[Rappel] Il y a exactement 21 ans, en Guinée, les journalistes étaient harcelés

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Comme maintenant, Il y a 21 ans, des journalistes étaient également harcelés pour leurs publications, autour d’une affaire de détournement de fonds publics entre les entreprises Friguia, la direction nationale des impôts mais aussi à l’Agence nationale d’aménagement des infrastructures minières (ANAIM). Une affaire qui avait retenu l’attention de l’Assemblée nationale et du président de la République de l’époque, le général Lansana Conté. A sa décharge, le président Conté avait mis sur pied une commission spéciale dirigée par le très pugnace et incorruptible commissaire de police de classe exceptionnelle, feu Hervé Vincent Bangoura (ex ministre de l’information), pour mener des enquêtes préliminaires et dresser un rapport.

Une commission d’enquête de l’assemblée nationale (sous la présidence du doyen El Hadj Biro diallo), dirigée par l’ex journaliste et économiste, Siradiou Diallo, avait également été mise sur pied à l’Assemblée nationale et avait également rendu ses conclusions. Malgré toutes les formes de pression arbitraires, l’arrestation inique des journalistes (feu Jean-Baptiste Kourouma et Saliou Samb, actuel correspondant de l’agence Reuters), mais également du propriétaire du journal (Aboubacar Sylla qui n’est autre que l’actuel ministre d’Etat chargé des Transports), la presse a tenu bon et a survécu à ce genre de manœuvres. Si feu Kourouma, rédacteur en chef adjoint de L’Indépendant Plus en ce temps-là, l’un des principaux investigateurs à qui on rend hommage, est aujourd’hui décédé, son binôme, Samb (à l’époque rédacteur en chef du même journal), avait rappelé ”le devoir d’informer” du journaliste. Un texte fondamental pour la défense de la liberté de la presse. Lisez vous-même. 

Le Devoir d’informerTout comme le rapport Hervé et dans une moindre mesure celui de la commission de l’Assemblée nationale, l’interview du ministre des Mines, Facinet Fofana, paru dans notre livraison de la semaine dernière, a été — quoi qu’on pense — une pièce, une de plus, qui pourrait permettre de reconstituer le puzzle Friguia-Anaim. Cela, au-delà des commentaires — que nous avons d’ailleurs faits —, des inévitables supputations et des “conflits d’intérêts” qu’un tel dossier peut soulever.

Certes, et c’est le moins qu’on puisse dire, les déclarations de Facinet Fofana sont, par endroits, entachées “d’incohérence”, et que son refus de démissionner pour permettre à la justice de l’interroger est manifeste, mais nous tenons pour vrai qu’un journaliste s’en tient aux faits, et que c’est sur leur base, et seulement sur leur base, qu’un commentaire crédible est possible. Encore qu’aucune preuve tangible n’a encore été exhibée pour justifier une démission des ministres “cités” dans les deux affaires.

Qu’à cela ne tienne. Si Facinet Fofana n’avait jamais parlé à la vraie presse indépendante, on n’aurait jamais pu disséquer ses propos. Si un résumé du rapport de l’Assemblée nationale, les axes fondamentaux du rapport Hervé et une interview du député Siradiou Diallo, président de la commission parlementaire des Mines, n’avaient jamais été publiés, le public n’aurait peut-être jamais su. Si le “Colossal scandale financier” n’avait jamais été révélé, tout le monde serait maintenu dans le cercle vicieux de l’ignorance.

Toutes ces exclusivités sont à l’honneur du journal que vous tenez dans vos mains, “L’indépendant Plus”, l’hebdomadaire qui a révélé à tout le monde — journaux y compris —, le lundi 8 mars 1999, le scandale Friguia. Pour mémoire, le signataire de l’article, Jean-Baptiste Kourouma, s’était curieusement retrouvé, quelques semaines après, en prison, sur une autre affaire certes, mais dont les ramifications débouchaient tout droit sur l’affaire Friguia…

C’est pourquoi, il est inutile de faire semblant de nier les efforts évidents effectués par notre journal pour, non pas s’ériger en juge capable de prononcer des sentences sans appel, mais en témoin et “consignataire” des faits. Et Dieu sait que ces derniers peuvent être têtus ! Et une interview menée de la façon la plus impartiale possible, même du ministre des Mines au moment où une bonne partie de l’opinion le vouait aux gémonies, ne change rien à cette vérité. Que Facinet Fofana se défende parce qu’il en a le droit est une chose ; que tous ses propos soient considérés comme vérités d’évangile est une autre chose. Idem pour Koly Kourouma, Bocar Ly, Dicko et compagnie ! Nous ne sommes pas des arbitres, nous sommes des témoins de l’histoire qui se donnent le devoir d’informer objectivement.

Quoi qu’il en soit, “L’indépendant Plus”, conformément à sa vocation, continuera son travail d’investigation — et au besoin par des interviews de Zorro ou Tartampion — pas pour se faire entraîner dans une polémique inutile, mais pour permettre au public, qui est en réalité le seul juge, de situer toutes les responsabilités. Bribes par bribes, nous sommes persuadés que nos reporters — déjà prêts pour suivre le procès des Bocar Ly et autres qui serait programmé dans les tout prochains jours — parviendront à réunir l’essentiel des informations capables de nous situer sur ce qui s’est réellement passé dans les affaires de Friguia et de l’Anaim. Choisir de suivre les faits jusqu’au bout n’a jamais été et ne sera jamais un crime, encore moins une faute professionnelle en journalisme. Et rien, absolument rien, ne saurait nous distraire…

Source : Guinee7

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