Réinsertion des migrants retournés. L’incroyable renaissance d’Alpha Oumar Sow après son retour volontaire au pays

Print Friendly, PDF & Email

De retour en Guinée après avoir tenté de migrer par la voie irrégulière, Alpha Oumar SOW renait de ses cendres, tel un phénix. Sa réintégration au sein de sa communauté, se fait en douceur mais pas sans difficultés. Malgré tout, le jeune migrant retourné garde la tête haute et vit de nouveau avec les siens dans l’harmonie.

(Le nom du migrant a été changé)

La traversée du désert, la prison et les sévices corporels, Alpha Oumar Sow en garde d’amères souvenirs et les traces sur son corps, témoignent de la souffrance qu’il a enduré. C’est avec peine qu’il nous raconte sa mésaventure sur le chemin de l’Europe. Dans l’espoir de trouver une vie meilleure, le jeune Sow se laisse convaincre par son ami, de prendre la route de la migration irrégulière.

« On a grandi ensemble et un jour, je suis parti pour lui demander conseils. Soudain, il me dit qu’il est en instance de voyage pour l’Europe puis sans trop réfléchir, j’ai pris mes maigres économies pour aller avec lui. Dès le Mali, on a commencé à avoir des ennuis. On est pris au piège dans une opération de l’armée malienne contre des djihadistes à la frontière algérienne. On a même été pris en otage par les terroristes avant d’être libérer par l’armée mais deux de nos amis vont perdre la vie. On a dû par après marcher plus de 200km dans le désert durant 5 jours », explique le jeune homme en sanglot.

Poursuivant, Alpha Oumar Sow dit avoir passé de long mois en détention dans les geôles algériennes avant de se rendre compte, qu’il n’avait aucune chance d’arriver en occident.  

« Huit (8) mois passés en Algérie dont 5 en prison, j’ai réalisé que je perdais en temps. En Guinée, j’aurais pu avoir mieux en économisant, vivre dans la dignité et l’amour de la famille et surtout libre dans mon pays. Avec les appels incessants et l’inquiétude de ma maman, un jour j’ai décidé de laisser tomber mon rêve d’aller en Europe et de retourner en Guinée. Et aujourd’hui, je ne regrette pas d’être revenu, si c’c’est à refaire, je vais le refaire », explique le jeune migrant retourné.

Pourtant, son retour parmi les siens va se révéler difficile. Le jeune homme va au début faire face aux moqueries et à stigmatisation. Mais aujourd’hui, il s’en sort tant bien que mal.

« Je suis resté plus d’un mois sans sortir de ma chambre, j’avais honte des gens et de leurs paroles. Certains disaient que je suis maudit, en se demandant pourquoi je me suis retourné à quelques kilomètres de l’Europe. D’autres disaient que je suis devenu fou bref on me traitait de tous les noms d’oiseaux. Grâce à ma mère et ma famille, j’ai su garder mon calme. Et heureusement j’ai eu l’idée de faire un four artisanal dans la concession familiale. Aujourd’hui, je gagne dignement ma vie » se réjouit-il avec le sourire aux lèvres.

De la souffrance à la renaissance…

Depuis son retour, le jeune homme s’adonne à sa nouvelle passion, il lance sa propre affaire. Une petite boulangerie qu’il érige dans la concession familiale, pour se réinventer.

A 7 heures du matin déjà, Alpha Oumar Sow commence la distribution quotidienne de sa marchandise. Ce jour-là il en a fabriqué plus de 600 et a tout vendu. Pourtant il y a encore un an, il n’y croyait point.

« Quand l’OIM, nous a aidé à rentrer pour moi c’était suffisant. …. Heureusement, j’étais revenu avec une petite somme. Moi, j’avais déjà mon idée d’activité mais le premier pas était difficile à faire. >> déclare-t-il.

En moins d’une année, il a pu recruter des travailleurs, ce qui a considérablement augmenter sa capacité de production. Aujourd’hui, il produit entre 800 à 1500 miches de pain par jour. Son revenu lui permet de redonner le sourire à sa maman et sa petite famille.

« Alhamdoulah ! s’extasie notre interlocuteur. Aujourd’hui, mes enfants ont repris l’école après un an d’abandon dû à mon absence et au manque de moyens. J’ai donné un fonds de commerce à ma femme qui se débrouille au marché. De mon côté, j’ai deux employés que je paye, j’ai une moto que j’ai acquise avec l’argent de la boulangerie. J’envisage de diversifier mes sources de revenus en ouvrant une boutique où je vais laisser un de mes frères. On peut bien réussir ici et je suis un exemple. Je compte partager cela avec d’autres jeunes » explique-t-il.

Le jeune homme compte s’investir désormais, dans la sensibilisation contre la migration irrégulière auprès de la communauté. Il est membre actif d’une association qui sensibilise avec le témoignage de migrants retournés.

« Si vous pouvez réunir 4 mille à 5 mille dollars pour votre voyage, investissez cette somme dans une activité qui rapporte et vous serez surpris du résultat », conseille-t-il aux candidats à la migration irrégulière.

Le père de famille d’une trentaine d’année ne va pas s’arrêter là. Il compte s’investir pleinement dans d’autres activités génératrices de revenus au lieu de prendre ses pauvres économies et suivre la route de l’immigration. Comme pour dire que le slogan “Naître, grandir et réussir en Guinée est bien possible” n’a rien perdu de sa valeur. 

Mamadou Ciré Barry 

Laisser un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.