[Tribune] Enjeux et défis de la participation à la présidentielle du 18 octobre par les partis politiques classiques de Guinée

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 Depuis quelques semaines, la commission électorale nationale et indépendante (CENI) fixait la date de la tenue de l’élection présidentielle au 18 octobre prochain et cette décision a été entérinée par décret pris par le président de la République. Cela intervient dans une conjoncture politique serrée et conflictuelle, dans la mesure où l’opposition classique inféodée dans le Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) réfutent la nouvelle constitution, rejettent les députés issus du double scrutin du 22 mars dernier et protestent contre une nouvelle candidature du président Condé, nous constatons l’émergence d’une nouvelle classe politique au sein de l’opposition laquelle est le fruit même de ce double scrutin boycotté et dénoncé par l’opposition classique. Face à cette conjoncture politique serrée et conflictuelle, la mouvance présidentielle est plus que déterminée pour les prochaines échéances électorales.

Au regard de cette situation, une question fondamentale subsiste, FAUT-IL PARTICIPER À UNE  ÉLECTION JUGÉE « NON CRÉDIBLE » ?

À cette question essentielle, beaucoup d’acteurs se sont prononcés, certains intellectuels principalement des juristes ce sont prononcés, mais personnellement, je n’ai pas lu un politiste (spécialiste en sciences politiques) sur cette question et je constate que la question mérite une empreinte des politistes en guise de contributions à la compréhension de cette situation, c’est pourquoi, ici, nous allons mettre en exergue les enjeux (I) (ce qu’il à gagné et/ou à perdre dans cette situation) et les défis (II) (les difficultés liées à cette conjoncture politique).

En effet, il faut que cette contribution n’a aucune prétention d’être une œuvre parfaite, ni la volonté de remettre en cause les analyses faites par d’auteurs observateurs. Au contraire, il faut la considérée comme une recette de plus. 

I- LES ENJEUX DE LA PARTICIPATION

Le retour du pouvoir politique aux civils en Guinée après près de trente (30) ans en Guinée en 2010, suite au décès du Général, a été un tournât décisif pour le processus démocratique. Cela a permis à la participation massive des partis politiques de l’opposition, ce, de façon plus ou moins transparente et crédible. De 2010 à nos jours, le pouvoir politique est plus ou moins partagé entre les plus importantes formations politiques, notamment le pouvoir au pouvoir RPG, l’UFDG, et l’UFR, ces partis politiques gouvernent la Guinée d’une manière ou d’une autre depuis 2010. Mais cette hégémonie est depuis un certains temps, entrain d’être redéfini. Suite au refus de l’opposition classique (UFDG, UFR, PDEN…) de participer au double scrutin du 22 mars, les partis outsider comme MDGD de Siaka Barry, le parti de Sylla et autres ont profité de l’absence de ces partis dominants de se créer une place non négligeable désormais sur l’échiquier politique nationale, de sorte que l’arène politique est entrain d’être redéfini, comme le remplacement de chef de fil de l’opposition de Cellou Dalein par Sylla, ce scénario est lu comme un fait banal et anodin par les partisans de l’opposition classique, mais c’est loin de cela, car, ces partis outsiders  font désormais chercher à s’affirmer de plus en plus étant donné que les autres sont absents à l’hémicycle, donc exclu du débat parlementaire. Cela créé une rivalité accrue au sein même de l’opposition générale, au lieu de parler d’une même voix, l’opposition est désormais divisée par des questions de leadership et, en politique, un ennemi commun, créé des intérêts communs, affirme Samuel Huntington dans le Choc des civilisations, 1996, c’est-à-dire que, la mouvance présidentielle d’être ami à l’opposition parlementaire contre l’opposition classique et, justement ça c’est un enjeu majeur la configuration politique en Guinée définie par la conjoncture politique du 22 mars dernier.

Par ailleurs, la question juridique, est également un enjeu majeur dans cette situation, car, aux yeux de l’article 6 al.2 de la loi organique N° 044/AN du 05 juillet 2018 modifiants certaines dispositions de la loi organique L/2012/016/CNT, portant attributions et fonctionnement de la CENI stipule que pour designer les commissaires à la CENI, seuls les partis politiques qui ont participé aux deux (02) dernières élections nationales (Législatives et présidentielle) et avoir au moins deux (02) députés à l’Assemblée Nationale. Cette disposition démontre qu’après avoir manqué à une élection nationale du 22 mars dernier, si les partis politiques de l’opposition classique manquent cette deuxième élection nationale, ils se verront éjecter de l’institution en charge des élections en Guinée, cela montre quoi au juste ? Cela montre que petit à petit les partis politiques dominants sont entrain de perdre le terrain politique et les partis outsider sont entrain d’émerger et finira par les remplacer si cette logique continue.

En plus, l’absence répétée d’une structure politique dans les activités politiques nationales, est une source de démotivation, de découragement des partisans, donc source de réorientation de ses partisans vers d’autres structures politiques similaires.

 Voilà, en quelques lignes les enjeux liées à la question de participation par l’opposition classique.

Maintenant nous allons vois les défis auxquels cette question est confrontée.

II- LES DÉFIS LIÉS À LA PARTICIPATION

Aujourd’hui, les difficultés auxquelles les partis dominants de l’opposition sont confrontés sont nombreuses. Ils ont boycotté et dénoncé le double scrutin du 22 mars dernier, ils ont dénoncé le fichier électoral, ils ont rejeté la nouvelle candidature du président Condé, mais au regard de la réalité politique, aucune de leur dénonciation n’a aboutit à quelque chose de concret. Donc là, il faut vraiment s’interroger sur leur capacité d’influencer des décisions politiques comme tout contre-pouvoir. Je pense personnellement que ce sont leurs stratégies qui en causent. Le premier défi auquel ces partis sont confrontés c’est la question de stratégie et d’approche, ils doivent changer pour au moins obtenir gain de cause d’une de  réclamations.

Ensuite, le deuxième défi c’est l’unification de l’opposition dans son ensemble pour éviter la division à travers laquelle la mouvance pourrait s’engouffrer pour déstabiliser toute stratégie contre son avancement, cela leurs permettrait de maintenir leur leadership dans l’opposition, autrement, ce n’est pas gagné.

Le troisième défi, c’est l’unité pour une candidature unique contre la mouvance, ce défi est un défi ultime pour l’opposition dans son ensemble, car, aucun parti d’opposition isolement pris, ne pourrait arriver premier avec plus de 50% au premier, donc, l’élection présidentielle nécessite un second tour, lequel présage le RPG et l’UFDG, et le résultat de cette finale est connue de tous ceux qui ont une certaine maturité en politique. Voilà donc comme se présentent les difficultés liées à la participation.

Pour conclure, il faut croire que l’opposition classique manque ce rendez-vous électoral, il est possible qu’elle existera plus dans cinq à dix ans, car, les structures politiques de jeunes sont en pleine prolifération et c’est justement les jeunes qui constituent environ les 80% des électeurs en Guinée.

Sékouba MAREGA

Politiste et Analyste Politique

1 Commentaire
  1. Moussa 3 Keita 7 heures il y a
    Repondre

    C’est très encourageant mon cher frère, bravo et bonne suite.

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