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Souleymane Condé, activiste guinéen aux USA : ‘’les hommes politiques guinéens s’amusent avec le peuple’’

Souleymane Condé, secrétaire général du mouvement ‘’Au Nom du Peuple’’ a accordé mercredi 09 janvier dernier un entretien à Mediaguinee au siège de l’organe en ligne à Bonfi, dans la commune de Matam. La fin du mandat des députés à l’Assemblée nationale, la fameuse question d’une éventuelle modification de la constitution, la diminution du prix du carburant, les forces sociales, la grève des enseignants ont été entre autres sujets au centre de l’entretien.

 Mediaguinee : Vous êtes activiste de la société civile. Vous vivez en Amérique du Nord depuis 3 ans. Quel est le motif de votre présence en Guinée ?

Souleymane Condé : Les raisons de ma visite ici sont très simples. La première est que le mouvement ‘’ Au Nom du Peuple’’ dont je suis le secrétaire général, a organisé le 5 janvier passé, une conférence-débat ici à Conakry sur les maux qui assaillent notre pays aujourd’hui : l’ethnocentrisme, la citoyenneté, la mauvaise gouvernance et l’impunité’’.

Mediaguinee : Votre voyage coïncide à la fin du mandat des députés à l’assemblée nationale. Quel est l’avis de votre mouvement sur le sujet ?

Souleymane Condé : Nous déplorons parce que depuis avant le mois de décembre 2018, le mouvement avait fait des vidéos à travers les dames du mouvement dans toutes les langues nationales guinéennes pour alerter l’opinion nationale et internationale du danger qui nous guette quand le mandat des députés arrive à échéance.  Le mouvement est inquiet parce que nous savons que ça va dégénérer quels que soient les calculs politiques. Si on ne respecte pas les règles constitutionnelles, ça va dégénérer tôt ou tard. Personnellement, je trouve que le jeu que ces acteurs politiques sont en train de faire, c’est un jeu très dangereux. On ne peut pas faire plaisir aux gens à tout moment. Il faut se priver de son plaisir et respecter les lois de la république. Je demande à l’opposition républicaine de se retirer de l’Assemblée nationale. Sidya Touré et ses hommes, Ousmane Kaba et les siens, Cellou Dalein Diallo également, doivent se retirer de l’assemblée nationale avant le 12 de ce mois. Quand ils se retireront, le gouvernement ne pourra pas proroger le mandat des députés parce qu’il ne restera que les députés du gouvernement.

Mediaguinee : Nous sommes à moins de deux ans de la fin du mandat présidentiel. Déjà, des voix s’élèvent pour une éventuelle modification de la constitution pouvant permettre au président actuel de briguer un troisième mandat. Quelle lecture en faites-vous?

Souleymane Condé : On a l’impression que les hommes politiques de ce pays s’amusent avec le peuple. En principe, les élections communales en sont une preuve. On devrait, dans les délais courts, donner les résultats des communales et attaquer les législatives. Avec la date de l’expiration du mandat des députés, on n’a aucun budget en place pour avoir des députés. Un pays qui n’a pas pu organiser une élection communale, législative, ce pays n’organisera pas l’élection présidentielle. C’est la suite logique des choses. Quand on voit tout ce qui se passe, on a l’impression que ces hommes politiques n’ont aucune volonté d’aller aux présidentielles en 2020.

Mediaguinee : Autre volet de l’actualité, c’est cette grève des enseignants déclenchée depuis 3 mois. Au moment où nous parlons, les syndicalistes et le gouvernement sont en phase de signature d’un protocole d’accord pour trouver un dénouement heureux à la crise qui secoue l’éducation guinéenne. Votre avis ?

Souleymane Condé : Ce problème des enseignants est un problème noble, leur demande est légitime. Le mouvement ‘’ Au Nom du Peuple’’ avait fait un communiqué par rapport à cela. Nous avons dénoncé la situation précaire des enseignants, la situation précaire de l’environnement de travail des enseignants. Ce pays peut trouver une solution à ce problème de 8 millions. Combien de protocoles ont été signés entre le SLECG et le gouvernement ? Ça n’a jamais été respecté. Je n’ai pas d’espoir que ce protocole qui est en train d’être signé ne pourra pas être respecté. Ce n’est pas la politique, c’est l’avenir de la nation qui est en train de se jouer. Comment on peut jouer avec l’avenir de la nation ? En principe, il faut négocier avec les enseignants et leur donner ce qu’on peut. On ne peut pas être catégorique parce qu’il s’agit de l’avenir des enfants.  C’est un problème qu’on peut résoudre. La situation précaire des enseignants doit changer pour l’intérêt de la nation et pour l’avenir des enfants. 

Mediaguinee : Donc, vous croyez que c’est un manque de volonté de la part du gouvernement qui est à l’origine du prolongement de la crise ?

Souleymane Condé : Depuis que cette grève a commencé, nous n’avons pas constaté une réelle volonté du gouvernement pour résoudre le problème. Le SLECG sait que le gouvernement a les moyens de leur payer quelque chose et, le gouvernement doit le faire. Si les enseignants voient aujourd’hui un gouvernement qui vit de façon extraordinaire, pourquoi ils ne vont pas réclamer ? Il faut créer aux enseignants de meilleures conditions de vie.

Mediaguinee : Je rappelle que vous êtes activiste de la société civile et vous résidez aux Etats-Unis. De là, vous suivez la situation sociopolitique du pays. Les marches organisées par l’opposition républicaine. Les élections communales, l’augmentation puis une légère réduction du prix du carburant. Votre regard ?

Souleymane Condé : L’article 21 de notre Constitution nous dit que le peuple de Guinée détermine librement ou souverainement ses institutions et l’organisation sociale et économique du pays. Le peuple a le droit de préserver son patrimoine, sa culture et son environnement. Le peuple a le droit de résister à l’oppression. Cet article me pousse à aller contre vents et marées, contre l’oppression économique, sociale dans notre pays. Nous vivons dans un environnement où les uns vivent dans une opulence démesurée et les autres dans la pauvreté. C’est pour vous dire que si on respectait l’article 21, nous n’avons pas besoin de faire des marches dans ce pays. Depuis que je suis là, j’ai rencontré pas mal de membres des forces sociales. Ils sont beaucoup de jeunes dans ce pays qui inspirent confiance. Au moins, les forces sociales ont essayé quelque chose et ça, il faut apprécier parce que, un combat est un combat quel que soit le degré. Je suis fier des forces sociales de ce pays, je les encourage et elles ont le soutien de notre mouvement.

Mediaguinee : Pour terminer, votre message à l’endroit des acteurs sociaux pour sortir de ces différentes crises qui secouent le pays.

Souleymane Condé : La crise qui secoue notre pays aujourd’hui n’est pas descendue du ciel, c’est une crise qui est organisée par tous les acteurs politiques de ce pays. Parfois, nous refusons de respecter les lois. Quand la loi est en notre faveur, nous l’acceptons et quand ce n’est pas en notre faveur, nous refusons et nous faisons des protocoles. Donc, chacun à sa part de responsabilité.  Nous devons nous ressaisir pour ne pas aller au pire et savoir que le pays est au-dessus de tout le monde.

Entretien réalisé par Mohamed Cissé

+224 623-33-83-57

 

 

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