Revisiter le chantier de l’assainissement communautaire de Conakry [Mamy Keita]

Le vaste chantier de l’assainissement public de la ville de Conakry ouvert en juillet 2022, sous le leadership du colonel Mamady Doumbouya, par le déploiement des ministres de la république dans les rues et autres espaces publics pour l’enlèvement des ordures qui avaient envahi cette agglomération, était l’expression de la ferme volonté du président de la république, de parer vite à cette situation de déliquescence hygiénique, afin de conférer à cette métropole son lustre d’antan de perle d’Afrique et réduire par ce biais, les risques de maladies et de pollution dont ces déchets sont porteurs pour les populations.
Pour atteindre cet objectif d’une grande utilité publique, à la suite de cette imposante opération, la nouvelle équipe gouvernementale institua l’Assainissement Communautaire Mensuel (ACM) qui est le recours à la main d’œuvre de toutes les composantes sociales pour le nettoyage des espaces publics de Conakry et de ses faubourgs, le 1er samedi de chaque mois.
Quoique cette mesure, fût accueillie avec enthousiasme par les populations qui participèrent massivement aux premières opérations de ramassage des ordures, les faits persistants indiquent cependant que cette flamme s´étiole lentement comme le témoigne le faible niveau de participation de cette main d’œuvre communautaire observé au cours des opérations subséquentes de nettoyage.
Cet essoufflement persistant et grandissant est une menace pour la pérennité de cette opération qui s’explique en partie par l’absence de mécanisme incitatif individuel qui attire les populations vers ce travail de masse pour lequel elles ne bénéficient d’aucune rétribution immédiate. A ce fait, s’ajoute l‘immobilisme socioéconomique général que cette opération communautaire provoque le jour du ramassage des ordures, à cause du blocage des voies de circulation que les agents de sécurité opèrent en ce moment pour contraindre les populations à prendre part à cette activité.
Une autre faiblesse notoire de ce modèle d’assainissement communautaire qu’il convient de relever, est sa forte dépendance vis-à-vis des ressources publiques en termes de logistique, de finance, de personnel sécuritaire qu’il faut mobiliser à l’occasion de ces opérations. Enfin, et non des moindres, il y’a la fréquence des opérations de nettoyage (1mois) qui favorise l’accumulation de nouveaux immondices sur les voies publiques et autres espaces d’interaction des populations dont l’enlèvement attend généralement la prochaine séance de nettoyage, c’est-à-dire 1 mois après.
Comme on le voit, ce modèle de nettoyage communautaire ressemble plutôt au serpent qui se mord la queue. Ce qui pose la question de son efficacité et de son efficience. Pour éviter cet enlisement potentiel au coût financier et social prohibitif pour le contribuable et le trésor public, il serait intéressant de repenser cette approche communautaire de nettoyage des espaces publics afin de rendre cette opération plus attractive pour les populations en général, et les individus en particulier.

La substitution de l’ approche ‘’entreprise privée’’ est particulièrement recommandée à cet égard à cause des avantages comparatifs et même compétitifs que l’entreprise privée offre en termes d’emplois qu’elle génère le long de la chaine des valeurs des déchets et de la constance de ses actions. En outre, l’entreprise privée accroit les ressources de l’Etat par le billet de la fiscalité à laquelle elle est soumise. Enfin, et non des moindres, elle se prête mieux à l’application du principe du pollueur-payeur si cher aux pouvoirs publics, en raison de sa capacité à cibler individuellement les unités productrices de déchets que sont (1) les ménages qui produisent les déchets ménagers, (2) les entreprises qui engendrent les déchets marchands et (3) l’administration publique qui génère les déchets administratifs.
En raison de ces avantages socioéconomiques indéniables que procure l’entreprise privée de collecte des déchets, les pouvoirs publics doivent l’apporter l’appui institutionnel requis dont elle a besoin pour se qualifier, en facilitant son accès aux ressources publiques, en assouplissant sa condition de travail, et en favorisant sa participation aux compétitions de fourniture des services publics.
Notons enfin que, de par leur volume, leur composition et la fréquence de leur production, les déchets sont un indicateur du niveau de l’activité économique d’un pays et, par ricochet, du bien-être de sa population. Leur présence continue par contre dans nos espaces publics et nos ménages, est aussi un indicateur de la défaillance de notre système d’hygiène publique et, par conséquent, de la préservation de la santé de nos populations et de leurs activités.
Ce double aspect de produit créateur de richesse et de source de nuisance publique que les ordures revêtent, requiert qu’elles bénéficient de l’attention soutenue des pouvoirs publics pour assurer leur production continue et leur enlèvement régulier des espaces publics afin de créer un cadre de vie décent pour les populations de Conakry et des autres villes de l’intérieur.
Conakry, le 19 Octobre 2022.
Mamy KEITA
Agroéconomiste à la retraite.
Tel. 620 88 49 98

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