Présidentielle au Bénin: l’armée disperse une manifestation de l’opposition, au moins un mort par balle

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Au moins une personne a été tuée par balle et plusieurs blessées jeudi au Bénin lors d’une intervention de l’armée pour disperser des manifestants protestant contre l’absence de l’opposition à la présidentielle de dimanche.

« Nous avons reçu un cas de décès par balle et six personnes blessées par balles », a affirmé à l’AFP José Godjo, le directeur du dispensaire de Boni, quartier de la ville de Savè, dans le centre du Bénin.

Des soldats sont intervenus dans la matinée à Savè pour déblayer les barrages montés depuis lundi par les protestataires sur la route principale.

Selon des témoins, les militaires ont d’abord fait usage de grenades lacrymogènes, puis « tiré en l’air » pour disperser les manifestants, avant de dégager la chaussée. Une journaliste de l’AFP a vu un militaire tirer en l’air avec une mitrailleuse montée sur un véhicule blindé.

« Les militaires sont arrivés » le matin, a expliqué à l’AFP le maire de la ville, Denis Oba Chabi.

« On m’a informé qu’ils ont tiré à balles réelles et qu’il y avait des blessés. Alors j’ai pris mon véhicule pour venir au dispensaire, et ce que j’ai vu est terrible. De mes yeux, j’ai vu trois blessés par balles, et une personne qui a trépassé », a-t-il raconté.

Dans l’après-midi, Savè avait des airs de ville-fantôme. Les habitants étaient cloîtrés chez eux et seuls les militaires étaient deployés dans les rues.

La localité de Parakou (Nord) a également retrouvé son calme après des protestations dans la matinée. Aucune manifestation n’a été signalée à Porte-Novo et Cotonou, capitales administrative et politique.

Contacté par l’AFP, le porte-parole du gouvernement Alain Orounla a fustigé « une horde de jeunes drogués et armés qui s’en sont pris a des édifices publics et à nos forces de l’ordre », lesquelles « ont essuyé des tirs » et ont « dû repousser leurs agresseurs ».

« L’élection aura lieu dimanche  » et « la République a le contrôlle de la situation », a-t-il martelé, sans être en mesure de donner de bilan.

Depuis le début de la semaine, de nombreuses manifestations ont touché le Nord et le centre du Bénin, où la route principale qui descend vers la capitale économique Cotonou a été coupée par des électeurs mécontents de l’absence de l’opposition à la présidentielle.

La réélection de Patrice Talon, ancien magnat du coton arrivé au pouvoir en 2016 et qui a engagé ce pays ouest-africain dans un tournant autoritaire, fait peu de doutes: ses deux seuls adversaires, les anciens députés Alassane Soumanou et Corentin Kohoué, sont quasiment inconnus du public.

Tous deux sont taxés « de candidats fantoches » par la plupart des opposants béninois, qui n’ont pas été autorisés à se présenter.

« Depuis le retour du multipartisme en 1990, c’est la première fois que le pays organise une élection présidentielle comme celle-ci: pluraliste en apparence, mais sans choix en réalité », explique à l’AFP Expédit Ologou, politologue béninois.

Les grandes figures de l’opposition sont en exil ou condamnées à des peines d’inéligibilité. D’autres ont vu leur candidature recalée par la Commission électorale faute de parrainages suffisants (154 des 159 élus béninois appartiennent à la mouvance présidentielle).

– Pays coupé en deux –

Une dirigeante de l’opposition a été incarcérée en mars, accusée d’avoir voulu faire assassiner des personnalités politiques.

Il y a quelques jours, un juge d’un tribunal spécial anticorruption s’est enfui du pays, affirmant avoir subi des pressions du pouvoir pour inculper des opposants. Les autorités ont dénoncé « une manipulation politique ».

« Le 11 avril personne n’est sûr de ce qu’il va se passer. A cette allure, on ne sait pas si la partie septentrionale du pays pourra vraiment voter », souligne M. Olougou.

Dans le Sud du pays, la campagne se déroule normalement. Certains Béninois déplorent même une campagne sans ferveur.

Lors d’un meeting jeudi, à Seme-Podji, dans le Sud-Est du pays, le président Talon a assuré que « le KO (une victoire des le 1er tour) est déjà dans la poche », selon des images diffusés par son équipe.

– « Le développement ça y est » –

Le président « plait beaucoup à la jeunesse éduquée et à l’élite du pays », affirme à l’AFP Mathias Hounkpe, de l’Open Society initiative for West Africa (Osiwa).

Après cinq ans à la tête du pays, Patrice Talon revendique un bon bilan économique: assainissement des finances publiques, amélioration du climat des affaires et numérisation de nombreux services publics.

En dépit du coronavirus, le pays a réussi à maintenir une croissance positive en 2020.

“Même si son bilan est très positif, une élection n’est jamais gagnée d’avance”, tempère le directeur de la communication de M.Talon, Wilfried Houngbédji. « Nous espérons que le peuple ira massivement voter ».

C’est le véritable enjeu de ce scrutin pour le président, « pas tellement d’être réélu dès le premier tour, mais de l’être avec un fort taux de participation », selon M. Hounkpe.

Au Bénin, encore 38% de la population vit sous le seuil de pauvreté, et ceux-ci n’ont pas vu leur condition de vie changer drastiquement.

AFP

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