Solidarité nationale et internationale pour relever les défis sanitaires (Par Youssouf Sylla)

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Dans un pays, seul un système solide d’accès universel aux soins de santé de qualité peut mettre sa population à l’abri de la mort précoce et fantaisiste. Le taux de mortalité dans nos sociétés, qui n’est pas un des plus reluisants, pour des maladies pourtant bien curables de nos jours, est un indicateur révélateur notre contre-performance en matière d’offre des soins de santé de qualité à tous. La qualité des soins est devenue une prestation réservée à une infime partie de la population capable se se rendre à l’étranger. Si cette tendance n’est pas renversée, que les soins de santé de qualité ne sont pas étendus au guineen lambda, nous risquons, si ce n’est déjà le cas, de nous retrouver dans un périmètre d’apartheid sanitaire, avec un mur infranchissable séparant la minorité capable de se faire soigner de l’écrasante majorité, abandonnée à son propre sort face à la maladie.

Une véritable justice sociale passe forcément par l’instauration d’un traitement égalitaire et équitable de tous face à la maladie. Il nous faut être capable, collectivement, de construire de nouvelles formes de solidarités humaines qui prennent en compte entièrement la santé de chacun et de tous. L’Etat doit massivement investir dans le secteur névralgique de la santé parce que seule une population bien portante est capable de travailler et de créer la richesse dont nous avons besoin pour assurer notre propre prospérité et celle des générations à venir. L’épidémie de la Covid19 vient de nous montrer que soigner l’autre n’est seulement un geste altruiste. Il est la première garantie de notre propre santé.

On a à tort pensé à un moment que le monde occidental était suffisamment développé pour ne pas être capable de contenir une pandémie. Que les épidémies étaient l’affaire des pauvres. Erreur ! La Covid 19 a carrément changé les paradigmes en la matière. On se rend compte que le monde, riche et pauvre, fait face à de nouveaux défis sanitaires à cause de la globalisation et de la mobilité internationale des personnes à travers les progrès technologiques sans précédent enregistrés dans le domaine du transport par exemple. Une banale maladie contagieuse qui prend racine dans un village reculé peut se répandre en quelques jours dans le monde comme un nuage radio actif, ignorant superbement les frontières construites par les hommes pour séparer leurs Etats respectifs.

On est donc rentré de plein pied dans l’ère de la mondialisation des maladies comme c’est le cas pour les grands groupes industriels. La solidarité face à la maladie dépasse aujourd’hui largement les cadres nationaux. Elle se déploie au plan international et devient même un enjeu géostratégique et de démonstration des puissances étatiques. La Covid19, est entrain de donner un grand élan à la diplomatie sanitaire, plus exactement la diplomatie des vaccins, inaugurée par la Chine sur fond de battage médiatique. L’occident, les Etats unis en-tête n’entendent pas se faire dépasser sur ce terrain par le concurrent chinois, d’où son initiative de fournir aux pays pauvres, lors du récent Sommet de G7 tenu au Royaume uni, un milliard de doses de vaccins contre la covid19, d’ici 2022. Outre cette urgence sanitaire, et les leçons tirées de la gestion en quelque sorte calamiteuse de la covid 19 surtout à ses débuts, le G7 jette aussi les bases d’une réforme en profondeur du système sanitaire international via l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

On se rend compte qu’au-delà des défis existants, de nouveaux défis, encore inconnus, guettent le monde. Les gouvernements nationaux doivent s’inscrire dans cette tendance lourde qui se manifeste en matière de santé publique. Chaque Etat, y compris le nôtre, doit impérativement se mettre à construire un robuste système de solidarité nationale en matière de santé publique. Mais aussi s’engager résolument dans la construction d’un système sous régional, régional et mondial de solidarité face aux défis sanitaires transfrontaliers. Ceci passe en tout premier lieu par la rénovation, l’adaptation et la qualification de notre action publique dans le domaine de la santé.

Youssouf Sylla

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