Migration: l’implication de la diaspora guinéenne dans le développement socio-économique

Print Friendly, PDF & Email

La Guinée est l’un des principaux pays de l’Afrique de l’Ouest dont les citoyens bougent activement. Cette migration accentuée, se fait depuis sous la 1ère république à cause des remous socio-politiques dont elle a été caractérisée. Les diasporas se forment un peu partout dans le monde. Si l’implication dans le développement socio-économique reste difficile à étudier, leur impact positif sur la vie des familles devient un sujet qui passionnent les débats de société.

Le plan national de développement économique et social (PNDES) 2016-2020, souligne le manque de mécanismes encourageant le transfert des ressources, mais prend la diaspora comme l’un des principaux bailleurs de fonds du développement local. Cela se manifeste dans le cadre des services communautaires de base et les activités informelles génératrices de revenus.

Dr Mamadou BARRY, actuel représentant pays de Search For Common Ground et Spécialiste en économie appréhende cette question sous un angle économique.

Dr Barry explique qu’il existe plusieurs mécanismes par lesquels la diaspora contribue au développement du pays notamment, le transfert d’argent et de compétences, mais aussi elle est une opportunité de débouchés à l’étranger.

« De 1990, jusqu’à maintenant, l’évolution du secteur privé en est une illustration car les opérateurs économiques qui ont émergé étaient essentiellement des guinéens revenus des pays voisins ou d’une certaine diaspora. La diaspora aussi ce sont des opportunités de la Guinée à l’extérieur car ils constituent des débouchés pour des produits guinéens à l’étranger. Ce qui est observé dans notre pays, c’est que le transfert de fonds ne se traduit pas par des investissements c’est beaucoup plus un soutien aux familles (se nourrir, se loger, se soigner), il y a quand même une certaine mutation vers l’investissement (entreprenariat)  à travers la création de l’APIP. Beaucoup d’entrepreneurs aujourd’hui tissent des partenariats avec des banques pour exécuter des activités sur place. » a-t-il souligné.

Concernant le transfert de Fonds,  le Ministère de la Coopération et de l’intégration africaine a élaboré un rapport national d’Évaluation de la mise en œuvre du plan d’actions d’Istanbul dans lequel il est noté  : « pour une meilleure intégration de la diaspora dans le développement de la Guinée, d’importantes réformes institutionnelles ont été entreprises en faveur de la diaspora guinéenne. Le Gouvernement a mis en place des facilités de partenariats en faveur de la diaspora avec l’appui des partenaires au développement comme le PNUD (Projet TOKTEN) du Maroc (Développement des PME), de la France (Mobilisation et renforcement de capacités des ONG et des acteurs de la Société́ Civile .»

Comme la plupart des pays en développement, les transferts de fonds représentent une source importante de financement extérieur de la Guinée, en raison de la forte communauté guinéenne résidant à l’étranger, estimée à 3,3% de la population guinéenne (Banque Mondiale, 2019).

D’après ces analyses, les transferts de fonds bénéficient à la fois aux ménages, aux entreprises et à l’Etat. Ils contribuent à la promotion des investissements, au soutien de la croissance économique et à la réduction de la pauvreté́. Ils améliorent également les réserves de change.

Pour le cas des ménages, Moustapha Bérété étudiant en licence Droit dans une université privée de la place se confie.

« Mon grand-frère m’envoie mensuellement de la France 100 Euros pour faire face à mes besoins dans le cadre de mes études, d’ailleurs ma mère bénéficie aussi 200 Euros pour ses dépenses mensuelles et depuis qu’il a commencé à travailler on reçoit chaque mois notre pension. ». Affirme-t-il.

Communément appelée par tous Nènè 46 ans, ménagère et mère de 4 enfants dont 03 vivent à l’étranger. Nènè a effectué le pèlerinage en 2018 grâce à l’appui de ses enfants vivants aux USA, hauteur de 5000 dollars. Nous l’avons rencontré à son domicile, elle se confie :

« Mon mari est décédé depuis 2005, ma source de revenus était le petit commerce que je faisais et cela me permettait de nourrir mes enfants. Depuis quelques années maintenant, mes enfants me prennent en charge mensuellement. Par mois, je reçois entre 450 à 500 dollars de mes enfants et ça m’aide beaucoup pour me nourrir, ma santé mais aussi faire des économies pour faire face à certaines dépenses » se réjouit-elle !

Dans le domaine de la culture et le développement local, la célèbre Mamaya de Kankan créée en 1936 organisée chaque année par les Sèrès est un vecteur de développement dans la cité de Nabaya. Elle regroupe essentiellement la diaspora d’Europe, d’Afrique et d’Amérique. Les organisateurs, chaque année ont l’habitude de réaliser des infrastructures au bénéfice de la communauté.

Selon l’un des organisateurs joint au téléphone : « A travers la mamaya, des salles de classes ont été construites à Kankan sans un seul franc de l’Etat. L’hôpital régional a été doté d’une chambre froide sans parler des nombreux forages réalisés dans les centres de santé et mosquées etc. » a-t-il expliqué.

La diaspora guinéenne est estimée entre 3 et 5 millions de citoyens et 61 % des fonds transférés seraient de façon informelle. Les résultats de l’enquête de la Banque Centrale de Guinée indiquent que les transferts de fonds reçus sont estimés à USD 108,1 millions (2017).

Les transferts de fonds reçus servent, dans une large mesure, à financer les dépenses de consommation courante (60,7 %), les évènements familiaux et religieux (11,7 %) et la santé. Une part relativement faible de ces transferts est affectée aux autres investissements (5,9 %), à d’autres dépenses (5,7 %), à l’acquisition d’immobilier (4,9 %) et à l’éducation (3,3 %).

La diaspora n’est pas que pécuniaire, elle intervient également dans le transfert de connaissances et de compétences.

 Ansoumane CAMARA

Laisser un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.