ambassadeur m’a rassuré que ce n’était pas un visa, mais qu’ils ont besoin d’informations.
Nous allons voir comment ça se passera en pratique. Ce qui est sûr, c’est que ça ne s’applique ni au passeport diplomatique ni au passeport de service et encore moins aux personnes d’un certain âge. Il y a une tranche d ‘âge qui est ciblée.

M. le ministre, à l’issue de  cette conférence diplomatique avec ces retrouvailles, est-ce que nos représentations diplomatiques seront soumises à des évaluations ?

Mamadi Touré : Absolument. Vous avez entendu le président de la République dans son discours d’ouverture de la conférence à s’engager à améliorer les conditions de vie et de travail des diplomates. Mais cela va s’accompagner nécessairement d’une évaluation pour connaître la performance des diplomates. D’abord nous voulions qu’au sortir de cette conférence diplomatique qu’on ait une idée claire. Et c’est ce qui est arrivé avec la vision et les orientations qu’on a reçues du président de la République. Car cela nous a permis de faire beaucoup de projets de recommandations qui lui seront soumis. Ensuite il va falloir actualiser et mettre à jour les textes réglementaires, notamment la carrière diplomatique. Pour cela, il faut qu’on opérationnalise le centre de formation.
Assurer la formation aux nouveaux diplomates et la formation continue à ceux qui sont déjà en exercice. Comme le président Alpha Condé l’a si bien dit, le monde change et donc les diplomates doivent parler les langues étrangères.

L’évaluation va-t-elle porter sur la mobilisation des investisseurs ?

Mamadi Touré : Les résultats que nous attendons de cette conférence sont la formation et l’amélioration des conditions de vie et de travail. Je vous avais dit tantôt que les ambassadeurs nous ont transmis des opportunités d’investissements publics et privés et la disponibilité des fenêtres de financement. Aussi quelques ministres sont venus faire une présentation aux ambassadeurs. Avec ça nous allons développer les termes de référence des ambassades. Qu’est-ce qu’elles doivent faire pour la Guinée dans la mise en œuvre dans le cadre du PNDES ?
Puisque le président de la République l’a dit, notre diplomatie sera désormais réorientée vers la diplomatie économique et c’est sur cette base que tous les diplomates seront évalués. C’est ce qui a  changé.

Merci M. le ministre !

Interview réalisée par Aboubacar Camara [In Entretien Koloma, RTG]

Décryptage : Bangaly Condé “Malbanga”

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  1. CONDÉ ABOU

    11 mai 2019 at 22 h 04 min

    L’organisation de cette Conférence des Ambassadeurs de la République de Guinée est une décision majeure, que dis-je, un évènement hautement positif à saluer.

    La Côte d’Ivoire possède actuellement 47 Ambassades à l’étranger, 81 Consulats et autres représentations. Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, compte 48 Ambassades et 20 Consulats et autres représentations.

    Mais c’est seulement en 2015, que la Côte D’Ivoire a organisé sa troisième Conférence des Ambassadeurs après celles de 1976 et 2002.

    Sur le thème choisi par la Guinée en 2019 et sur celui retenu par la Côte D’Ivoire en 2015, l’on a envie de dire aussi que les thèmes sont quasiment identiques dans leur philosophie et leur inspiration.

    Nos voisins Ivoiriens avaient choisi le thème ci-après: «la contribution de la réforme de l’outil diplomatique à la réalisation de l’émergence de la Côte d’Ivoire à l’horizon 2020».

    La réforme de l’outil diplomatique proposé par le Gouvernement Ivoirien a été articulée sur deux axes principaux : l’axe institutionnel et l’axe managérial.

    QUELS ENSEIGNEMENTS À TIRER DE LA CONFÉRENCE DES AMBASSADEURS DE LA CÔTE D’IVOIRE ?

    Sur le plan institutionnel, la réforme a porté sur l’adoption d’un nouveau cadre organique comportant:
    – la définition de fiches de postes dans les services ;
    – la classification en trois catégories (A, B et C) des Missions Diplomatiques et Postes Consulaires ;
    – la détermination d’organigrammes-types adossés à des effectifs- types.

    Cet édifice est assorti d’un volet réglementaire qui fixe, avec la signature d’une trentaine d’arrêtés, l’organisation et les attributions des services aussi bien au Département Central qu’à l’étranger.
    Cet effort de formalisation et de rationalisation a permis de ramener les effectifs à l’étranger à 833 agents au 31 Décembre 2014 contre 1.236 en 2013.

    Le deuxième volet de la réforme au plan institutionnel, a porté sur la restructuration de la Carte diplomatique de la Côte d’Ivoire à travers :

    – l’ouverture de nouvelles Missions diplomatiques et Postes Consulaires en 2013 et 2014 (Turquie, Guinée Équatoriale, Liban, New York aux USA et Guangzhou en Chine) ;
    – l’extension de certaines circonscriptions par des accréditations multiples ;

    – la nomination de nouveaux Consuls Honoraires à travers le monde, portant ainsi leur nombre à 129 contre 119 en 2013.

    Sur cette base, les Ivoiriens ont amélioré le taux de couverture diplomatique de leur pays. De 48% au 31 Décembre 2013, il a été porté à 62,5% à fin Décembre 2014, avec pour objectif d’atteindre une couverture de 90% à l’horizon 2020, dans la poursuite de l’optimisation des ressources budgétaires allouées.

    Sur le plan managérial, la réforme a porté sur la formalisation des procédures, la modernisation des outils de gestion et la mise en place d’un projet de création d’un Institut de formation. Cet Institut sera opérationnel a Yamoussoukro.

    Au titre de la formalisation des procédures, il a été élaboré deux documents didactiques de référence, l’un sur les pratiques protocolaires à l’attention du Corps Diplomatique accrédité en Côte d’Ivoire et l’autre, sur la participation efficiente des délégations Ivoiriennes aux Réunions et Conférences internationales.

    Il s’agit :
    – du Guide pratique du Protocole à l’usage du Corps Diplomatique ;
    – du Guide pratique du participant aux Réunions et Conférences internationales.

    Au titre de la modernisation des outils de gestion, le Ministère d’État Ivoirien des Affaires Étrangères s’est doté d’instruments de planification et d’évaluation de l’action administrative. Il s’agit du Plan d’Actions et du tableau d’évaluation et de réactivité des services.

    Dans la même logique, il a été produit trois autres outils de gestion :
    – la Carte diplomatique,
    – le Répertoire des Représentations diplomatiques et des Postes consulaires de Côte d’Ivoire ;
    – la Liste diplomatique.

    Dans le cadre de la Diplomatie économique, il a été créé un Portail électronique présentant les opportunités d’investissements aussi bien en Côte d’Ivoire qu’à l’étranger.

    Au titre de la formation, la création d’un Institut Diplomatique à Yamoussoukro est en cours.
    Enfin, au titre de la politique sociale, les travaux du Comité de pilotage portant sur la mise en place d’un fonds de solidarité et de prévoyance, ainsi que l’étude d’un projet immobilier, sont suffisamment avancés.

    ET QUELS SONT LES PRINCIPAUX OUTILS DE GESTION QUI ONT ÉTÉ ÉLABORÉS PAR LE MINISTÈRE D’ÉTAT IVOIRIEN DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ?

    1. Le Guide pratique du protocole à l’usage du corps diplomatique accrédité en Côte d’Ivoire
    Ce document porte à la connaissance des hôtes et des responsables des Administrations publiques concernées, les usages diplomatiques en vigueur en Côte d’Ivoire. L’objectif est de faciliter la mission et le séjour des diplomates accrédités en Côte d’Ivoire.

    2. Le Guide pratique du participant aux réunions et conférences internationales
    Cet ouvrage est élaboré à l’intention de toutes personnes bénéficiant d’un mandat de représentation de la Côte d’Ivoire aux rencontres internationales. C’est un vade-mecum qui donne aux plénipotentiaires ivoiriens, les outils nécessaires à la maîtrise de la préparation, de la participation et du suivi des réunions internationales auxquelles ils prennent part.

    3. La carte diplomatique et le Répertoire des Missions Diplomatiques et Postes Consulaires de la Côte d’Ivoire
    sont réglementés par arrêté Ministériel. La carte diplomatique fixe sur un support cartographique, la répartition des Missions diplomatiques et Postes consulaires de la Côte d’Ivoire à travers le monde. Elle permet d’avoir une vue synoptique de la présence diplomatique de la Côte d’Ivoire sur la planète.

    Cette carte s’accompagne du Répertoire des Missions Diplomatiques et Postes Consulaires qui indique les adresses et contacts de nos Représentations, aux fins de faciliter notamment, la prise en charge consulaire de nos compatriotes à l’étranger.

    4. Le Plan d’Actions et le Tableau de réactivité
    Le Plan d’Actions est une déclinaison du Programme de Travail Gouvernemental (PTG). Il constitue un tableau de bord de suivi des objectifs annuels assignés à chaque service aussi bien au niveau du Département central que dans les Ambassades. Il fait l’objet d’une évaluation périodique assortie d’une note et d’un classement des services.

    Quant au Tableau de réactivité, il synthétise les réponses plus ou moins rapides ou l’absence de réponses des services, sur une période de 6 mois ou d’un an, sur les dossiers prioritaires du Ministère. Il est également assorti d’un pourcentage de réactivité et d’un classement des services.

    5. La liste diplomatique
    La liste diplomatique répond à une tradition diplomatique qui consiste à répertorier dans un document unique, les contacts de toutes les Ambassades et Postes consulaires accrédités en Côte d’Ivoire. La version 2016 intégrera les données relatives aux organisations internationales accréditées du pays.

    6. Le tableau récapitulatif des textes portant organisation et attributions des services
    Après l’adoption en Octobre 2014 du nouveau décret portant organisation du Ministère d’État, Ministère des Affaires Etrangères, trente (30) arrêtés d’application ont été pris pour définir les organigrammes de tous les services, ainsi que la répartition des attributions, mettant ainsi fin aux conflits de compétence récurrents.

    En pratique, ces arrêtés sont ainsi répartis :
    – 9 au titre des directions et Services rattachés au Cabinet ;
    – 16 au titre des services du Département Central autres que ceux rattachés au Cabinet ;
    – 5 au titre des Ambassades et Consulats Généraux.

    7. Les kits de l’Ambassadeur
    Au nombre de deux, ces kits sont destinés, l’un à l’Ambassadeur Ivoirien nommé dans les fonctions de Chef de Mission Diplomatique et l’autre, au Chef de Mission Diplomatique ou assimilé, accrédité en Côte d’Ivoire.

    Ces kits contiennent un certain nombre de documents indispensables comme les Lettres de créance et de rappel, la Copie figurée des Lettres de créance, la Lettre de Mission du Président de la République, la Constitution de la République de Côte d’Ivoire, la partition de l’hymne national, etc.

    8. Le Portail Ivoirien de l’Eco-Diplomatie (PIED)
    Cet outil électronique de promotion économique s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la Diplomatie Economique. Elle met à la disposition des opérateurs économiques, les données macroéconomiques et financières, les opportunités d’affaires en Côte d’Ivoire, ainsi que celles des pays relevant des circonscriptions diplomatiques des Ambassades.

    Étaient également en cours d’élaboration, les ouvrages ci-après :
    – Le Guide du consul ;
    – Le Guide des Organisations Africaines ;
    – Le Guide des procédures administratives à l’usage de la Banque Africaine de Développement et de son personnel ;
    – Le Guide pratique de gestion des ONG en Côte d’Ivoire.

    CONCLUSIONS ET LEÇONS À TIRER DE L’EXPÉRIENCE DE L’ÉCO-DIPLOMATIE EN CÔTE D’IVOIRE:

    (1)L’Éco-diplomatie au service du soutien à la croissance économique accélérée et au développement des investissements directs étrangers en Guinée devrait passer par un investissement plus approfondi de l’action diplomatique et un renforcement des capacités institutionnelles et humaines du Ministère d’État aux Affaires Étrangères aussi bien en interne que dans les plus hautes sphères des tribunes internationales.

    Tout cela n’est possible qu’avec une volonté politique plus soutenue, des budgets-programmes suffisamment forts et mis en place sur la longue durée en faveur du Département d’Etat aux Affaires Étrangères.

    Quel est le budget alloué au Ministère Sénégalais des Affaires Étrangères pour l’année 2019 ? Pas moins de 61 milliards de FCFA soit l’équivalent de 104,4 millions de Dollars US.

    Combien de Diplomates Sénégal sortent chaque année des grandes Écoles des relations internationales ou des grands Instituts spécialisés de la diplomatie économique ? Ils sont nombreux et c’est un immense avantage pour leur pays.

    (2)Il me paraît souhaitable de faire appel à certaines économies développées ou émergentes pour qu’elles ouvrent carrément à Conakry leurs Ambassades au lieu de les localiser indéfiniment à Dakar. Il y a tellement d’investissements à faire dans les secteurs prioritaires de l’Économie Guinéenne: agriculture, pêche, élévage, protection de l’environnement, développement des Communes, développement de l’inclusion financière, soutien a la formation professionnelle et à la création d’Emplois-Jeunes, etc.…

    Je pense à la coopération avec Israel, la Corée du Sud, le Luxembourg, les pays Scandinaves et à la plupart des anciens pays de l’Est (République Tchèque, Hongrie, Slovaquie, Pologne, Roumanie, Bulgarie) et qui sont aujourd’hui devenues des économies de marché fortes et ouvertes sur le monde.
    Dans quelle dynamique se trouvent les relations diplomatiques de la Guinée avec des pays à forte croissance économique comme l’Inde, l’Indonésie, la Thaïlande, l’Argentine et le Mexique ?

    (3)Ne serait-il pas souhaitable d’associer directement le Ministère des Affaires Étrangères à la négociation des Bourses extérieures en faveur des Étudiants et hauts Cadres de l’Administration Publique ? Y compris même au niveau des montants actuellement alloués aux Étudiants, et qui devraient être ajustés régulièrement au regard du coût de la vie de plus en plus élévé dans les pays d’accueil ?

    Le Ministère des Affaires Étrangères ne devrait-il pas être associé aux négociations au titre de la coopération internationale décentralisée en faveur des Communes rurales et urbaines du pays ? Pourquoi pas ?

    Bonne soirée de Samedi chez vous et merci pour la courtoisie de Médiaguinée.
    CONDÉ ABOU

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