Pédiatrie de Donka délocalisée au camp Camayenne : comme dans une fournaise ! (Reportage)

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Un corridor de misère. La pédiatrie de  Donka (délocalisée au camp Camayenne, ex camp Boiro) ressemble à s’y méprendre à une fournaise où les tout-petits, atteints de diverses maladies, sont entassés comme des sardines avec leurs parents. Reportage.

Depuis le lancement des travaux de rénovation et d’extension du CHU de Donka, en 2015, plusieurs services dudit hôpital ont été délocalisés au camp Boiro de Conakry. Parmi ces services, il y a la pédiatrie qui accueille de nombreux bébés et enfants venus de la capitale Conakry et voire de l’intérieur du pays. Dans ce service, les patients et gardes malades vivent dans des conditions extrêmement difficiles.

Le mardi, 07 décembre, Mediaguinee a fait une immersion dans ce service et le constat est alarmant : deux salles d’hospitalisation accueillent des dizaines d’enfants malades accompagnés de leurs parents sous une chaleur suffocante. Les lits d’une place sont partagés par deux à trois enfants souffrant de pathologies différentes. Ce qui pourrait contribuer à une propagation de certaines maladies contagieuses comme la rougeole.

Nous sommes ici, dehors. Mais à l’intérieur des salles, il y a des lits d’une place partagés par deux à trois enfants qui souffrent de maladies différentes accompagnés de leurs mamans. Il peut y avoir par exemple un enfant qui souffre de la rougeole couché sur le même lit avec un autre enfant qui développe des crises ou d’autres maladies. Ce qui ne se doit pas.

Rencontrée alors qu’elle s’apprêtait à quitter les lieux après une semaine d’hospitalisation de son enfant, dame Oumou est revenue sur le calvaire qu’elle a vécu.

« Mon bébé souffre du paludisme et nous sommes là depuis une semaine. Il y a deux salles d’hospitalisation ici à la pédiatrie mais nous n’avons pas trouvé de place à l’intérieur des salles. Nous sommes ici, dehors. Mais à l’intérieur des salles, il y a des lits d’une place partagés par deux à trois enfants qui souffrent de maladies différentes accompagnés de leurs mamans. Il peut y avoir par exemple un enfant qui souffre de la rougeole couché sur le même lit avec un autre enfant qui développe des crises ou d’autres maladies. Ce qui ne se doit pas. Dans les conditions normales, c’est un lit par malade mais ici parfois, il y a deux à trois enfants malades par lit. Moi, j’ai passé toute la semaine dehors avec mon enfant », a témoigné dame Oumou.

Par manque de places à l’intérieur des deux salles, certains enfants et leurs parents sont accueillis dehors où trois petits lits payant servent de lits d’hospitalisation.

Je dors dehors ici  avec ma fille. J’ai payé 95 000 Gnf pour le lit. Je passe la nuit assise sur cette chaise et ma sœur sur le banc quand il n’y a pas assez de personnes. Nous passons les nuits et les jours comme ça. Et puis, une nuit, une stagiaire m’a demandé 50 000 Gnf pour les prix d’injection de ma fille et le prix du lit. Elle a beaucoup insisté, je lui ai donné en tout 130 000 Gnf.

« Je suis ici (pédiatrie) il y a quelques jours. Ma fille est tombée alors qu’elle jouait avec d’autres enfants. Quand je suis arrivée ici, un médecin m’a dit d’envoyer un million de francs guinéens pour opérer la tête de ma fille. Je lui ai dit que je n’ai pas cet argent. Il m’a dit de payer 900 000 Gnf. Je lui ai dit de faire l’opération. J’ai payé 300 000 Gnf et je suis en train de chercher le reste de l’argent puisque le médecin ne cesse de me réclamer le reste. Je n’ai pas d’argent et mon mari ne travaille pas. Il a été viré il y a deux semaines », a d’abord expliqué dame Tigui Konaté avant d’ajouter : « Je dors dehors ici  avec ma fille. J’ai payé 95 000 Gnf pour le lit. Je passe la nuit assise sur cette chaise et ma sœur sur le banc quand il n’y a pas assez de personnes. Nous passons les nuits et les jours comme ça. Et puis, une nuit, une stagiaire m’a demandé 50 000 Gnf pour les prix d’injection de ma fille et le prix du lit. Elle a beaucoup insisté, je lui ai donné en tout 130 000 Gnf. Mais le matin, quand son chef est venu, je lui ai en parlé, il m’a restitué l’argent. Dedans, il fait tellement chaud, il n’y a pas de ventilateur. C’est sale et il y a des gens qui font des trucs dégoûtants là-bas. On ne peut parler de tout ce qui se passe ici », a-t-elle souligné.

Depuis qu’on nous a envoyés dehors ici, rien ne marche. J’ai payé le prix du lit quand j’étais à l’intérieur mais dehors ici, on ne m’a pas dit de payer. Nous sommes là

Noel Lamah, père d’un enfant souffrant de rougeole, de corroborer en ces termes: «Je suis ici depuis le jeudi. Mon enfant était couché à l’intérieur de la salle mais on m’a dit de venir dehors ici. Mon enfant souffre de la rougeole et il fait des crises parfois. Depuis qu’on nous a envoyés dehors ici, rien ne marche. J’ai payé le prix du lit quand j’étais à l’intérieur mais dehors ici, on ne m’a pas dit de payer. Nous sommes là », a-t-il soutenu.

Le chef service de la pédiatrie a confirmé, hors micro, les conditions difficiles dans lesquelles ils travaillent mais a indiqué que sans l’aval de la direction de l’hôpital, il ne peut pas fournir d’amples explications.

Les travaux de rénovation et d’extension du CHU de Donka entamés depuis 2015 et financés en grande partie par la Banque islamique de développement tardent à finir malgré les grandes promesses sur sa capacité d’accueil et son équipements.

Sadjo Bah

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