Mamadou Pathè Dieng : ‘’avec les prix actuels des hydrocarbures, la Guinée perd plus de 15 millions USD par mois’’

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Le prix du carburant à la pompe en Guinée reste toujours maintenu à 9000 francs guinéens. Une situation qui amène plusieurs observateurs à penser que la Guinée figure parmi les pays du monde qui connaissent le plus bas prix des produits pétroliers.

Pour Mamadou Pathé Dieng, la Guinée est classée 8è en Afrique et 46è dans le monde à avoir le plus bas prix. Cet adepte de la bonne gouvernance et citoyen averti s’est prêté à nos questions. Lisez !

Mediaguinee : La Guinée continuera-t-elle à faire l’exception dans un monde en profonde mutation ?

Mamadou Pathè Dieng : Les prix à la pompe sont quasiment au même niveau qu’avant l’épidémie de Covid-19. Ils ont atteints leur plus haut niveau depuis presque un an et les prix risquent de continuer à grimper. Selon l’Agence France-Presse, Bloomberg News, Refinitiv/Reuters, Barron’s, les analystes du marché pétrolier ont revu à la hausse leur anticipation du prix à la suite de la décision de l’OPEP et de ses alliés de limiter considérablement la remontée de leur volume de production.Aux Etats-Unis, les analystes de Goldman Sachs prévoient le prix du pétrole Brent de 70 $ US à 75 $ US le baril, risquant d’atteindre 80 $ US le baril au troisième trimestre (juillet, août, septembre 2021).

Etes-vous sûrs que le prix du carburant en Guinée est l’un des plus bas en Afrique et le plus raisonnable au monde ?

Malgré tout, le prix du litre en Guinée est resté exceptionnellement bas (…) La Guinée arrive depuis plusieurs mois à maintenir le prix de 0,9 USD (au même prix que lorsque le baril coûtait 25 USD), gardant le prix plus bas que plusieurs pays producteurs de pétrole tels que la Jordanie, le Liban, l’Uruguay, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Cameroun, la Côte-d’Ivoire, le Mexique, le Ghana ; et tant d’autres.De 25 à 70 dollars, le prix du baril continue de grimper en ce 3è trimestre sans aucun signe d’une éventuelle baisse dans un futur proche.La Guinée, avec 9 000 francs guinéens le litre, a l’un des prix les plus raisonnables, pour ne pas dire le plus bas au monde.A titre de comparaison, voici quelques exemples de prix du litre de carburant :Angleterre 18.000 GNF ;Danemark 20.000 GNF;France 18.000 GNF;Hongkong 25.000 GNF;Allemagne 18.000 GNF ;RDC 10.000 GNF,Chine 12.000 GNF ;Canada 12.000 GNF ;Gabon 11.300 GNF;Cameroun 11.500 GNF;Afrique du sud 12.000 GNF;Seychelles 13.500 GNF ;Burundi 12.000 GNF;Ghana 11.000 GNF;Rwanda 10.200 GNF;Maroc 11.500 GNF;République Centrafricaine 22.000 GNF;Pays-Bas 21.000 GNF;Yémen 15.000 GNF ;Sénégal 14.500 GNF; Cap-Vert 14.000 GNF; Liban14.000 GNF;Mali 12.500 GNF;Mexique 11.000 GNF;Italie 19.000 GNF,Guinée 9.000 GNF.

Que pensez-vous de la gestion du carburant par les autorités guinéennes ?

Le premier magistrat du pays, SEM le Président de la République, le Pr Alpha Condé ainsi que le Gouvernement sont tous à féliciter pour avoir pu maintenir ce prix alors que plusieurs pays n’ont pas pu. Il a réussi à faire de la Guinée le 8è et 46è pays en Afrique et dans le monde, respectivement, à avoir le prix du carburant le plus bas. (Source : www.globalpetrolprices.com). C’est grâce à la bonne gouvernance qu’elle est arrivée à maintenir le plus longtemps que possible, un prix presque égal à celui des Etats Unis (8 900 Gnf), premier producteur et consommateur de pétrole au monde.

Connaissez-vous des pays qui ont augmenté le prix du carburant récemment ?

Depuis plusieurs mois, de plus en plus de pays augmentent les prix des hydrocarbures. Il faut noter que la quasi-totalité des pays producteurs de pétrole (Algérie, Tunisie, Emirats, Etats-Unis…) ou non ont tous augmenté le prix, ou contemplent une augmentation imminente maintenant que le prix du baril a dépassé la barrière de 70 dollars. Même les Emirats ont augmenté les prix pour le quatrième mois consécutif.Partout dans le monde, les prix à la pompe connaîtront une nouvelle hausse à partir du 1er  juin 2021. Et cela aura pour conséquence la hausse généralisée des prix : l’inflation.

Pouvez-vous citer des exemples ?                              

Le cas du Nigeria. Pour renflouer ses caisses, le Nigeria cesse de subventionner le carburant, le gouvernement a également annoncé une hausse des tarifs de l’électricité, provoquant la colère des habitants du pays, premier producteur de brut d’Afrique. Les prix de l’essence augmentent au Nigeria, et avec eux la colère des Nigérians, depuis que l’Etat a mis fin à un système de subvention des carburants pour tenter de renflouer ses caisses, vidées par la pandémie de Covid-19. Le cas de l’Europe, cette inflation qui monte (…) Bien avant Covid-19, La zone euro a enregistré une hausse du taux d’inflation de 2% sur un an, soit son plus haut niveau depuis octobre 2018, selon les chiffres publiés ce mardi 1er juin par Eurostat ; Soit le seuil maximum fixé par la Banque Centrale Européenne. Avec la hausse du prix du baril, les européens se préparent à traverser une période difficile, qui n’épargne guère le reste du monde. Le cas Egyptien. Le Ministère égyptien a procédé pour la troisième fois consécutive, à la hausse des prix du carburant (à hauteur de 50%). Cette décision rentre dans le cadre des plans de réforme économique convenus avec le Fonds monétaire international (FMI). Cette hausse des prix des carburants est la troisième depuis quelques mois.

La taxe sur le carburant est déjà très élevée, pensez-vous qu’il faut la réduire ?

La taxe sur le carburant en Guinée (26%) est deux fois plus basse qu’en Europe (Moyenne 60%). En général, La structure en pourcentage du prix du litre est la suivante : 30% représentant le prix du carburant à l’International ; 60% taxes ; 10% frais divers (transport, marge de distribution, etc…. Les pays développés appliquent une taxe moyenne de 60% sur le carburant. L’Allemagne par exemple prélève l’équivalent de 10 000 GNF sur les 18 000 GNF/ litre. En Guinée, la taxe sur le carburant est de 26%, soit 2366 Gnf sur le prix de 9 000 Gnf.

Quelles conséquences pour la Guinée si cette taxe disparaissait ?

Avec les prix actuels des hydrocarbures, la Guinée perd plus de 15 millions USD par mois, soit 200 millions USD par an. Ce qui représente près de 10% du budget annuel 2021 (loi des finances initiales 2021) et près 40% de notre déficit budgétaire en 2020 de 524 millions USD. La Guinée n’est pas seule à connaître ces difficultés. En France par exemple, l’État a enregistré un déficit budgétaire historique de 178 milliards d’euros en 2020. Du jamais vu depuis l’après-guerre. Voyez-vous, même les pays qui nous viennent en aide sont en détresse.Aucun pays au monde ne peut garder ni sa santé financière, ni économique, ni sociale en perdant près de 10% de son budget annuel, tout en luttant contre plusieurs épidémies à la fois (Ebola, Lassa, Covid) dans un contexte d’une crise économique mondiale qui a fragilisé les économies les plus robustes au monde.En prévision à la hausse du prix du pétrole, les partenaires au développement avaient recommandé, depuis 2020, l’adoption d’un mécanisme d’ajustement automatique des prix du carburant. Si les cours internationaux du pétrole sont supérieurs aux prévisions, il faudra de nouveau réviser les prix à la hausse pour protéger les recettes fiscales. (Source : Rapport du FMI n° 20/111).

La Guinée pourra-t-elle maintenir le prix de 0,921 USD (alors que le prix du baril a presque quadruplé) sans créer une crise économique sans précédent ?

La Guinée se retrouve à la croisée des chemins et doit faire un choix difficile mais nécessaire : il est évident que continuer à supporter le poids de la gouvernance dans un soucis d’alléger les difficultés conjoncturelles de la population est la solution facile, alors que emboîter le pas aux autres pays qui ont ajusté leurs prix aux réalités du marché (Tunisie, Algérie, Côte d’Ivoire…) pour un développement structurel est une solution qui n’enchante pas les populations et risquerait de provoquer des troubles sociaux.Il y a quelques mois, le gouvernement a demandé aux Guinéens de serrer la ceinture, de se préparer à traverser des moments difficiles. Une vérité crue, une déclaration honnête et un message clair : à l’instar des autres pays, la Guinée doit non seulement continuer à croître (1er en Afrique avec 7%, selon le FMI), mais aussi se préparer à traverser les mêmes difficultés, relever les mêmes défis et lutter contre des pandémies mortelles et dévastatrices tout en maintenant ses populations satisfaites. C’est confier les 12 travaux d’hercules une personne très affaiblie, très malade et s’attendre à des miracles. Même avec des miracles, cette tâche ne peut s’accomplir que par une gestion saine et rigoureuse, une volonté résolue de changer les mauvaises pratiques et les mentalités révolues. Bref, de gouverner autrement.

Propos recueillis par Kalidou Diallo

1 Commentaire
  1. MOH KEITA 1 semaine il y a
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    POROKOSSO, now he’s looking for a position under this administration lol, same fuckers that use to criticize MR ALPHA CONDE. Tu veux une place aussi escrow que tu est shame on your motherfuckers….

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