Nouvel an : Discours de Cellou Dalein Diallo

Depuis l’étranger, le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) a adressé un discours à l’endroit de ses compatriotes. Dans son discours, Cellou Dalein Diallo a déploré que « la justice, qui devait servir de boussole dans la mise en œuvre de cette profession de foi, est vite retombée dans les dérives du passé »

Ci-dessous, l’intégralité du discours de Cellou Dalein Diallo

Guinéennes,
Guinéens,

Mes chers compatriotes
L’année dernière, à pareil moment, je vous adressais mes vœux de nouvel an à partir de notre cher pays. Des vœux d’espérance inspirés par le changement de régime et surtout par la profession de foi de la junte qui a pris le pouvoir le 5 septembre 2021.
En effet, le CNRD s’était solennellement engagé à mettre fin aux dysfonctionnements des institutions, à l’instrumentalisation de la justice et au piétinement des droits et libertés des citoyens. Malheureusement, la justice, qui devait servir de boussole dans la mise en œuvre de cette profession de foi, est vite retombée dans les dérives du passé. La remise en cause des libertés fondamentales, notamment des libertés d’association et de manifestation ; la spoliation et la détention arbitraire de leaders politiques et de la société civile et l’exil forcé de certains d’entre eux sont des illustrations éloquentes de ces dérives.
Mes chers compatriotes,
En dehors de la période 1984-1985 passée à l’étranger pour les besoins de ma formation, 2022 aura été l’année de ma vie au cours de laquelle j’ai été le plus longtemps absent de la Guinée. Même pendant cette absence que j’ai vécue avec nos nombreux compatriotes de l’étranger, bénéficiant de leur soutien et de leur bienveillante attention, je suis resté très proche des Guinéens de l’intérieur, de leurs souffrances comme de leurs réjouissances.
Aussi, avec la foi d’un avenir radieux pour notre pays, je souhaite pour ses fils et ses filles, de l’intérieur comme de la diaspora, une bonne année 2023. Aux malades et aux moins bien portants, mes prières de guérison et de prompt rétablissement. A nos disparus, notamment ceux décédés lors des manifestations pacifiques ou suite aux nombreux accidents tragiques sur nos routes, mes prières d’un repos éternel, avec la grâce de Dieu.
Mes chers compatriotes,
L’année dernière, lorsque je vous présentais mes vœux, je croyais fermement au début d’une nouvelle ère pour notre pays, celle d’un nouveau départ et l’amorce d’un pas décisif pour affronter et vaincre, ensemble, les démons de notre passé. Nous étions en effet tous animés de la volonté de saisir cette nouvelle opportunité pour écrire ensemble, dans la paix et la concorde nationale, une nouvelle page de notre histoire.
C’est pourquoi nous avons tous accueilli, dans la ferveur populaire, le changement de régime intervenu le 5 septembre 2021 dans un contexte d’impasse démocratique, d’instrumentalisation de la justice et de piétinement des droits et libertés des citoyens.

Mes chers compatriotes,

Ceci dit, nous ne sommes pas partisans des coups d’état qui en appellent d’autres, nous ne sommes pas des soutiens et complices des dictatures qui ne feront le bonheur de personne, nous ne sommes pas des adeptes de la loi du plus fort qui est contraire aux règles et aux principes de la démocratie et de l’Etat de droit qui constituent nos valeurs sacrées.

Pour autant, l’UFDG et l’ANAD ne sont pas une opposition au CNRD comme voudraient le faire croire les doctrinaires de la division, les chantres de la démagogie politique et les pêcheurs en eaux troubles qui ont toujours fait dérouter les régimes guinéens de leur mission régalienne de protection des citoyens et de leurs droits et libertés.

Au contraire, dès le départ, nous avons apporté un soutien ferme et assumé au CNRD et au Gouvernement de transition. Personnellement, j’ai fait, au vu et au su de tout le monde, le tour des organisations internationales pour plaider leur soutien au CNRD et pour solliciter leur assistance technique et financière au processus électoral devant conduire au retour à l’ordre constitutionnel. Nous étions alors convaincus que la justice allait être la boussole, et le dialogue le moyen privilégié pour la conduite de la transition.
Si, aujourd’hui, la confiance est rompue et les espoirs déçus, c’est parce qu’il y a eu des actes qui suscitent la méfiance et des discours qui nourrissent la suspicion.
Le harcèlement des acteurs politiques et des leaders d’opinion ainsi que la vague de poursuites engagées contre eux ne sont pas en conformité avec nos lois. Ils ne sont pas non plus inspirés par notre volonté partagée de lutter contre l’impunité ou de moraliser la vie publique.
En vérité, la lutte contre la corruption et pour la promotion de la bonne gouvernance, brandies par les autorités, ne sont que des prétextes pour justifier une épuration politique dangereuse et une chasse aux sorcières imprudente qui pourraient être lourdes de conséquences pour l’unité et la stabilité du pays.
Disqualifier les uns, privilégier les autres, n’est pas une option en démocratie ni une démarche politique compatible avec la paix et la cohésion sociale. La souveraineté appartient au peuple qui, seul, a le droit de choisir ses dirigeants lors d’élections ouvertes, inclusives, libres et transparentes.
Par ailleurs, comment retenir notre indignation face aux déviances de la justice qui a tendance à remettre en cause les droits acquis et les libertés fondamentales des citoyens ? Certains sont spoliés de leurs biens, privés de leurs droits élémentaires, sans le moindre ménagement ni aucune possibilité de recours. L’Etat, censé protéger les citoyens, est devenu une cause non négligeable de leur insécurité, surtout pour ceux d’entre eux qui dénoncent les dérives du CNRD ou militent en faveur d’un retour diligent à l’ordre constitutionnel.
Toutefois, l’UFDG et l’ANAD réaffirment leur disponibilité à jouer leur partition dans la restauration de la confiance entre les acteurs sociopolitiques et le CNRD et dans la préservation de la paix dans le pays.
A cet égard, nous sommes disposés à prendre part au dialogue inclusif recommandé par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO et à contribuer à l’émergence d’un consensus susceptible de favoriser un retour apaisé à l’ordre constitutionnel.
Mes chers compatriotes,
J’entends tous les cris de désespoir et de révolte qui s’élèvent à travers le pays. Je voudrais exprimer, à chacune des victimes de l’arbitraire et des innombrables injustices, ma compassion, mon soutien et toute ma solidarité. La force a ses limites dans le temps, ce temps qui panse toutes les blessures et répare les injustices.
Nous ne pouvons pas combattre une tyrannie et la remplacer par une autre, alors que notre mémoire est douloureuse du lourd tribut subi par nos militants et de tous les sacrifices consentis par tous nos concitoyens pour que chacun de nous vive en homme libre dans un pays libre. Ce n’est pas le moment de baisser les bras ou de relâcher les efforts face à tous les obstacles et les infortunes de la lutte politique. Ne sont définitivement vaincus que ceux qui renoncent à la lutte. Seuls les peuples résignés à leur sort subissent la fatalité de l’oppression et de la violence.
Je profite de l’occasion solennelle du nouvel an pour saluer la mémoire des martyrs de notre lutte démocratique qui sont morts pour la Guinée.
Je voudrais aussi exprimer ma solidarité et mon soutien aux acteurs politiques et de la société civile qui sont arbitrairement privés de liberté dans l’unique but de faire taire toutes les voix discordantes. Les mêmes raisons expliquent la mise sous contrôle judiciaire de plusieurs de nos cadres parmi les plus valeureux. Toutes ces victimes de la répression politique et de la violence d’Etat auront droit à la justice. D’autant que l’impunité ne peut plus être garantie pour personne à notre époque : la conscience du monde refuse le règne de la terreur et de l’arbitraire.
Le procès du 28 septembre, qui se déroule sous nos yeux et qui est suivi partout dans le monde, est un avertissement éloquent pour tous ceux qui ont la tentation de confisquer le pouvoir par la force ou par la ruse et de priver ainsi le peuple de son droit de choisir ses dirigeants. Une telle voie est sans issue, sans honneur, ni gloire.
Mes chers compatriotes,
Comme vous le savez, l’UFDG est prête à aller aux élections à tout moment, parce que notre parti a une vision et une ambition noble : « unir et servir la Guinée ». Notre parti a été plébiscité par la majorité des Guinéens à l’occasion des différents scrutins organisés dans notre pays depuis 2010. Notre électorat continue toujours de s’élargir et nous avons tiré les leçons de nos expériences et des victoires dont nous avons été spoliés. Ni la force, ni la fraude ne pourront nous priver désormais d’une victoire obtenue dans les urnes. Les Guinéens sont en effet mobilisés et déterminés comme jamais à défendre le respect de la vérité des urnes.
J’exprime mon infinie gratitude, témoigne de mon profond respect et de toute mon admiration aux responsables, militants et sympathisants de l’UFDG et de l’ANAD. Force et honneur à eux qui, malgré les campagnes d’intimidation, les manœuvres de débauchage, les tentatives de corruption matérielle et morale, les exactions vécues dans leur chair et leur âme, continuent de se montrer dignes et fermes.
Dans cet hommage, je voudrais mentionner les dynamiques fédérations de l’UFDG de l’étranger dont la plupart m’ont invité à leur rendre visite et qui n’ont pas manqué de renouveler avec force leur fidélité à notre grand parti et leur détermination à continuer le combat pour l’avènement en Guinée d’une société unie, prospère et respectueuse des droits humains et des libertés fondamentales.
Grâce à l’engagement de tous les instants des militants, à leur abnégation de tous les jours, l’UFDG demeure une grande force politique dont la capacité de mobilisation et le poids électoral sont reconnus au-delà de nos frontières. Sa victoire, pour prendre en main les destinées de notre pays, lui ouvrir le chemin d’un développement économique et social inclusif et garantissant à ses enfants l’égalité des droits et des chances, est aussi proche qu’inéluctable.
Mes chers concitoyens,
Après de longs mois d’attente et d’actions dilatoires, un accord de principe a été conclu avec la CEDEAO, à propos de la durée et du chronogramme de la transition. Cet accord a été validé par la Conférence des chefs d’Etat et de Gouvernement, tenue le 4 décembre 2022 à Abuja, qui a demandé aux Autorités guinéennes d’organiser un dialogue incluant les partis les plus représentatifs du pays en garantissant la liberté et la sécurité de tous les participants à ce dialogue. En envisageant, si nécessaire, la tenue de ce dialogue inclusif dans un autre pays de la communauté sous-régionale.
Je voudrais saisir cette occasion pour demander solennellement au Président de la Transition de faire de 2023, une année de restauration de la confiance entre les Guinéens. Selon l’illustre philosophe chinois CONFICIUS, la condition sine qua non pour qu’un peuple vive dans la paix et la prospérité, ce ne sont pas les armes ou l’abondance alimentaire, mais la confiance du peuple en son gouvernement. Le CNRD doit donc mener des actions courageuses pour restaurer cette confiance et favoriser le rassemblement, gages de paix dans le pays et de réussite de la transition. Ces actions courageuses doivent comprendre, au premier rang :

  • Le respect de la résolution de la Conférence des Chefs d’Etat de la CEDEAO relative à l’ouverture d’un dialogue inclusif avec la participation des partis politiques les plus représentatifs ;
  • L’arrêt immédiat des harcèlements judiciaires contre les acteurs politiques et de la société civile ;
  • La restauration des libertés fondamentales, notamment la liberté de manifestation et d’association ;
  • Le droit à la justice pour les victimes des repressions lors des manifestations politiques.
    Mes chers compatriotes,
    L’année 2023 qui s’annonce sera l’année de tous les défis pour la Guinée qui, soit retrouve l’espoir et la confiance perdus, soit tombe dans l’abîme d’un recul de l’Etat de droit et la ruine des acquis démocratiques chèrement obtenus. Je n’ai pas de doutes que les bonnes consciences triompheront, comme par le passé, des forces décadentes du mal. Avec l’UFDG et l’ANAD et l’ensemble des forces démocratiques, dans l’union de tous et l’unité d’action, le pays relèvera encore la tête, porté par la ferveur de lendemains meilleurs et par notre patriotisme.
    J’adresse mes vœux chaleureux de bonheur et de prospérité à chacun et à tous pour la nouvelle année. Que 2023 soit une année de paix, de stabilité et de prospérité pour notre pays à la croisée des chemins et d’accomplissement personnel pour chacun et pour tous.
    Que Dieu veille sur la Guinée et bénisse les Guinéens !
    Vive la République !
    Vive la Guinée !

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