Retard ou refus du mariage en Guinée. « J’ai 15 ans avec un homme, il m’a laissée pour aller épouser une autre » (reportage)

En Guinée, les conditions du mariage ne font que changer. Avant, les jeunes filles pouvaient aller chez leurs maris très tôt. Mais de nos jours, les jeunes gens se marient de moins en moins, voire  jamais pour certains. 

Le mariage n’est t-il plus une priorité pour les jeunes générations ? Pourquoi les jeunes filles restent de plus en plus longtemps chez leurs parents sans se marier ? Qu’est-ce qui empêche les hommes à faire le premier pas?

Pour répondre à ces différentes questions, notre rédaction est allée vers les particuliers pour assouvir sa curiosité. Effectivement, nous avons constaté que la plupart des personnes que nous eu à interroger, plusieurs jeunes sont encore réticents pour se marier. Mais surtout ceux qui vivent en ville. Cependant tous ont donné leurs raisons. 

Aujourd’hui , les hommes préfèrent passer un temps avec les femmes. Ils peuvent vivre avec toi 7 ans ou plus, ça ne les dérange pas. Mais une fois que toi femme tu poses le problème de mariage, ils se retirent

C’est le cas de Sarata Soumano, une jeune fille d’une quarantaine d’années qui nous a dit que ce qui joue sur les jeunes filles c’est la méchanceté des hommes.

« Aujourd’hui, les hommes préfèrent passer un temps avec les femmes. Ils peuvent vivre avec toi 7 ans ou plus, ça ne les dérange pas. Mais une fois que toi femme tu poses le problème de mariage, ils se retirent. Ils ne veulent pas faire le sérieux avec les femmes, ils ne veulent pas se déterminer, ils aiment souvent rester dans l’ombre, vivre dans le concubinage. Sans pour autant aller devant les hommes et devant Dieu. Moi-même j’en ai été victime, j’ai 15 ans avec un homme, il m’a laissée là-bas pour aller épouser une autre », a-t-elle confié à notre rédaction. 

Pour sa part, Réné Ali Bongono, âgé de 45 ans et toujours célibataire sans gêne, nous a donné les raisons qui l’empêchent de se déterminer pour enfin être en couple. Mais surtout sur un cas général. 

Il est très facile d’avoir les femmes aujourd’hui. Donc les hommes savent que même s’ils ne se marient pas ils peuvent être en intimité avec les femmes.

« Ce qui retarde le mariage de nos jours, en tout cas selon moi, il est très facile d’avoir les femmes aujourd’hui. Donc les hommes savent que même s’ils ne se marient pas ils peuvent être en intimité avec les femmes. Ça c’est un. Les femmes, quant à elles, elles ont aussi leur part de responsabilité dans cette affaire. Parce qu’elles font beaucoup de choix. Je  veux de tel, j’aime pas tel autre. Pourtant avant, les jeunes se mariaient presque dès la naissance puisque ce sont les parents même qui procédaient aux fillancaillles de leurs enfants. Mais de nos jours, elles voient plus loin, elles se disent féministes, femmes civilisées. Du coup, elles perdent souvent leurs premiers concurrents et restent jusqu’à l’âge de 30 à 40 ans.  C’est en ce moment que celles qui sont chrétiennes commencent à déposer les bougies à l’église.  Et celles qui sont musulmanes les colas à la mosquée pour qu’elles aient des maris. Ça va trouver que c’est trop tard. Aussi  un aspect non moins important, quand tu demandes, leur histoire de mariage pompeux-là moi ça m’agace. Et parfois les femmes sont insoumises, elles aiment jouer à l’orgueilleuse. Donc tant qu’il y a ces obstacles, je ne vais pas me marier », a-t-il confié

Cette autre fille sous anonymat, dit qu’elle n’a pas encore trouvé son âme sœur malgré qu’elle  avance en âge. 

Aujourd’hui, je tends vers la trentaine. Si je trouve mon âme sœur, je vais me marier s’il le sollicite

 » Moi particulièrement je n’ai pas encore trouvé mon choix, c’est-à-dire  l’homme qu’il me faut. On nous dit souvent que nous ne nous marions qu’à des hommes riches. Tout ça ce n’est pas vrai La femme ne se marie  plus à l’homme qu’elle aime et qui l’aime aussi. Secundo, ce n’est pas parce qu’on ne trouve pas cet homme idéal qu’il faut, mais de nos ces hommes nous demandent difficilement en mariage. Ils aiment être en amitié avec nous mais il est difficile pour eux de se prononcer. Aujourd’hui, je tends vers la trentaine. Si je trouve mon âme sœur, je vais me marier s’il le sollicite », a-t-elle indiqué. 

Et pour cette autre fille de 27 ans, le mariage n’est pas une obligation ,ni un moyen de réussite, ni une fatalité.  « En tout cas je ne trouve aucun mal à un jeune jusqu’à l’âge de 25 ou 30 ans sans se marier. On n’a pas besoin d’être sous un toit. Il faut juste être en harmonie parfaite avec votre Dieu. Si vous restez célibataire et ne pas avoir une vie malsaine, c’est bon. Mais les mariages précoces, ou mariages forcés je ne suis pas dedans. J’apprécie beaucoup cette idée des activistes. L’homme qui veut de toi, même si tu es dans ta vieillesse, il va t’épouser », a indiqué Binta N’Daye.

Mamoudou Bagna Tounkara est Sociologue, enseignant chercheur à l’université Général Lansana Conté de Sonfonia. Il a bien voulu  revenir sur les facteurs qui favorisent de plus en plus le retard des jeunes dans le mariage. 

« Je vous donne mon point de vue qui émane d’une observation  de la vie sociale et donc ce n’est pas sur la base d’étude sociopolitique bien menée et lue. Et que de ce point de vue, il est très récurrent aujourd’hui de constater que de plus en plus les jeunes vont vers le mariage. Cela est dû à plusieurs facteurs. Premièrement, aujourd’hui, la jeunesse est très désolée. La vie étant de plus en plus difficile, les jeunes trouvant difficillement de l’emploi. Ils éprouvent un sentiment de répulsion, un sentiment de peur vis-à-vis du mariage. Avant, nous avons appris de nos parents, que sans revenu, des jeunes pouvaient oser faire le mariage, ils espéraient ensemble construire leur vie, même si c’est dans la douleur. Mais aujourd’hui cette réalité est vraiment inversée. Si on n’a pas de ressources, il est très difficile de compter sur le bon pour dire qu’on se marie après quelqu’un va nous venir au secours. Cela est illustratif d’une certaine rationalité. Donc la rationalité chez les jeunes aujourd’hui fait que de plus en plus de jeunes espèrent d’abord trouver leur place au soleil. C’est-à-dire avoir un emploi décent, avoir une vie, ensuite aller vers le mariage. Donc l’une des raisons en tout cas sociologiquement qui puisse expliquer le fait que les jeunes gens vont de plus en plus rarement vers le mariage, c’est dû à leur rationalité. »

Il faut dire aussi que certains jeunes, même s’ils ont les moyens, ils ne vont pas vers le mariage souvent ils éprouvent un problème de choix. Les jeunes filles sont à la recherche d’hommes parfaits

Il poursuit en ces termes: « Il faut dire aussi que certains jeunes, même s’ils ont les moyens, ils ne vont pas vers le mariage souvent ils éprouvent un problème de choix. Les jeunes filles sont à la recherche d’hommes parfaits. Surtout d’un point de vue aisance économique. Alors elles vont rester à choisir ce qu’elles aiment et ce qu’elles n’aiment pas et le temps du mariage va passer. Et puis elles vont finalement rester en difficulté. Il y a des jeunes garçons aussi qui sont à la recherche d’une femme  parfaite alors que la perfection n’est pas humaine. Au lieu de chercher une femme parfaite, il faut chercher à être un homme parfait. Donc vice versa . Du côté de l’homme ou du côté de la femme, chacun cherche le conjoint parfait alors le couple se construit. L’autre raison liée à ça peut être l’ambition exagérée des uns et des autres. Ça peut aussi être un facteur qui fait que les jeunes vont de moins en moins vers le mariage.Voilà principalement les deux factures, il y en a d’autres facteurs. J’ai parlé du premier facteur qui est dû à la pauvreté extrême. En dehors du facteur économique, il y a le facteur rationnel.

Donc l’autre raison pour me résumer est due à l’ambition. Donc grosso modo on peut résumer cela à ces trois facteurs », a dit ce sociologue.

Parlant des organisations féministes poussent à poursuivre des hommes qui font des mariages précoces, Mamoudou Bagna Tounkara a dit ceci: « ce ne sont pas les actions de ces organisations qui font à mon avis que les jeunes femmes trouvent difficile le mariage. 

Mais c’est au fait une certaine idée développée dans la mentalité de certaines jeunes filles qui se prennent pour sexistes, féministes ainsi de suite et qui font obstacle à nos valeurs culturelles. Parce qu’il y a la valeur universelle, il y a de la valeur sociale et traditionnelle de nos communautés. Donc aujourd’hui, quel que soit le niveau intellectuel que l’on a, ou qu’une fille puisse avoir, et quel que soit le niveau d’aisance financière qu’elle peut avoir, si elle n’obéit pas, elle ne se comporte pas bien, elle n’agit pas en fonction de nos cultures, de nos valeurs traditionnelles pas de choix que les hommes aient une réticence  par rapport à des femmes. Souvent vous verrez que quand une femme est beaucoup émancipée jusqu’à un certain niveau les gens éprouvent à leur égard une certaine résistance. Et souvent quand une femme est trop médiatique, trop exposée dans ces genres d’idées d’émancipation, de féminisation souvent ça fait que les hommes ne vont pas vers elle. Donc là aussi ça peut-être un des facteurs. Ça peut s’appliquer du point de  vue individuel et collectif. C’est-à-dire au cas par cas. Moi il y a des amis qui m’ont dit que leur première dépense, leur premier loyer ont été payés par leur belle famille. Mais aujourd’hui ce sont des gens qui ont construit une vie ensemble. »

Ce sociologue lance un message à la jeune génération en ces termes: « Ce que je peux dire à la jeune génération, il faut être mesuré. Qu’est-ce que j’appelle maintenant mesurer on ne peut pas construire sur du sable. On ne peut pas  dire à partir de zéro franc je peux me marier. On ne peut pas aussi dire il faut être riche pour se marier.  Il ne faut pas aller sur la base de zéro, il ne faut pas aussi attendre être riche pour se marier . Il faut avoir minimum quand on a un minimum on peut avoir la femme qu’il faut et qui nous aime », a-t-il lancé.

Moi je suis allée chez mon mari à l’âge de 13 ans et aujourd’hui 40 et quelques années pour ne pas dire 50 ans puisque mon premier enfant a ses 43 ans. Moi pratiquement je ne le regrette pas, là où je suis, ce sont mes enfants font tout pour moi

Cependant, nous nous sommes arrêtés là, nous avons approfondi notre curiosité en allant vers les sages, les personnes âgées.

Croisée, madame Fofana née Aïssatou Kaba a déploré le fait que les jeunes restent longtemps chez leurs parents. Elle nous a même  confié qu’elle fut marié à l’âge de 13 ans . Avant de donner quelques raisons qui seraient la cause du retard des jeunes.

« Moi je suis allée chez mon mari à l’âge de 13 ans et aujourd’hui 40 et quelques années pour ne pas dire 50 ans puisque mon premier enfant a ses 43 ans. Moi pratiquement je ne le regrette pas, là où je suis, ce sont mes enfants font tout pour moi et si je ne m’étais pas mariée tôt. Moi je dirais que là première cause du retard des jeunes mais plus précisément des jeunes filles, d’abord, nos enfants n’aiment plus qu’on fasse des choix pour eux. Avant, les parents préparaient tout ton mariage sans même t’avertir. Ce n’est qu’à la dernière minute on te dit nous allons à ton mariage.  Deuxièmement, les filles d’aujourd’hui quand tu leur  parles de mariage, elles te diront clairement qu’il faut qu’elles fassent de grandes études.  Certaines se mettent à trier des hommes. Ce sont quelques facteurs ça. Et à l’heure où nous sommes, tu forces ta fille à se marier, elle te traduit en justice. On ne peut pas tout citer. Sinon comme je te l’ai dit au tout début mes amies et moi nous sommes allées très jeunes chez nos maris », a-t-elle dit. 

Avec le modernisme, beaucoup pensent qu’il faut atteindre 20 ou 30 ans pour se marier. Je dis que c’est pas normal car à chacun son opinion. Moi, laissez-moi vous dire, là nous allons parler du mariage selon l’islam. Même si je ne suis pas trop doué. Mais pour les petites recherches que j’ai eu à faire, je vais te faire la lecture. Moi je parle selon les écrits. Il n’y a d’âge requis pour le mariage. La puberté n’est pas une condition pour qu’un mariage soit valide et il n’existe pas d’âge spécifique pour se marier. Il n’y a aucun mal à marier un petit garçon ou une fillette s’il existe un intérêt à le faire.

Pour sa part, Elhadj Momo Soumah a abordé le même sujet mais cette fois ,en se basant sur le côté purement religieux. Selon lui, il n’y a pas d’âge requis pour célébrer un mariage, tout en laissant une porte de sortie. 

« Avec le modernisme, beaucoup pensent qu’il faut atteindre 20 ou 30 ans pour se marier. Je dis que c’est pas normal car à chacun son opinion. Moi, laissez-moi vous dire, là nous allons parler du mariage selon l’islam. Même si je ne suis pas trop doué. Mais pour les petites recherches que j’ai eu à faire, je vais te faire la lecture. Moi je parle selon les écrits. Il n’y a d’âge requis pour le mariage. La puberté n’est pas une condition pour qu’un mariage soit valide et il n’existe pas d’âge spécifique pour se marier. Il n’y a aucun mal à marier un petit garçon ou une fillette s’il existe un intérêt à le faire. Toutefois, celui qui épouse une jeune fille ne peut consommer son mariage avec elle avant qu’elle en ait la capacité. En effet, le Prophète épousa ‘Aïcha,alors que celle-ci était petite,mais ne consomma son mariage avec elle qu’une fois qu’elle eut atteint l’âge de la puberté. L’imam Boukhari titra un de ses chapitres sur le sujet et apporta dans ce dernier des preuves tirées du Coran et de la Sunna. Dans son recueil authentique de hadiths, il titra l’un de ses chapitres : « Chapitre : le mariage du jeune enfant par son père» Allah, Exalté Soit-Il, dit (sens du verset) : « De même pour celles qui n’ont encore de règles » (Coran 65/4) – et Il imposa un délai de viduité de trois mois si elle n’est pas pubère. Urwa a rapporté que Aïcha, avait d’après elle : « six ans quand le Prophète l’épousa, neuf ans lorsqu’ils consommèrent leur mariage et elle resta à ses côtés durant neuf ans », a-t-il indiqué.

Christine Finda Kamano

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