Ramadan et Coronavirus : les citoyens de Faranah entre la croix et la bannière

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La communauté musulmane de Guinée à l’image de ses coreligionnaires de l’Afrique et du monde entame le mois saint de Ramadan ce vendredi 24 avril 2020. À Faranah, l’inquiétude et la résignation sont palpables chez la population. Votre site électronique Mediaguinee s’est intéressé à ce dossier.

Les fidèles musulmans entrent dans le mois de Ramadan avec beaucoup de difficultés cette année. Difficultés liées à la pandémie de Coronavirus qui assène des coups à tous les secteurs de la vie. Tout ou presque est à l’arrêt, les économies au rouge. L’heure est grave. A Faranah, l’on est partagé entre inquiétude et résignation. Enseignante de son état, Madame Fatoumata Oularé, citoyenne du quartier Sirikoloni 1, ne cache pas ses inquiétudes. « Mes inquiétudes c’est d’abord notre prière. Dans les années précédentes on priait ensemble mais cette année on dit de rester à la maison, de prier seul et quand tu pries seul y’a du péché y’a du salaire encore, et on dit de mettre un mètre de distance pendant les prières, ça m’inquiète beaucoup parce que en islam on dit qu’il faut se rapprocher, ça donne du sentiment. Mais cette année y a pas ça, pourtant la prière d’ensemble qui est plus bon. On dit que quand tu pries seul c’est un (1) salaire mais l’ensemble de beaucoup de musulmans sa donne beaucoup de salaires. Pour mon jeûne cette fois-ci c’est ce qui m’inquiète vraiment, la mosquée est un lieu d’éducation surtout dans ce mois de Ramadan. Après chaque prière les imams font des sermons qui nous permettent de comprendre davantage qu’est-ce que l’islam, donc tu vas connaitre quelque chose là-bas que tu connais pas depuis ta naissance. Aussi nous sommes pauvres, les denrées alimentaires, les prix sont augmentés pourtant nous sommes en guerre face à cette maladie donc si on augmente encore les prix et on n’a rien, vraiment c’est inquiétant surtout pour nous les mères de famille. Un kilo de Sucre vendu à 8 000 fg, un kilo de riz c’était à 6000 maintenant c’est 6500 à 7000fg tout est augmenté, vraiment on ne sait pas comment passer les 30 jours de jeûne du mois de Ramadan surtout les 10 derniers jours du mois de Ramadan où on peut avoir beaucoup de salaire dans nos prières. Ensuite les cours à distance qu’on annonce pour nos enfants, ceux qui sont dans les sous-préfectures, dans les districts, pas de courant, comment ces enfants-là vont suivre, d’ailleurs un enfant qui est face à face il comprend pas, comment lui il va comprendre à la télé ou à la radio ? On est très loin à ce niveau-là. Donc vraiment nous les mères de famille avons beaucoup d’inquiétude cette année. L’État doit aider le panier de la ménagère, sur les denrées alimentaires et voir la situation des enfants qui sont dans les brousses (sous-préfectures et districts) qui ne peuvent pas suivre les cours à distance qu’ils ont annoncés, donc de prendre toutes les dispositions nécessaires. »

Pour sa part, Bandjou Samoura, le chef du BTGR, dans le quartier Aviation nous a confié : « Pour ce mois de Ramadan c’est vraiment inquiétant. C’est pas comme les autres années, de fait que ça coïncide à la présence de la pandémie là, donc la situation est très critique, les gens sont confinés à la maison, actuellement les prix des denrées alimentaires sont très chers. Donc sincèrement on ne sait pas que faire, donc l’État n’a qu’à venir en appui, aider les citoyens dans le cadre de l’amélioration de leurs conditions de vie, parce-que les marchandises en ville sont très chères. Quant à la prière, on peut le faire à la maison sans problème mais ça va quand même susciter d’autres petits problèmes parce que y’a d’autres qui ne peuvent pas faire la prière de façon convenable, moi par exemple je suis habitué à une prière collective et si on dit cette année chacun n’a qu’à rester chez soi donc sincèrement on ne pourra que se débrouiller. Il faut le dire qu’en cette période de pandémie c’est la souffrance qui prédomine, ça galère partout c’est pourquoi l’État doit mettre des stratégies en place dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie des citoyens, sinon les marchandises sont très chères et ce n’est pas facile d’en avoir, l’argument des commerçants, ils disent que les véhicules retardent souvent et ils (véhicules) ne sortent même pas à Conakry. Dans ces conditions il serait très difficile de passer ce mois de ramadan. »

Mamadou Alimou Sow, commerçant au grand marché de Faranah, lui, parle de la rareté des clients contrairement aux années précédentes : « C’est une année exceptionnelle qu’on n’est jamais vue, j’ai commencé à faire le commerce y a 17 ans de cela mais cette année c’est exceptionnel, parce-que à l’approche de Ramadan la clientèle est abondante mais cette année la clientèle est très rare. Avec le confinement, tu peux faire une commande à Conakry ça va faire deux semaines voir trois semaines sans que tu n’aies ta commande un, deuxièmement, c’est une crise totale au niveau des commerçants, des clients, dans tous les secteurs, c’est quelque chose qui est au-dessus de tout le monde. Selon moi, c’est dû à la présence de cette maladie, vous voyez dans les autres pays on parle même pas de commerce tout est fermé, si nous, nous sommes dans ça encore c’est parce qu’on est pauvre, 80 % de la population n’ont pas même une semaine de consommation pour rester à la maison donc nous venons au marché c’est pour avoir quoi manger, et si on dit confinement c’est la faim qui va tuer plus que la maladie. Je demande à la population de respecter les mesures barrières, surtout je conseille d’éviter de toucher les figures, éviter de toucher tous les orifices parce que une fois au marché tu vas faire les contacts on ne sait jamais, c’est pourquoi il faut laver les mains régulièrement. L’État aussi n’a qu’à assurer sa part de responsabilité, surtout sur les denrées de première nécessité en cette période de ramadan » a-t-il conclu.

À rappeler qu’à ce jour, le sac de riz est vendu à 310 000 gnf, le sac de sucre 350 000gnf, le bidon de 20 litres d’huile d’arachide à 250 000fg à Faranah.

Lanciné Kéita, correspondant à Faranah

Tél : 628 464 659

 

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