Tigré : les forces gouvernementales capturent une ville clé

Le Tigré est pris en tenaille entre, au nord, une offensive conjointe des armées éthiopiennes et érythréennes, et au sud les troupes éthiopiennes aidées des forces régionales de l’Amhara et de l’Afar.

Les rebelles du Tigré ont annoncé mardi que les forces éthiopiennes et érythréennes s’étaient emparées la veille de la ville-clé de Shire, dans cette région septentrionale d’Ethiopie en proie à un conflit meurtrier, sur fond d’inquiétudes internationales et d’appel à l’arrêt des combats.

Les « forces d’invasion ont pris pour le moment le contrôle de certaines zones, dont Shire », a indiqué le commandement des forces rebelles, appelant « tous les Tigréens valides à défendre avec obstination » la région.

Deux sources humanitaires ont confirmé à l’AFP la prise de Shire, sans donner plus de détails.

Ville comptant 100.000 habitants avant le conflit et située à une cinquantaine de km de la frontière avec l’Erythrée, pays qui borde tout le nord du Tigré, Shire abrite un aéroport et se trouve sur une route reliant Mekele, la capitale régionale, à environ 300 km.

Elle abrite en outre des milliers d’habitants du Tigré déplacés par le conflit qui ravage le nord de l’Ethiopie depuis novembre 2020.

Ces derniers jours ONU, Union africaine (UA), Union européenne (UE) et Etats-Unis, entre autres, se sont inquiétés de l’intensification des offensives militaires au Tigré, notamment à Shire, cible de bombardements pendant plusieurs jours.

Deux civils et un employé de l’ONG International Rescue Committee (IRC) y ont péri dans un de ces bombardements vendredi.

Après cinq mois de trêve ayant laissé entrevoir des espoirs de négociations, les combats ont repris depuis le 24 août dans le nord de l’Ethiopie.

Le conflit, qui oppose depuis deux ans le gouvernement fédéral éthiopien du Premier ministre Abiy Ahmed aux autorités rebelles du Tigré, se déroule quasiment à huis clos, le nord de l’Ethiopie étant largement interdit aux journalistes.

Mais selon des sources concordantes, le Tigré est actuellement pris en tenaille entre, au nord, une offensive conjointe des armées éthiopiennes et érythréennes depuis l’Erythrée, et au sud les troupes éthiopiennes aidées des forces des régions de l’Amhara et de l’Afar voisines.

Près de 40.000 personnes ont été déplacées dans la région de l’Afar par les récents combats à la frontière avec le Tigré, selon le dernier rapport de situation du Bureau de coordination de l’aide humanitaire de l’ONU (Ocha).

« Incontrôlable »

Mardi, Redwan Hussein, conseiller à la Sécurité nationale de M. Abiy, a assuré sur son compte Twitter que « le conflit ne dégénère pas comme certains aimeraient le décrire (…) il est en train de diminuer et s’éteindre », répondant implicitement au secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres qui a lundi tiré la sonnette d’alarme.

« La situation en Ethiopie devient incontrôlable » et « la violence et la destruction atteignent des niveaux alarmants », a lancé M. Guterres, soulignant le « prix terrible payé par les civils » et le « cauchemar » vécu par la population éthiopienne.

M. Guterres a réclamé « le retrait immédiat et le désengagement d’Ethiopie des forces armées érythréennes » qui épaulent les troupes fédérales éthiopiennes au Tigré et demandé à « toutes les parties » de permettre le passage de l’aide humanitaire, dont l’ONU a suspendu l’acheminement depuis la reprise des combats fin août.

« Les hostilités au Tigré doivent cesser maintenant », a-t-il insisté, prenant la suite de l’appel similaire à « un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel » lancé dimanche par l’UA.

Les rebelles tigréens avaient répondu dimanche soir être « prêts à respecter une cessation immédiate des hostilités ».

Sans répondre directement à l’appel de l’UA au cessez-le-feu, le gouvernement fédéral éthiopien du Premier ministre, prix Nobel de la paix 2019, a lui justifié lundi sa volonté de poursuivre ses opérations militaires au Tigré, tout en réaffirmant son souhait « d’une résolution pacifique du conflit via des pourparlers ».

Le gouvernement éthiopien s’est dit « contraint de prendre des mesures défensives pour protéger la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays » face « aux attaques répétées » des autorités rebelles du Tigré, en « collusion active » avec des « puissances étrangères hostiles ».

« Il est donc impératif que le gouvernement d’Ethiopie prenne le contrôle immédiat de tous les aéroports, autres infrastructures fédérales et installations » au Tigré, expliquent les autorités éthiopiennes.

Le bilan des victimes de cette guerre est inconnu. Mais celle-ci a provoqué une catastrophe humanitaire, déplaçant plus de deux millions de personnes et plongeant plusieurs centaines de milliers d’Ethiopiens dans des conditions proches de la famine, selon l’ONU.

Dimanche, la responsable de l’Agence américaine pour l’aide humanitaire (USAID), Samantha Power, a souligné « le coût humain sidérant de ce conflit. »

Mediaguinee

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