SENACIP: l’ouverture de la boîte de Pandore en Guinée

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De fil en aiguille, après le Festival national de la culture, FENAC, « un facteur d’union et de réconciliation nationale », la sortie d’un tunnel débouche sur l’entrée d’un autre tunnel. La semaine nationale du civisme et du patriotisme pour la paix et l’unité nationale, SENACIP. Le moment est inopportun, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais auparavant, une question s’impose : Pourquoi ce qui était impossible avec Gassama Diaby est possible avec Taran Diallo ? Si Alpha avait rechigné de prendre la parole au Palais du Peuple avec Gassama Diaby, il a semblé prendre plaisir avec relaxation et beaucoup d’inspirations à parler, comme un professeur et comme un père à ses enfants et étudiants. La raison de cette autre image a déjà été exposée ; en dehors de la politique, Alpha est un tout autre homme. Reste à savoir s’il est sorti de son manteau de politique et d’opposant historique.

Alpha demande aux jeunes de connaître l’histoire de leur pays. Ne l’enseigne-t-on plus dans les écoles ? La question n’est pas fortuite, quand on sait que l’Histoire de la Guinée a, de changement en changement de régime, changer de contenu, suivant les auteurs et historiens bonimenteurs et alimentaires comme les griots de la tradition orale, qui disent que « le Noir a la mémoire courte ». Actuellement, les Guinéens disent « le Guinéen a la mémoire courte ». Cette auto-flagellation est devenue un exercice national.

Pour un rappel de l’Histoire à l’intention des étudiants : Lors du procès de Alpha Condé en 1999-2000, pendant le passage du 20 au 21ème siècle, le procureur qui était chargé de le charger avait raconté une histoire rocambolesque qui avait fait éclater la salle d’audience de rire de désapprobation et de défiance. Ledit procureur désemparé avait dit, et tenez-vous fermement : « Malveillance est guinéenne ! ». Et un autre guinéen de s’écrier : « Eh misié le porc-cureur! «.

Il fallait se rappeler cette anecdote pendant cette semaine nationale du civisme et du patriotisme. On n’avait pas eu le temps de le dire à Gassama, on va le dire à Taran, chaque chose en son temps, c’est le destin qui le veut ainsi, même si beaucoup ne crient pas au destin. On ne va pas entrer encore dans ce gouffre entre créationnisme et évolutionnisme, mais, de notre part, il existe.

Alpha Condé a dit que les jeunes doivent connaitre l’Histoire, et il dit que pour l’indépendance, Sékou Touré n’était pas seul, il a cité Barry-3 et Barry Diawadou. Sans conteste, mais le destin n’a pas confié ce rôle historique retentissant à quelqu’un d’autre qu’à Sékou Touré.

Il est ainsi fait que le destin soit arbitraire envers certains et favorable envers d’autres. Dans « La mort d’une sorcière » de Gilbert Cesbron, la bigloto, la sorcière en question, demandait à un enfant pourquoi c’est à Marie que le destin a confié le rôle de la Vierge, et à elle le rôle de sorcière pour être détestée ?

Anecdote : Un enseignant converti en douanier du nom de Sékou-Fanta Camara de Bouré, Siguiri, dont les parents avaient migré à Faranah. Jeune garçon, il a connu Sékou Touré. Au primaire, il a enseigné le commissaire Thermite Mara, que Dadis Camara a cuisiné, un jour, au QG du CNDD sur l’accumulation primitive de son capital.

Fanta-Sékou a expliqué à un gendarme de mes connaissances pourquoi le nom ‘’Termite’’, qui était au départ un sobriquet, est devenu un surnom qui a supplanté le prénom de Mara…

Ce Sékou-Fania Camara disait avoir ses entrées sans audiences chez Sékou Touré. Il a raconté que Faranah et Kissidougou étaient sur la liste pour être le chef-lieu de canton pour avoir une école. Un marabout avait prédit que Faranah serait choisie, mais cela ne s’est pas réalisé, contrairement à celui-là qui nous a averti avant l’agression du 22 Novembre 70 que les pétards qu’on faisait avec les rayons de bicyclette étaient mauvais signe.

Au second passage de ce diseur de bonne aventure, les gens de Faranah lui rappelèrent ses prédictions inexactes. Il leur dit de faire un grand sacrifice, de regrouper tous les enfants. L’enfant qui se fera remarquer sera le futur président de la Guinée. L’on fit ce qu’il a demandé. Les enfants réunis autour d’un grand bol de riz, l’un d’eux s’empara de l’os le plus gros et le plus charnu. Il s’y cramponna mordicus, a fakoudou, personne n’a pu le lui prendre ; pourtant il n’était pas le plus grand ni le plus fort. Voilà une tradition orale, et à l’en croire…

Alpha Condé a dit que Sékou Touré n’était pas seul artisan de l’indépendance, qu’il y avait aussi Barry-3 et Barry Diawadou. C’est vrai, et qui étaient plus instruits, mais qui n’avaient pas été désignés par le destin pour un tel rôle et ils n’auraient certainement pas eu l’audace du ton péremptoire de Sékou devant De Gaulle. N’est-ce pas un choix du destin !

Ce n’est pas une prise de position ou une complaisance, mais il faut relater l’histoire avec un maximum de recul et sans être enclin à aucune inclination.

Malgré tous les complots, Sékou a tenu bon l’os de la Guinée. Tous ceux qui ont tenté de le renverser ne sont plus là, mais Alpha est là, il a été condamné à mort par contumace, pour quelle raison, s’il n’y avait pas de complot, comme continue la dénégation systématique ? Cela sert à quoi, puisqu’on ne peut plus refaire l’Histoire ?

Et pis encore, si Sékou Touré avait mis le grappin sur lui quand il avait fait répandre (ou qui d’autre) les tracts « Le poisson pourrit par la tête …» sous le pont du 8 Novembre, ça allait se savoir, parbleu! N’est-ce pas encore le destin qui a fait que Sékou n’ait jamais mis la main sur lui et lui n’a jamais pu toucher l’os du Pouvoir ?

Il a dit encore que lui, Siradiou et Bâ Mamadou, n’ont jamais cassé quelque chose dans les manifestations politiques. On attire l’attention du lecteur que Alpha garde toujours cette rémanence de l’opposant en lui, puisqu’il montre un penchant nostalgique pour ses compagnons de fausse route, qui n’ont rien pu devant le général Lansana Conté qui les a tous envoyés au gnouf. C’est le destin.

Et pour l’Histoire, n’oublions pas que Bah Oury avait hérité de l’UFDG du Professeur Alpha Sow, dont le siège était le restaurant La Pâtisserie Centrale. Quand Bâ Mamadou, sans parti politique et sans base, est venu, Bah Oury lui céda la direction de l’UFDG. Bâ Mamadou, de la Banque Mondiale, était en « banqueroute », il a vendu son droit d’ainesse à Cellou Dalein Diallo, Premier-ministre sortant tout chaud du cocon de Lansana Conté, pour un plat de lentille, dit-on ».

Normalement, par procuration d’une longue lutte de 40 ans menée ensemble, Alpha devait tendre la main à Cellou Dalein Diallo, l’héritier d’un vieil ami…Tout ça est un peu compliqué, on s’emmêle les pédales…

Dans la même logique du destin, on se demande ce qui fait que Guinéens et Vietnamiens, qui sont aux antipodes les uns des autres en tout: les uns sont noirs, les autres sont jaunes, ils n’ont pas les mêmes cultures, ils n’ont pas les mêmes croyances, mais ils ont une superstition en commun: Pour congédier le mauvais sort sur les nouveau-nés, Guinéens et Vietnamiens leur donnent des noms qui rebutent sorciers, génies et diables. On vient de parler de l’os de Sékou Touré, Il y a une histoire identique avec Hô chi Minh.

Lorsque que Hô Chi Minh était enfant d’une famille extrêmement pauvre et démunie, une vieille femme avait donné, à lui et à son grand frère de 6 ans de plus, une patte de canard bouillie, chacun. Son grand frère l’avait chahuté en se moquant que sa patte de canard, à lui, était plus longue et plus grosse. Le petit voulu s’emparer de force de la patte de canard du grand frère, il fut violemment projeté par un revers de bras sur un tas de vaisselles : dix coups de fouets pour le grand, cinq pour le petit Hô sur le champ et les cinq autres à crédit…

Le destin a fait encore que Hô Chi Minh et Sékou Touré, sans concertation, ont fait basculer l’empire colonial français. Le premier l’a étourdi, le second a donné le coup de grâce.

A partir de là, tout ou presque les sépare : si Sékou a lutté toute sa vie contre les complots, Hô Chi Minh n’a jamais eu d’inquiétude et pour sa sécurité, il n’avait jamais voulu que son chauffeur, qui lui servait de garde-corps, soit armé, même quand il était la cible des Américains. Dans l’Opération Rolling Thunder et Linebacker-1, avec les bombes à guidage laser, une bombe lui était expressément destinée, avec son nom écrit sur la bombe. Les deux sont morts de maladie

Tout cela pour parler du destin quelque peu semblable des deux hommes.

Donc, à l’ouverture des débats sur le civisme et le patriotisme, Alpha Condé, qui a contribué à l’incivisme et à l’élargissement de la déchirure sociale comme Dadis, pauvre de lui, comme Lansana Conté, comme Sékou Touré, a semblé changer le fusil d’épaule. C’est un Alpha qui a quitté momentanément son costume de confrontation « Tablette-tablette, comme des cabris ! » mais qui garde quelque peu la rémanence d’opposant politique, pour prodiguer les conseils de civisme, de patriotisme et d’histoire aux étudiants.

Seulement, la SENACIP a renversé les rôles.

Le civisme et le patriotisme doivent commencer par le bataillon de conseillers-conseillés qui sont dans les couloirs et l’arrière-cour de Sékhoutouréya, dont certains n’en savent pas plus long que Alpha Condé dans leur domaine; le civisme et le patriotisme doivent descendre des dirigeants vers les forces de sécurité, de l’ordre et des militaires avant de toucher les populations et la jeunesse.

Si l’on devait énumérer toutes les laideurs qui sont sorties de la boite de Pandore guinéenne, même l’espérance, il n’en reste que très peu. Pis en plus, la SENACIP se déploie au moment où les Guinéens se bouffent le nez au sujet de tout. Ils s’insultent, s’invectivent, se traitent de tous les noms, ils écument les rues à qui mieux-mieux au sujet de la constitution, du troisième mandat parler de civisme et de patriotisme à ce moment est une aberration.

Le seul espoir est que Alpha Condé balaie tout d’un revers de bras pour faire table rase et qu’il joue cartes sur table. Tous les Guinéens attendent cela de tout leur vœu.

Moïse Sidibé

 

 

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