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Kaporo-rails : ‘’dans ce gouvernement, la main droite ne sait pas ce que la main gauche fait’’ (Mansour Kaba)

Le président du parti Panafricain de Guinée (PAG, ex-parti Dyama) et ancien ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Elhadj Mohamed Mansour Kaba -connu pour son franc-parler- s’est exprimé mercredi, 13 mars dernier sur le déguerpissement en cours sur le site directionnel de Koloma (Kaporo-rails et Kipé 2). C’était dans l’émission « Les Grandes Gueules » de la radio Espace Fm. Extraits…

« (…) C’est un problème extrêmement important. Je voudrais dire d’abord qu’avant de situer les responsabilités ici, j’ai vécu une expérience similaire ailleurs. En Côte d’Ivoire, en face du camp militaire français, c’est une nouvelle ville qu’on avait créée en détruisant les forêts et les plantations. Je viens un jour avec les bulldozers pour démolir ces baraques qui étaient au bord de la mer, le premier habitant qu’on avait en face est sorti avec son fusil, il m’a pointé le fusil sur le nez et dit : ‘’monsieur, je ne vous connais pas mais, si votre bulldozer touche à ma maison, vous êtes un homme mort’’.  J’ai compris qu’il voulait se défendre et c’est normal. J’ai dit au chauffeur d’arrêter. Nous nous sommes retournés au siège, j’ai vu mon patron et tous les ministres concernés et la gendarmerie. Nous avons fait une réunion, on a dit qu’elle solution faut-il trouver  à Port-Bouët. Comme nous avons fait 180 hectares à aménager, nous avons fait l’inventaire des habitations qui sont sur ce terrain, habitats spontanés et nous avons attribué à chaque famille selon les surfaces occupées à Port-Bouët. Nous avons créé Port-Bouët 2 pour qu’ils se sentent encore à Port-Bouët. Comme si vous prenez les gens de Kaporo-rails, vous les envoyer  à Kobaya et vous appelez là-bas Kaporo-rails 2. Nous avons créé Port-Bouët 2 à Yopougon aux frais de l’Etat.

L’Etat a manqué de tact, de pédagogie et de savoir-faire et c’est ce que j’appelle l’incompétence. Lorsque nous avons attribué à ces populations les terrains à Port-Bouët 2, tout le monde a déménagé et nous avons démoli les maisons, il n’y avait pas eu de problème. Aucune perte en vie humaine, aucun dégât, tout est passé normalement. On prend la surface occupée par l’occupant à Port-Bouët, selon la surface occupée, on lui donnait une parcelle, les gens vendaient quelques unes de ses parcelles pour construire leurs maisons. Dans ce gouvernement, ce que je constate, c’est que la main droite ne sait pas ce que la main gauche fait. Parce qu’il y a quelques semaines, nous avons tous entendu parler de 10 mille ou 20 mille logements que le gouvernement  veut construire quelque part en haute banlieue. On ne travaille pas en l’air comme ça, on fait un recensement, j’entends parler de 10 mille personnes à Koloma, prenez 5 personnes par famille et ça vous fait deux mille maisons, les deux mille logements on les trouve dans les 20 mille que le Chinois donne sans problème et j’ai même entendu un Premier ministre dire qu’il n y a pas de Guinéen capable de gérer ce chantier.

En Afrique, la nature juridique d’occupation de ces terrains, on ne peut pas se baser sur cela pour prendre des actes. L’aspect humain est une chose, l’aspect économique en est une autre. Il y a tellement d’aspect à considérer qu’on ne peut pas se baser sur le seul fait que les gens sont venus s’installer sauvagement sur ce terrain. Vous avez un projet qui existe, je crois qu’on a même posé la premier pierre de ce projet, comment peut-on aller chercher d’autres choses ailleurs ? Demandez à ces entreprises de faire les 3 premier mille logements. Il fallait créer des conditions de recasement avant de démolir.

J’ai fait le tour du terrain, c’est très triste. Il faut faire un recensement d’abord pour savoir qui est qui, analyser les documents. Vous savez en Afrique, on peut dédommager les gens aujourd’hui, ceux-ci s’en vont mais d’autres viendront s’installer encore sur le même terrain. J’ai été ministre de la construction et de l’Habitat, c’est moi qui est déterré ce projet.

Le bureau d’études Cubain qui a fait les études, a fini ces études, a rendu les documents et a été  payé. Lorsque je suis venu dans ce Ministère en 2010, j’ai trouvé ces documents sous la poussière, je les ai regardés, j’ai dit ça, c’est important. C’est moi qui ai repris le dossier pour le remettre sur la table, j’ai créé des commissions de travail et il y a une commission de travail qui a travaillé pendant toute l’année que nous avons eu dans la transition sur ce dossier. Tout était déjà préparé mais, comme la transition n’a pas duré, nous sommes restés  11 mois dans le gouvernement. Après, Alpha Condé a pris le pouvoir et le dossier a été remis encore sous la poussière.

Le problème est simple parce que c’est un problème social mais qui a des aspects politiques extrêmement importants. Il y a des détails dans lesquels on ne devrait pas rentrer dès lors qu’on sait qu’il s’agit de dix mille personnes. Loger dix mille personnes, ce n’est pas la mer à boire. Ce qui est grave, c’est que nous sommes dans un Etat qui n’a jamais réalisé un programme de mille logements. Nous, nous faisons presque dix mille logements par an en Côte d’Ivoire il ya 40 ans. Pour Kaporo-rails, en prenant 5 personnes par famille, dix mille familles, on a deux mille logements à construire. Les deux mille logements sont déjà prévus dans un programme que les Chinois doivent réaliser. Que le gouvernement se rabatte sur ce projet, construire ces logements et faire déménager ces gens là-bas. Mais, quand on commence par la démolition, c’est commencer par la fin. Donc, je condamne ce qui se passe maintenant sur le terrain ».

Décryptés par Mohamed Cissé

+224 623-33-83-57

 

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  1. CONDÉ ABOU

    17 mars 2019 at 17 h 38 min

    Toutes mes civilités Monsieur l’Expert, El Hadj Mansour Kaba, et merci pour la pertinence et la profondeur de votre réflexion.

    De mon point de vue, l’on pourrait tirer au moins quatre enseignements de votre papier que je viens de parcourir :

    (1)La politique actuelle de déguerpissement des habitants de Kaporo-Rails, sans un engagement préalable, clair et net de l’Etat à travers des mesures compensatoires justes et équitables, est inacceptable et indéfendable.

    Le développement de la situation actuelle et le mode de déguerpissement en cours à Kaporo-Rails contredisent totalement le Projet présidentiel du Grand Conakry, vision 2040, et c’est très grave socialement et juridiquement parlant pour le pays.

    Quel que soit le bien fondé des arguments avancés par la puissance publique, l’on ne peut pas du tout accepter de détruire des quartiers urbains de la capitale, sans une formule de compensation et de recasement préalablement définie et mise en oeuvre.

    Figurez-vous que nous sommes à moins de 3 mois des grandes pluies à Conakry et que les milliers de déguerpis de Kaporo-Rails, risquent de se retrouver dans une situation humanitaire insoutenable et plus catastrophique !

    Pourquoi, y-a-t-il déguerpissements et développement urbain dans les autres pays de la Sous-région, sans que l’on entende parler le moindre bruit de bottes, ni de chaos social ? C’est parce que leurs programmes urbains sont bien organisés et bien mis en oeuvre.

    (2)S’il y a un domaine des investissements publics, où le bilan des différents Gouvernements successifs de la Guinée, de 1958 à aujourd’hui, est totalement négatif ou presque nul, c’est certainement celui du financement du logement social et du développement urbain.

    Tout le monde se souvient du constat ahurissant fait par le Président Turc, Mr. Taypp Erdogan lorsqu’il a visité pour la première fois la ville de Conakry. Pourquoi avait-il parfaitement raison dans son constat ?

    Parce que l’Etat Guinéen n’a jamais eu une politique cohérente et constructive en termes de financement des logements sociaux, sur la très longue durée. Le pays est dans cette situation lamentable depuis des lustres.

    (3)Prenons deux pays, le Mali et le Sénégal, et puis, comparons leurs bilans avec celui de la Guinée. Je laisse tomber les cas du logement social en Côte D’Ivoire et au Maroc.

    Même le Mali, pays en guerre, fait mieux que la Guinée en termes de résultats dans la construction du logement social et de financement du développement urbain.

    Comment SHELTER Afrique, un véhicule d’investissement établi par 44 Etats Africains dont la Guinée, la BAD et la Société Africaine de Réassurance, a-t-il pu financer dans le logement social pour 50 millions de Dollars US au Mali, sans que la Guinée n’ait obtenu aucun kopeck chez elle depuis son adhésion à Shelter Afrique ? C’est incompréhensible pour le bon sens.

    Le tout nouveau projet de Shelter Afrique au Mali validé en 2018, porte sur le financement de logements sociaux à des prix abordables pour un investissement estimé à environ 100 millions de Dollars (soit environ 50 milliards de FCFA).

    SHELTER Afrique offre aussi aux Etats membres, une diversité de produits et de services connexes pour appuyer de façon efficace le développement de l’immobilier résidentiel et commercial abordable en Afrique sub-saharienne.

    Ces produits comprennent, notamment des lignes de crédit aux institutions financières, des prêts à la construction, le financement commercial, les placements privés ou co-entreprises, les services conseil et d’assistance technique à une gamme variée d’intervenants du secteur pour règler la question de l’offre de foncier urbain, sans passer par un chamboulement complet dans une partie de Conakry ? Non et sinon, ce serait grave.

    Peut-on dire qu’en Guinée, il n’existe aucune solution négociable avec les occupants déjà détenteurs de titres fonciers dûment établis par l’Administration Publique ? Je ne crois pas du tout, que ce soit le cas.

    (4)Les cas d’école du Mali et du Sénégal qui devraient inspirer la Guinée.
    Nulle part dans la Sous-région, vous ne trouverez une similitude avec ce qui se passe actuellement dans les zones de déguerpissement à Conakry.

    Selon les sources officielles, l’Office Malien pour l’habitat (OMH), travaille en ce moment sur le développement d’un projet de 5.900 logements sociaux.

    Les maisons F3 seront vendues selon les projections faites, à 15.200.000 FCFA (soit l’équivalent de 25.982 US Dollars) et les maisons F5 seront vendues à 16.700.000 FCFA (environ 28.547 US Dollars) sur une durée de 25 à 30 ans. Qui dit mieux ?

    Les salariés résidents conviendront avec les banques impliquées dans le projet, des modalités de leurs apport personnel, et de la durée de leurs prêts selon la taille de la construction souhaitée par eux.

    Pour les candidats résidents non-salariés optant pour les logements sociaux au Mali de type F3 A et F3 B, ils doivent s’acquitter d’une garantie de 132.660 FCFA et d’un apport s’élevant à 2.340.000 FCFA.

    Pour les logements économiques de type F4, les postulants doivent payer une caution de 282.000 FCFA et 2 millions 50.000 FCFA d’apport personnel. À noter en outre que les logements sont attribués aux bénéficiaires sans intérêt sur une période de 25 ans, selon la documentation que j’ai consultée.

    Pour les Maliens de l’étranger, parmi les critères exigés aux candidats au logement social, il est demandé un revenu mensuel de 80.000 FCFA (environ 177 US Dollars) pour les logements de type F3, et puis 150.000 FCFA (environ 256 US Dollars US) et plus pour le logements F4, et 200.000 FCFA (342 Dollars US) et plus pour les logements types F5.

    L’apport personnel est fixé à 2% du prix de cession du logement sollicité, déductible du prix de cession du prix de cession du logement sollicite.
    La subvention de l’Etat aux bénéficiaires est fixée à 10% du prix de cession des logements.

    Au Sénégal. Selon les données publiées par le Ministère de l’économie et des finances du Sénégal, et reprises par l’expert immobilier Mamadou Mamoune Diagne, le cumul du nombre de logements réalisés par les promoteurs publics de 1970 à 2003, s’établissait à 27.550 logements dont 24.656 dans la seule région de Dakar et 2.994 dans les autres régions du Sénégal.

    La SICAP a réalisé 12.918 logements et la SNHLM 11.738 logements. Quant aux promoteurs privés, particuliers et autres, le cumul du nombre de logements construit de 1982 à 2000, s’élève à 27.425 logements dont une large proportion est le fruit de coopératives d’habitat et autres particuliers qui ont bénéficiés de financement.

    Ainsi ces promoteurs publics interviennent sur toutes les étapes de la production de logements : aménagement du terrain, construction de logements, gestion du parc locatif et du parc à rétrocéder en accession à la propriété, la réalisation d’équipement collectifs.

    À ce niveau il faut aussi noter l’effort remarquable de la Banque de l’Habitat du Sénégal, (BHS), principal instrument financier crée en 1979 et intervenant dans le logement en finançant les promoteurs publics et privés et en facilitant aux ménages et autres particuliers l’acquisition de nouveaux logements.
    En 2002, le montant des financements de la BHS, à court, moyen et long terme, s’élevait à 40.426.707 Milliards de francs CFA.

    Mais quand est-ce que le véritable coup d’accélérateur du financement du logement social est-il venu ? C’est depuis les années 2000, qu’il y a eu au Sénégal, selon Mamadou Mamoune Diagne, un net retrait des promoteurs publics au profit du privé (Société de promotion immobilière, notamment avec la SIPRES, ou propriétaires bailleurs sont en bonne partie, constitués d’émigrés préparant leur retraite par un investissement rentable dans l’immobilier).

    Depuis ces deux dernières décennies, il y a au Sénégal, une forte croissance de la production de logements essentiellement de la part des promoteurs privés et des particuliers, propriétaires bailleurs.

    Aujourd’hui quiconque parcoure les rues de Dakar et sa banlieue, a comme l’impression que les immeubles poussent comme des champignons.

    CONCLUSION :

    L’Etat Guinéen et son Gouvernement devraient complètement changer de stratégie de développement urbain, et s’inspirer des exemples réussis dans la Sous-région et même au Maghreb. Les décisions de déguerpissement sans des mesures compensatoires justes et équitables, sont inacceptables et créeront forcément une instabilité sociale inutile pour le pays.

    En plus, où se trouve le véhicule d’investissement qui financera la reconstruction de Kaporo-Rails et du reste de la Ville de Conakry ? Pourquoi, n’y-a-t-il aucune visibilité, ni aucune lisibilité sur ce chapitre essentiel pour ce projet de développement urbain si crucial ? Le peuple a le droit de savoir ce qui se passe ou se passera en dehors des rumeurs colportées partout en ce moment.

    Il est temps d’agir, parce que les grandes pluies arrivent, la situation humanitaire risque d’être totalement ingérable et plus humiliante pour tout le pays.

    Grand merci à l’Expert, Mr. Mansour Kaba pour la pertinence de sa réflexion et bonne soirée chez vous.

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