“Sauvons le fleuve Milo”, l’appel depuis la Russie d’Amadou Djouldé Sow

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Les appels à sauver le fleuve Milo à Kankan, 2è ville de Guinée, retentissent au-delà des frontières guinéennes. Amadou Djouldé Sow, depuis Saint-Pétersbourg, en Russie où il poursuit son master en Ecologie et Gestion des ressources naturelles s’est intéressé à la problématique du tarissement de ce fleuve qui faisait, jadis, la beauté de la capitale de la Savane. Dans un texte riche en informations qu’il a envoyé à Mediaguinee, le Guinéen, a posé le diagnostic de la dégradation poussée de l’environnement national et proposé des pistes de solutions. Lisez !!!

AVANT PROPOS.

Les cours d’eau et leurs écosystèmes aquatiques continuent d’être affectés par la croissance démographique, l’urbanisation, le développement industriel et la construction des nombreux ouvrages hydrauliques et d’autres grandes infrastructures, qui polluent les eaux de surface, réduisent le nombre d’espèces aquatiques et la faune sauvage, détruisent les connexions, et engendrent d’autres tension en raison des changements dans sa dimension, la turbidité et les débits. Dans le même temps, les récents changements de modes de vie et d’habitudes alimentaires des hommes induisent une plus grande consommation d’eau par habitant.

La restauration des habitats d’eau douce est essentielle pour maintenir les services écosystémiques, notamment l’alimentation et l’approvisionnement en eau potable. La restauration physique, écologique et hydro-morphologiques est une urgence.

C’est dans ce cadre que je me permets d’écrire ce texte pour soutenir une initiative qui peut-être sauvera l’un des plus grands de la GUINÉE. Nous observons tous l’état piteux dans lequel se trouve le fleuve Milo de Kankan. Ce fleuve autrefois navigable est sur la voie de l’assèchement très avancé à cause de l’érosion naturelle mais surtout par les activités des hommes. La grande gare voiture de cette grande ville se trouve au bord du fleuve, les motos-pompes des laveurs des véhicules sont directement branchées sur le fleuve. La même chose se fait malheureusement au bord du grand lac de Sonfonia. Ainsi des liquides toxiques d’eau savonneuse mélangée à de la graisse, de l’essence et du gasoil sont directement déversés dans le cours d’eau avec pour conséquence directe sur la faune aquatique et la qualité de l’eau ; la fabrication des briques de terre cuite se fait au bord du fleuve avec la terre même de la rive ; la déforestation totale de la rive.

En outre, il est de plus en plus évident que la restauration des écosystèmes aquatiques de ce fleuve soulevée ces derniers jours est d’une grande nécessité et dépendra d’une combinaison d’efforts scientifiques, technologiques, sociaux, économiques et politiques ainsi que des mesures et de pratiques écologiques, physiques, spatiale et de gestion.

La restauration est caractérisée par sa fonctionnalité, sa dynamique et sa variabilité naturelle, sa complexité, sa diversité et sa résistance naturelle. Par conséquent, une résistance efficace rétablit dans son état d’origine le fleuve, et diffère des exigences sociales actuelles. Problèmes sociologiques à résoudre par la sensibilisation des populations vivant autour du fleuve.

  • Analyse. RENATURATION OU RESTAURATION DU FLEUVE MILO ?

Selon Larousse : La renaturation est une opération permettant à un milieu modifié et dénaturé par l’homme de retrouver un état proche de son état naturel initial.   Est-ce possible pour le cas d’un fleuve ? Est-ce l’objet de cette collecte de fonds ?  Je ne crois pas. A mon avis, après une analyse croisée du contexte à la fois physique, écologique et sociétal le choix devrait être porté vers une restauration basée sur des objectifs socio-économiques qui permettent de satisfaire les attentes de la société en matière environnementale, économique et sociale. Une restauration qui gère les risques d’inondations et la lutte contre la pollution, tout ceci dans une optique de développement durable. Le fleuve Milo occupe une place importante sur l’avenir de la ville de Kankan et de ses habitants ; D’où la nécessité de considérer tous ces facteurs à la fois.

  • UNE RESTAURATION PASSIVE OU ACTIVE ? Dépendance des moyens disponibles ou un réel engagement pour ce fleuve vital?

Dans la restauration passive, c’est le cours d’eau qui recrée lui-même son lit et sa diversité morphologique à la faveur des légers travaux permettant de réactiver sa dynamique. Ce sont des cours d’eau à dynamique active c’est-à-dire à capacité d’ajustement rapide.

Dans la restauration active, c’est l’homme qui recrée entièrement la morphologie et la diversité du lit afin de restaurer la fonction écologique du cours d’eau. Ce type de projet est privilégié sur les cours d’eau qui n’ont pas une dynamique naturelle active ou qui mettraient trop longtemps à se restaurer naturellement.

Mais il ne faut se voiler la face. C’est un grand projet de longue haleine à définir à l’échelle des générations et cela nécessiterait des grands moyens financiers. Je n’ai pas grand connaissance de comment monter un projet mais ceux qui ont commencé cette démarche doivent penser à créer une ONG au nom du fleuve, l’agrée pour chercher les moyens nécessaires, les partenaires et le lobbying. Des institutions internationales telles que le PNUD, UICN, FAO-FEM,… aident beaucoup ces genres de projets. 

  • Solutions. Proposition de Planning.

Les règles fondamentales :

  • Avoir une compréhension complète de la morphologie du fleuve (profondeur, largeur, sinuosité et habitat du lit mineur) ; de son bassin et son fonctionnement (eau du fleuve + écosystèmes + eau souterraine) au cours d’un an pour faire le plan; c’est de facto la mise en œuvre des mandats de conservation _ programme de surveillance, de recueil des informations de base sur l’hydrologie et la biologie du fleuve;
  • Hiérarchiser les problèmes et adopter une approche interactive en plusieurs phases pour atteindre les objectifs à long terme ;
  • Permettre une adaptation en fonction des changements en associant les efforts des ONG environnementaux qui au-delà de la présence, apporte des financements.

Ce planning tiendra compte des aspects dimensionnels d’un fleuve:

Nous avons la dimension institutionnelle, juridique, économique et environnementale, puis les instruments, le principe ; le tout centré sur la dimension gouvernementale ou politique.

La dimension institutionnelle : outre les ONG, les universités, les institutions internationales, ce processus implique principalement le gouvernement qui doit cordonner une approche sectorielle traditionnelle et adopter une démarche intégrée et multisectorielle ;

La dimension juridique : c’est le volet du droit coutumier. Les expériences menées dans des nombreux pays ont montré qu’une participation importante et interactive des peuples autochtones et des communautés locales peut mener à l’intégration de leurs systèmes de droit coutumier dans les cadres juridiques statutaires, y compris sur les écosystèmes et la gouvernance de l’eau ;

La dimension environnementale : il s’agit de prendre en compte les trois dimensions d’un bassin versant (souterrain, superficiel et atmosphérique).

CLÔTURE.

Cet écrit n’est ni une analyse ni une directive. C’est un point de vue qui ne prétend apprendre rien à personne. Il souligne juste la nécessité de fonder cette initiative sur une connaissance interdisciplinaire des trajectoires temporelles passées des hydrosystèmes, pour maximiser l’efficacité et la durabilité des mesures de gestion. L’enjeu est extrêmement important. Concrètement, pour une restauration d’un grand fleuve comme le Milo, il est recommandé aux gestionnaires de mener des études préliminaires incluant a minima (1) une analyse planimétrique (cartes et photographies aériennes anciennes), (2) des prospections sédimentologiques par carottages couplées à l’étude fine de la topographie et des crues anciennes et (3) des analyses physico-chimiques des sédiments de l’ancien canal.

Sauver le fleuve Milo ou n’importe quel autre fleuve ne se fera pas en un laps de temps. Ce sera le combat d’une vie à faire hériter pour ceux qui s’engageront.

Pendant que j’écris ceci pour le Milo, je pense au fleuve Samankou de ma préfecture natale Télimélé qui a presque totalement disparu.

Amadou Djouldé Sow, écologiste.

Ancien étudiant de l’UJN de Kankan.

 

 

 

 

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