Migrer c’est bien mais entreprendre, c’est mieux: Mountaga Keita, du rêve américain à celui guinéen

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A la rencontre de Mountaga Keîta, cet Ancien banquier et consultant auprès de prestigieuses banques aux États-Unis, il est aujourd’hui le CEO de Tulip Industry, une entreprise guinéenne spécialisée dans l’innovation technologique.

Après plus de 20 ans à l’étranger, il prend la décision de rentrer au pays en 2015 et crée sa société Tulip industry en 2017. Une entreprise technologique qui a notamment conçu les premiers ordinateurs debout Made in Guinée. Des bornes totalement autonomes en énergie, avec des capteurs à l’arrière.

Drapé dans sa veste bleu ciel, le colosse fait un rapide tour des effectifs pour s’assurer que tout roule bien. Ce matin là, il rit avec untel, chamaille par là, donnent un ordre par ci, l’on se croirait dans une réunion entre copains. Pourtant c’est son entreprise, Mountaga l’a bâti à la sueur de son front. C’est son rêve, Tulip Industries et il ne veut qu’on perturbe son sommeil avant qu’il n’ait fini de rêver. A le voir on est fascinéé par son embonpoint et sa désinvolture mais derrière cette simplicitéé de l’homme, se cache un parcours de titan.

« J’ai toujours été fan des branches techniques. Tout petit mon papa rentrait toujours de voyage avec des revues scientifiques. Quand je lisais les revues à l’époque, je n’y comprenais pas grand-chose mais je crois que plus tard ça m’a beaucoup aidé à m’orienter à entreprendre dans l’intelligence artificielle », raconte le jeune PDG avec un sourire.

À 13 ans, Mountaga embarque pour la France afin de poursuivre ses études. Où il obtient un diplôme de droit à l’Universitéé Paris 5. De retour à Conakry, Il nourrit l’ambition de rejoindre sa famille aux Etats-Unis. En 6 mois de demande de Visa, le jeune Keïta se voit rejeté 8 fois par l’ambassade. Sa persévérance, l’empêche de s’avouer vaincu et à sa 9ème tentative, il obtient le précieux sésame.

Le rêve américain

Au pays de l’oncle Sam, le jeune Keita est obligé de reprendre ses études Universitaires pour mieux s’intégrer dans une société américaine cosmopolite. Pour cela, il fait des cours accélérés et parfois suit des programmes dans deux Filières en même temps. Il fréquente notamment la prestigieuse université de Harvard et obtient un diplôme en Bachelor of Science international business. Son diplôme lui ouvre le monde tumultueux des affaires américaines. Il travaille dans plusieurs banques américaines notamment dans “Bank of America”. Il devient même Directeur de Suntrust Bank, située dans le district de Washington. Mountaga déclare plus tard que l’Amérique ne lui a fait aucun cadeau, tellement qu’il a dû se donner de tout son être pour mériter sa place.

« L’Amérique ne m’a pas fait de cadeau mais moi aussi je lui ai pas concédé une partie de moi » c’est la phrase que ne manque jamais de dire Mountaga lors d’une interview. Son immigration aux États-Unis avait un objectif. Celui d’acquérir des connaissances et de l’expérience pour revenir investir dans son pays. Pour le jeune homme, il ne faut pas se laisser aveugler par des rêves illusionnistes de l’occident.

« La vie est dure partout ».

L’eldorado de Mountaga, c’est la Guinée

Du haut de ses 40 ans, Mountaga Keita peut bien se vanter d’abandonner la finance et les banques des États-unis, pour la haute banlieue de Conakry. Pour nos rêves, ne dit-on pas que rien n’est absurde ? Le déclic pour le jeune Mountaga a été la crise financière mondiale de 2008.

« J’ai compris que le futur c’était en Afrique. Tous les continents étaient en crise, sauf l’Afrique parce que la crise fait partie de notre oxygène et donc on ne peut que remonter la pente ».

L’eldorado de Mountaga, c’est la Guinée

Après douze ans aux États-unis, l’amour pour son pays le pousse à revenir en Guinée en 2013. Il installe Tulip industries, une entreprise qui évolue dans l’intelligence artificielle. Elle fabrique notamment des « ordinateurs débouts ». Cette borne ténor intègre une technique de taille, avec un écran tactile, une imprimante thermique A4 et beaucoup d’autres fonctionnalités qui défient toutes les intempéries (pluie, soleil, neige, grêles…)  Adaptée à notre pays, elle est dotée aussi des paramètres qui intègrent les langues nationales du pays. Elles devront servir à l’enregistrement des naissances dans les mairies, à accélérer le traitement des dossiers dans les services de l’État. Elles vont aussi également aider les médecins à poser de vrais diagnostics.

Son succès, Mountaga le doit surtout à son entourage familial. Il a eu la chance d’épouser Raby Baldé la célèbre présentatrice TV et d’avoir un père qui le soutient: « mon père est mon consultant et conseiller; il est docteur en chimie quantique, il est mon pied droit. Ma femme Raby Baldé qui est journaliste est très patiente, elle me soutient dans tout ce que je fais, elle est mon pied gauche, nous avons un enfant…tous les autres sont des spectateurs » explique- t-il.

Aux jeunes qui veulent immigrer, il porte ce message: « Il faut faire une immigration intelligente. Partez apprendre pour aider votre pays. La Guinée est un pays vide en terme de projets et le besoin se fait sentir dans tous les domaines. L’avenir se trouve en Guinée. Vous avez tout ici ! De l’espace, une main d’œuvre abondante, une fiscalité moins rigoureuse et un marché pour écouler vos produits », conclut-il.

Aujourd’hui, Mountaga Keita s’achemine vers le demi-milliard de chiffres d’affaires pour Tulip industries ! Il espère atteindre 15 millions en 2021 et 219 millions en 2025. Il est cité parmi les 50 meilleurs innovateurs africains au Sommet sur l’innovation en Afrique (AIS) de Kigali, en 2018. En 2019, l’entrepreneur remporte la médaille d’or au 47e Salon international des inventions à Genève,

Mamadou Ciré Barry

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