Migrer légalement, c’est possible: quelle voie faut-il suivre ?

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Ces dix (10) dernières années, la migration irrégulière n’a cessé d’endeuiller plusieurs familles à travers le monde. Les drames sur la méditerranée ou encore à Lampedusa illustrent parfaitement cette situation alarmante. Depuis 2014, le bilan humain s’élève à plus de 20. 014 morts selon le rapport de l’OIM sur les migrants disparus. A ces cas de morts s’ajoutent les raquettes et les différentes tortures auxquelles les migrants doivent faire face. Ils sont aussi réduits à l’esclavage ou placées en détention par les autorités dès leur arrivée dans certains pays de transit. Et pourtant, il existe bien de possibilités qui sont offertes à tous ceux qui désirent immigrer légalement. Rahime Bachir Soumah, aujourd’hui vivant à New York et Faya Bernard Kotembèdouno qui attend impatiemment le jour de son départ pour le Canada ont bien saisi les opportunités d’une immigration régulière.

La loterie américaine, le Campus Canada sont entre autres possibilités offertes qu’on peut saisir pour une immigration régulière.

Aujourd’hui résidant à Manhattan à New York aux Etats Unis, Rahime Bachir Soumah est passé non pas par la mer pour rejoindre l’occident mais par le biais de la loterie. Après sa sélection, Rahime Bachir Soumah a suivi toutes les procédures qui l’on conduit à l’obtention du visa. Aujourd’hui, il vit aux Etats Unis depuis octobre 2019.

« J’ai quitté Conakry le 21 octobre 2019. Je suis arrivé aux Etats Unis par le biais de la loterie américaine. J’ai toujours souhaité quitter le pays pour tenter la vie de l’aventure mais jamais je n’ai jamais pensé emprunter la voie de la mer ou une autre voie illégale pour rejoindre l’occident. Après avoir obtenu mon baccalauréat en 2016             au compte des sciences sociales car pour moi c’est trop risqué. J’ai joué à la loterie américaine à ma dernière année à l’université. Par la grâce de Dieu j’ai été sélectionné et appelé à suivre régulièrement les autres procédures jusqu’à l’obtention du visa. Régulièrement, je recevais des appels ou parfois des mails de la part du service en charge de cette loterie. On m’appelait pour leur fournir certaines informations. Trois mois après ma sélection, les choses se déroulaient très bien. Quelques temps après, ils m’ont appelé et m’on fait savoir que je devais me rendre à Dakar au Sénégal dans un hôpital pour passer une visite médicale et ensuite rejoindre Conakry pour aller à l’ambassade des Etats Unis qui est à Koloma en face de la radiotélévision guinéenne. C’est là que je suis venu déposer l’enveloppe que le médecin m’a remise à Dakar après la visite médicale quand je suis revenu à Conakry», », explique le jeune homme.

Cette étape liée à la visite médicale a constitué pour Rahime Bachir Soumah, l’avant dernière étape avant de prendre son vol : « Après toutes ces étapes, il était en fait question de passer à la phase de l’interview. Elle a duré entre quatre à cinq minutes. Au début j’avais un peu peur car c’était ma première expérience de passer une interview d’une telle envergure. Mais ça été je dirai un simple dialogue. On m’a posé des questions sur moi-même donc les réponses venaient très aisément. C’est après que je me suis  rendu compte que l’objectif de l’interview était de vérifier si c’est vraiment moi qui ai été sélectionné depuis le début du processus. Au final, j’ai donc réussi mon interview et j’ai obtenu par la suite mon visa pour les Etats Unis.»

Financièrement Bachir dit ne pas assez dépensé au regard de ce qui se présente en lui à New York comme opportunité de vie : « Du jour où j’ai été déclaré sélectionné jusqu’à mon départ de Conakry, ça m’a pris presqu’une année. Aussi en termes de dépense, la famille a déboursé en tout deux mille dollar équivalent de vingt millions de francs guinéens. Ces deux mille dollars couvraient toutes les dépenses et le prix de mon billet d’avion pour les Etats Unis était inclut dedans. A mon arrivée à Manhattan, j’ai un peu souffert car suis venu à moment où les Etats Unis étaient frappés de plein fouet par la pandémie du nouveau coronavirus comme le reste du monde d’ailleurs. Mais aujourd’hui, je rends grâce à Dieu car les choses se sont nettement améliorées. Je dois commencer les cours dans deux mois. Aussi, dans trois ans, je dois avoir les mêmes droits qu’un citoyen américain. Cela est un privilège ici car tu as accès à plusieurs services publics.  Je dois encore attendre trois ans  par ce que c’est ce que la procédure de la loterie recommande qu’après avoir été sélectionné et rejoint le sol américain, il te faut cinq ans d’ancienneté pour avoir accès à tous les services publics comme tous les autres Américains.  Je ne crois pas que si je pouvais avoir un accès aussi facile de rentrer aux Etats Unis si j’avais utilisé par exemple la voie de la migration irrégulière»

Outre la loterie américaine, il existe encore aujourd’hui d’autres voies à suivre pour l’immigration régulière. C’est par exemple le cas  de campus Canada. Il est un programme qui offre notamment des bourses d’études aux jeunes qui désirent poursuivre leurs études au Canada. A la T6, nous avons rencontré Faya Bernard Kotembèdouno. Agé de 25 ans, il vient de finir sa formation de quatre ans en Géo-mines à l’institut  supérieur des mines et géologie de Boké. Depuis une année déjà, il a entamé des démarches auprès de Campus Canada pour l’obtention d’une bourse d’études et d’un visa pour le Canada.

«D’abord c’est une invitation que tu envoies dans une université du Canada. Et  cela se fait dans une agence de Campus Canada. Moi par exemple où j’ai été pour m’inscrire, j’ai payé 800 000 GNF comme frais d’inscription. Mais ces frais d’inscription varient d’une agence à une autre. Parfois, tu peux payer plus cher. A la suite de  cela, l’université en question t’envoie une admission. Cela prend environ un mois. Après l’admission, tu demandes le CAQ c’est-à-dire le Certificat d’Acceptation au Québec. Pour ce certificat, tu paies 1 500 000 GNF. Cela peut prendre deux à trois mois avant l’arrivée du CAQ. C’est après l’obtention de ce certificat que tu formules la demande de visa. Entre temps, avant de formuler la demande pour l’obtention du visa, il faut avoir un parent qui a un compte dont le solde est équivalent à deux cent millions de francs guinéens.»

Parallèlement, le jeune Bernard devrait suivre d’autres procédures : « La demande pour le visa m’a coûté 2 500 000 GNF. Après cette étape, on m’a demandé de faire la biométrie à l’OIM et par la suite faire des empreintes  de la photo. Pour ces deux services, c’est-à-dire la biométrie et les empreintes, on ne paie rien. Après toutes ces étapes, c’est le traitement des dossiers. Quand on a fini de traiter mes dossiers, ils ont été acceptés et on m’a orienté à la clinique pasteur pour des visites médicales. Après ces visites, la clinique a remis les résultats au service de l’immigration et à mon niveau, j’ai emmené les mêmes résultats à l’université via mon compte. Ces visites m’ont coûté en tout 2 700 000 GNF. Quelques jours après, on m’a demandé d’envoyer mon passeport à l’OIM et l’OIM à son tour à transférer les dossiers à Dakar, c’est là qu’on a fait mon visa. Quand mon visa est venu, je suis allé le chercher à l’OIM. »

Après plusieurs mois de démarches, il est bien heureux d’avoir à sa possession son visa pour le Canada : «Ma joie est très grande. Etape après étape et aujourd’hui, j’ai obtenu un papier qui m’autorise à rentrer légalement au Canada.»

Pour Bernard Kotembèdouno qui attend impatiemment le jour de son départ, la voie de la mer ne semble pas être la solution étant donné qu’il existe bien de possibilités pour une immigration légale.

«Moi je me suis dit qu’aller illégalement dans un pays n’est pas la bonne solution car si on n’a pas les problèmes en route, on aura certainement les problèmes à notre arrivée.»

A l’image de Rahime Bachir Soumah qui vit aujourd’hui aux Etats Unis et Faya Bernard Kotembèdouno qui doit rejoindre bientôt le Canada, plusieurs autres  jeunes guinéens désireux de se rendre à l’étranger sont passés soit par la loterie américaine ou le campus Canda, preuve que l’immigration régulière est bien possible.

Robert KANTAMBADOUNO

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