INTERVIEW-Mbaye Aissatou Fall brise le silence sur le graffiti représentant le président Sékou Touré : ‘’mon projet n’a rien de politique’’

INTERVIEW- Depuis quelques jours, un graffiti représentant le premier président guinéen Ahmed Sékou Touré au pont du 8 novembre, à l’entrée principale de Kaloum, centre administratif et des affaires de Conakry, fait rage. Parce qu’un 25 janvier 1971, quatre hauts cadres guinéens que sont Magassouba Moriba (ministre délégué à l’Éducation), Keïta Kara de Soufiane (commissaire de police), Baldet Ousmane (ministre des Finances) et Barry Ibrahima dit Barry III (secrétaire d’État et rival politique) y ont été pendus pour cause d’agression portugaise contre la Guinée.

Si beaucoup apprécient cette effigie du président Touré avec d’autres révolutionnaires africains (le Burkinabè Thomas Sankara, le Ghanéen Nkwame Nkrumah et le Bissau-Guinéen Amilcar Cabral), d’autres par contre la dénoncent, allant jusqu’à demander qu’elle soit retirée. C’est le cas de l’association des victimes du Camp Boiro (AVCB) qui a parlé récemment d’’’insulte au peuple souverain de Guinée’’.

Pour en savoir plus sur les dessous de ce graffiti qui orne le pont 8 novembre, Mediaguinee et Guinee7 sont allés à la rencontre du responsable de l’association Guinée challenge -structure initiatrice du festival de fresques murales Lassiry Graffiti- qui en est l’auteur en la personne de Mbaye Aïssatou Fall communément appelé “Léfa”. Il a bien voulu se prêter à nos questions…

Mediaguinee: On ne vous connaît que très peu. Qui êtes-vous ?

Je suis Mbaye Aissatou Fall à l’état civil, connu sous le nom Léfa artistiquement. Je suis le directeur du festival Lassiry Graffiti.

Aujourd’hui, on voit au pont du 8 novembre de Kaloum des graffitis de certains panafricanistes qui se sont battus pour la liberté de l’Afrique. Dites-nous pourquoi ce choix?

Le festival Lassiry Graffiti est un événement organisé par deux structures. Ma structure à moi appelée Guinée challenge qui évolue dans l’éducation depuis plus de quatre ans. On a offert des bibliothèques à Labé et à Sangarédi. Pour aller plus loin, on a décidé de venir un peu dans les questions de citoyenneté et du civisme. On a été à Dakar pour une formation, c’est là-bas qu’on a vu le graffiti. Et on a vu ce que le graffiti a apporté comme impact aux populations sénégalaises, point de vue civisme et éducation civique. Maintenant, vu qu’on est dans un pays où les gens piétinent les questions de citoyenneté et du civisme, on s’est dit pourquoi pas ne pas envoyer le graffiti en tant que vecteur de sensibilisation en Guinée. Cela fait trois ans qu’on est sur le combat, on est en train de mettre le projet sur place. On a écrit, on a fini. Et ça fait presqu’une année et quelque qu’on est dans les démarches pour avoir l’autorisation pour faire le graffiti. Notre objectif, c’est quoi? Comme l’ont fait les Sénégalais, c’est d’embellir la ville de Conakry et de faire passer des messages à travers les images. Mais des images qui appartiennent à nous Africains, à nous les Guinéens. Pour la première édition, nous sommes partis sur le panafricanisme. On a pris des têtes des personnes qui ont vraiment marqué l’Afrique pendant l’époque coloniale. Je parle ici de Thomas Sankara, Kwame Nkrumah, Amilcar Cabral et de Sékou Touré. Et c’est ça qu’on a représenté au pont 8 novembre. On voulait aller plus loin que ça parce qu’on voulait mettre Patrice Lumumba, Jerry Rawlings, etc. Mais compte tenu de nos moyens parce qu’on le fait nous-mêmes, on n’a pas pu aller plus loin que ça. Et si vous avez visité le site, il n’y a pas que des têtes, il y a des messages. Par exemple, ”main dans la main pour une Guinée meilleure, Wontanara, etc.’’.

Pour nous les artistes, c’est un moyen de sensibiliser les gens, rendre les coins délabrés propres (…). Et d’enseigner la nouvelle génération qui ne connait rien des personnes qui ont fait quelques choses pour nous.

Mediaguinee: Pour faire ces portraits à peinture de ces héros africains, avez-vous eu l’autorisation de la Mairie de Kaloum?

On ne peut pas faire une activité dans un domaine sans avoir l’autorisation. On est passé par le gouvernorat bien avant le festival, on a fait le prélude qui est de l’autre côté, là où il y a Samory Touré, le Nimba et M’Balia Camara. Vu qu’il y a eu l’installation des élus locaux, c’est-à-dire les maires dans les différentes communes, pour faire maintenant le festival, on était obligés de revenir vers la commune de Kaloum pour avoir l’autorisation. Oui, on a l’autorisation pour faire le graffiti.

Mediaguinee: parmi ces panafricanistes immortalisés au pont 8 novembre, nous avons le président Ahmed Sékou Touré. Son image à cet endroit n’a pas plu à l’association des victimes du Camp Boiro qui a parlé d’‘’insulte à la mémoire des pendus de 1971’’…

Moi, je suis un artiste, mon projet n’a rien de politique. Je ne veux pas aller sur le terrain-là. On a juste apporté notre touche pour changer l’image de la Guinée. Ceux qui pensent qu’on les insultés, on ne les a pas insultés. On a fait une œuvre artistique, une œuvre qui appartient à tous les Guinéens. Et si vous avez remarqué sur la fresque, les têtes qui sont là-bas, vous connaissez mieux que moi les personnes-là. Mais je ne pourrai que demander à l’association des victimes du Camp Boiro, s’ils ont été vexés par notre œuvre, on s’excuse pour ça. Mais on a voulu juste représenter l’Afrique en général, des personnes qui ont fait quelque chose pour l’Afrique. Et un enseignement général à la génération qui ne connaît pas ces têtes-là. Et aussi embellir la Guinée, la rendre une capitale meilleure en images, en histoire. C’est un festival jeune. Ce sont les jeunes qui l’ont fait, nous sommes au nombre de 15 jeunes guinéens. Il n’y’a pas l’argent de quelqu’un là-dedans pour dire qu’il y a tel qui nous ont financés. On a mis notre propre fond parce qu’on croit et on veut changer la Guinée.

 

Elisa Camara

+224 654 95 73 22

 

 

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One thought on “INTERVIEW-Mbaye Aissatou Fall brise le silence sur le graffiti représentant le président Sékou Touré : ‘’mon projet n’a rien de politique’’

  1. Ramsi

    Ce vraiment une belle initiative je vous encourage, mais l’endroit a une histoire qui n’honoré pas forcement Sekou Touré. Soyons raisonable aux Fils et filles de pendus “ce nos freres”

    Repondre

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