Place à la nouvelle gestion publique pour « la rénovation de l’administration publique guinéenne » : Lettre ouverte au président de la transition

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A l’attention de Monsieur le président de la transition le Colonel Mamadi Doumbouya,

Monsieur le Président,

Comme beaucoup de Guinéens, la prise du pouvoir par le CNRD le 5 septembre a été une grande surprise parce que les évènements sont survenus au moment où l’on s’y attendait le moins. Depuis votre premier discours, nous continuons à croire à votre engagement et votre volonté de rompre avec les pratiques de gouvernance de ces dernières années. Je salue votre courage, ainsi que la détermination de votre équipe qui nous permet, en tant de Guinéens, de nourrir le rêve de vivre dans une Guinée meilleure.

Le processus ayant conduit à l’élaboration de la charte de transition, par l’inclusion de l’ensemble des forces vives à travers des concertations nationales, est une preuve éloquente de votre volonté de donner un nouvel élan à notre pays. J’ai décidé de vous écrire ces quelques lignes parce que deux missions de ladite charte ont particulièrement attiré mon attention :

 – La refondation de l’État pour bâtir des institutions fortes, crédibles et légitimes garantissant un État de droit, un processus démocratique inclusif, apaisé et durable, gage d’un développement social, économique et culturel effectif;

– L’engagement de réformes majeures sur les plans économique, politique, électoral et administratif.

En référence aux énoncés de ces deux missions, nous nous attendons très prochainement à un vaste chantier de réformes pour la « rénovation de l’administration publique ». Parallèlement, nous sommes aussi conscients que l’ampleur de cette tâche est considérable au regard des défis et enjeux auxquels vous êtes confronté. Il faut préalablement rompre avec les pratiques du passé notamment la corruption, le patronage, la partisanerie et autres. En plus, il faudra faire face à l’évolution constante des attentes de la population, aux progrès technologiques, ainsi qu’aux enjeux démographiques, de transparence, d’imputabilité, de contraintes financières et budgétaires, etc.

En tant que fier Guinéen, soucieux que notre administration se dote de bases solides et pérennes, je crois, que privilégier des pratiques de gestion inspirées de la « Nouvelle gestion publique » permettra de mieux répondre aux défis et enjeux à l’image des pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Angleterre, le Canada. L’intégration d’une culture de gestion axée sur le résultat dans la machine administrative contribuera à mettre le citoyen au cœur de la préoccupation en prenant en considération ses attentes, les ressources disponibles et l’atteinte des résultats. L’équipe de la transition saura se démarquer en orientant le mode de gestion vers l’obligation de résultat tout en mettant l’accent sur la qualité des services offerts à la population.

Avant de continuer, je tiens à souligner que ma proposition de pencher vers une approche de gestion fondée sur les résultats n’est pas une question idéologique, mais plutôt une nécessité au regard des enjeux modernes et des objectifs que vous vous êtes fixés. En plus, je tiens aussi à préciser que cette proposition vient d’un constat qui s’appuie sur l’information disponible sur l’administration publique guinéenne.

Cela étant dit, je suis convaincu que le moment est propice pour que la fonction publique se dote d’outils et de capacités techniques lui permettant de non seulement survivre aux changements de gouvernement, mais aussi se protéger contre l’utilisation à des fins partisanes. Préalablement, une séparation entre le pouvoir politique (ministre) et l’administration publique (fonctionnaire dirigeant) est essentielle afin de dépolitiser la fonction publique et donner plus d’autonomie aux fonctionnaires. Dans cette vision des choses, nos politiques doivent se concentrer sur les grandes orientations stratégiques et politiques et sur la définition des moyens et des ressources nécessaires pour les atteindre. Les hauts fonctionnaires quant à eux, seront responsables de la bonne exécution du programme du gouvernement. Avec l’autonomie nécessaire, l’accent sera mis sur l’obligation de résultat, le devoir d’imputabilité et la transparence. Chaque gestionnaire pourra être récompensé ou sanctionné en fonction de ses résultats.

Mr le président, considérant la société démocratique que vous voulez bâtir, ce changement de culture aurait tout son sens s’il s’accompagnait par une transparence auprès des citoyens. Les ministères et organismes devront rendre publiques des informations sur leurs fonctionnements, leurs objectifs, leurs intentions et leurs résultats. Cela peut se matérialiser par la publication de la déclaration des services aux citoyens, de la planification stratégique, du rapport annuel de gestion et du plan annuel de gestion des dépenses. Ces informations nous permettront d’avoir une analyse éclairée sur certaines décisions.

Monsieur le président, comme vous l’avez sûrement observé Mr le président, l’idée n’est pas de vous noyer avec la littérature sur la nouvelle gestion publique, mais plutôt vous faire part de mon humble avis sur les aspects qui permettront à notre administration de se doter d’une base pérenne. L’important n’est pas d’appliquer mot pour mot les théories de la nouvelle gestion publique, mais de s’en approcher le plus possible pour trouver un équilibre avec les réalités de notre pays. J’espère que l’approche de gestion axée sur le résultat attirera votre attention lors de vos futures réformes. Je souhaite également que cela s’accompagne par des mesures fortes pour obliger les ministères et organismes à se doter de moyens et d’outils favorisant la modernisation, la transparence, l’efficience et l’efficacité.

Bonne continuation dans vos actions. Que Dieu bénisse la Guinée!

Ansoumane Yassima Touré

Consultant en Audit interne

MAP-Gestion Publique

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