[Tribune] Et si Alpha Condé avait de la chance ! (Par Sékou Djadaya Camara)

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L’homme étant en interaction dynamique avec son environnement, la réussite de ses actions dépend de sa manière à saisir les opportunités. La coïncidence de certains faits permet de tirer des conclusions ou faire des prédictions que la science moderne ne saurait démontrer. On parlera alors de connaissance empirique.

Le comportement d’Alpha CONDÉ face à certains facteurs de l’environnement politique guinéen justifie-t-il ses victoires sur ses adversaires ?  Aura-t-il encore de beaux jours devant lui ?

Alpha CONDE qui s’était opposé  au régime du Président Ahmed Sékou TOURE qui l’a condamné par contumace, a exploité la mésentente entre les populations de la Haute Guinée, sa région d’origine et le pouvoir du Général Lansana CONTE auteur de la tristement notoire   expression ²Wo fatara ² prononcée le 6 juillet 1985 après l’échec du coup d’Etat du Colonel Diarra TRAORE, qualifié de complot malinké.

La gestion du pogrom du 4 juillet 1985 et le nom CONDÉ ont suffi pour que tous les Malinkés ou presque se mobilisent derrière Alpha CONDÉ comme porte-étendard pour laver l’affront subi par les descendants des chasseurs de Kouroukanfouga par le régime militaire. Ce qui fait dire sans exagérer qu’il n’a fait qu’organiser les Malinkés à travers un parti politique, le RPG, les ayant déjà trouvés en rang de bataille.

Dans un pays géographiquement et linguistiquement divisée en 4 zones presqu’égales, n’ayant pas connu assez de brassages pour étouffer l’ethnie, l’appartenance communautaire reste le seul facteur d’adhésion à un parti politique. Dans un tel environnement, l’idéologie cède le pas au patronyme ; ce qui biaise véritablement le jeu politique. Si cette diversité géolinguistique a le désavantage de nous empêcher de nous entendre sur l’essentiel, elle a au moins le mérite de nous éviter l’éclatement de notre pays. Comme pour dire que notre déséquilibre fait l’équilibre de notre ensemble.

Après les pères du multipartisme : Siradio DIALLO, BA Mamadou et Jean Marie DORE, Alpha CONDE retrouve désormais des administrateurs convertis à la politique comme adversaires. Face à ces néophytes politiques, Alpha CONDÉ en fin tacticien se comporte sur l’échiquier politique comme un éléphant qui marche dans un champ de maïs. Ces grands commis de l’Etat sont prématurément venus sur le terrain glissant de la politique-politicienne multiplient les erreurs.  Et dans un pays où les concurrents politiques sont considérés comme des ennemis, conjuguer avec son concurrent est destructeur.

Le président de l’UFR, en acceptant une alliance idéologiquement correcte avec l’UFDG en 2010 dans un pays où les liens communautaires priment sur les idéologies politiques, s’est infligé le plus grand mal.  Plus tard, croyant redonner son blason, il s’est tiré une balle dans les pieds et s’est asphyxié politiquement en accédant à l’offre de nomination au poste de Haut Représentant du Chef de l’Etat. Ne pouvant plus demander à un militant de son parti de refuser un décret, l’éléphant de la politique utilise, aujourd’hui, son pouvoir discrétionnaire pour démembrer  et dynamiter  la troisième  force politique du pays. Echec et mat !

Pour avoir accepté les avantages financiers et refusé les obligations protocolaires de Chef de file de l’opposition, le second plus vieux prisonnier politique d’Afrique révèle aux yeux des Guinéens que c’est l’argent qui intéresse le leader de l’UFDG. Pour avoir mordu à l’hameçon, la gestion controversée du budget du Chef de file a fait voler l’opposition en éclats. Echec et mat !

Avec un tel comportement, il y a lieu de se demander s’ils veulent paraître ou être ? Peut-on avoir le beurre et l’argent du beurre ? Quelle chance pour Alpha CONDÉ que d’avoir une telle classe politique pour adversaire ! A un tel niveau de responsabilité, l’expérience est incontournable.

Qu’est-ce qui est arrivé aux opposants pour ne pas savoir que les faveurs et l’argent de son adversaire ne font pas bons ménages avec la politique ? Pourtant ils sont tous témoins que leur challenger, Alpha CONDÉ, à leur place, hier, n’a jamais fait ces genres d’erreurs avec son concurrent le Général Lansana CONTE. En refusant ses avantages légaux (salaire et véhicule de député), il se montre ferme et résolument orienté vers : le fauteuil présidentiel. Il n’a pas fait de compromissions.  Même s’il y a assez de retournements de veste en politique, avoir des valeurs immuables est un atout très important.

Le président du PADES apprendra à ses dépens qu’on ne frappe pas le caïman quand on a son doigt dans sa gueule. En Afrique, un opérateur économique ou ancien gestionnaire ne s’attaque pas frontalement au pouvoir. Le président des NFD en sait quelque chose. Certains passés, cadeaux et erreurs ne sont pas permis en politique. C’est la règle du jeu. Dieu seul sait qu’Alpha CONDÉ a bien appris ses leçons en la matière.

Le Président du PEDN en fin diplomate et connaissant la rapacité de ²l’Aigle² de la politique guinéenne a préféré  s’éloigner même si cela lui est préjudiciable car homme politique absent sur le  terrain est comme un militaire loin de la troupe. Mais il a au moins le mérite de se ménager.  Il est épuisant de vouloir  suivre le rythme du ²Jaguar² de la politique guinéenne. Parfois il faut reculer pour mieux sauter.

Comme si tout  cela ne suffisait pas, le renard de la politique guinéenne invite ceux qui se sont essayés à lui à la  ²mangeoire² sachant qu’on ne se sert pas dans les caisses de l’Etat pour accéder au trône. Le manque de constance, de fermeté et de principes inviolables dans leur conduite est-il la preuve que les politiques guinéens sont surpris par leur destin ? Le fait le plus grave dans l’attitude de nos politiciens est d’avoir montré à la jeunesse qu’il faut un comportement volage pour faire de la politique. Cette négation de la dignité et de l’honneur doublée de la kakistocratie comme mode de gouvernance a altéré la conscience de la jeunesse et compromet dangereusement l’avenir de notre pays.

Fidèle à sa logique, le ²sphinx de Baro² pour distraire l’opposition, a longtemps évoqué  le retard fait dans la réalisation de son programme par les deux  ans d’Ebola en Guinée  et  les manifestations de rue donnant ainsi l’impression qu’il veut reproduire le cas de la RDC en Guinée. Constatant que l’opposition est focalisée sur la gestion d’une période hypothétique de prolongation qui était un moment sur toutes les lèvres à la place d’un 3ème mandat, il programme les élections législatives qu’il couple avec le référendum alors qu’il savait que le fichier est reprochable et contestable.

Cette surenchère étourdit l’opposition qui s’enlise dans les manifestations de défense de la Constitution et de demande de toilettage du fichier en oubliant l’essentiel qu’est la préparation des législatives. Rassuré que la cause est entendue, celle de l’élimination de l’opposition de la course, le vétéran de la politique guinéenne se plie aux injonctions de la communauté internationale en acceptant le report des élections et la révision du fichier sachant que celle-ci n’ira pas jusqu’à le faire capituler en lui demandant de permettre à l’opposition de se mettre en règle. Echec et mat !

Si l’opposition avait su que les élections législatives et référendaire sont nationales et qu’elles intéressent moins la communauté internationale, elle se serait mis en règle et aurait participé au moins aux législatives.  Alors l’élève du lycée Gambetta aurait perdu la face pour une fois. Mais hélas ! L’unique but poursuivi par la communauté internationale étant satisfait par la révision du fichier qui doit conduire le pays à l’élection présidentielle, source de tous les dangers en Afrique, le pouvoir était libre de ses mouvements.

Les élections législatives et référendaire sont tenues sans l’opposition qui n’a plus de tribune officielle pour s’exprimer. Encore échec et mat ! En agissant ainsi, le ²Pelé² de la politique guinéenne emprunte au football la technique de l’attaquant qui lobe le dernier défenseur qui, le temps de se retourner, voit  le  ballon dans les filets.

L’opposition commettra-t-elle de nouveau l’erreur de ne pas participer à l’élection présidentielle prochaine ? En acceptant d’y participer ne validera-t-elle pas la nouvelle constitution ? A quoi auront servi les manifestations de rue ? Un véritable casse-tête. Mais tout laisse à croire que l’opposition participera à l’élection présidentielle prochaine avec Alpha CONDÉ comme concurrent. L’UFDG acceptera-t-il de perdre son second titre de deuxième force politique du pays ? Les élections sont le seul baromètre pour juger du poids électoral d’un parti politique.

Le vieux n’est pas de la même classe que ses adversaires politiques, il les surpasse. Expert en marketing politique, quand Alpha CONDÉ déploie une stratégie, c’est qu’il est déjà à l’étape suivante. La ruse, la cooptation et la manipulation sont des règles en politique. Et Dieu seul sait que si l’on recherche l’enfant de N’Sira, c’est sur ce terrain qu’on le trouvera.

Alors que le FNDC annonçait les lendemains difficiles après le double scrutin législatif et référendaire du 22 mars 2020, voilà le COVID-19, geôlier de l’humanité qui interdit toutes manifestations vient au secours de l’enfant prodige de Hamana.  Le volcan, comme annoncé, n’a pas eu lieu.

Alors que le FNDC s’obstine à observer les mesures sanitaires et administratives édictées par les autorités en raison du COVID-19, comment pourra-t-il braver les obligations météorologiques en cette saison de pluies diluviennes ? Encore la nature vient sauver le champion du RPG et promet même de l’accompagner dans la traversée de la période trouble d’avant-élection. Dans ces conditions, la Guinée risque de connaître l’élection la plus apaisée de son histoire avec la bénédiction du ciel.

De toute évidence, l’opposition a intérêt à remobiliser ses troupes pour l’échéance d’octobre.  Sinon penser que les manifestations effrayeraient et feraient reculer l’homme qui a résisté à toutes les propositions de l’imperturbable soldat Lansana CONTE serait une utopie.  « On n’apprend pas la grimace à un vieux singe », dit-on.

Quand le commun des mortels pensait que le budget de l’Etat ne pouvait pas supporter trois élections au cours une même année, la prolongation de son mandat devenait de plus en plus plausible surtout avec une Assemblée nationale presque monocolore. Il frappe fort et dur en programmant l’élection présidentielle par souci de respect du délai constitutionnel.

Cette prochaine élection à laquelle Alpha CONDÉ sera candidat lui permettra sans nul doute de briguer un autre mandat qui est de trop pour l’opposition conformément aux dispositions de la Constitution de 2010. Cette constitution est morte. Ce sera un tout premier mandat sous la bannière de la quatrième République. Pour la mouvance, ce sera un mandat de tous les défis desquels il faudra triompher.

L’opposition risque encore de déployer toute son énergie pour prouver l’illégalité de la candidature de celui qui trouble son sommeil. Cependant, elle ne doit pas perdre de vue que la réforme constitutionnelle s’est déjà opérée ailleurs ; que la communauté internationale a échoué à faire renoncer un président au troisième mandat. L’argument fondé sur son âge avancé est désuet dès lors que dans un pays voisin, la candidature d’Henri Konan BEDIE est saluée à 86 ans.   L’âge n’est pas un facteur handicapant, c’est un atout : compétence et expérience.

Autant le malheur ne vient pas seul, autant le bonheur ne vient pas non plus seul. Quand la CEDEAO fait de la lutte contre un troisième mandat son cheval de bataille, voilà que le candidat désigné du RHDP pour l’élection présidentielle de 2020 passe l’arme à gauche faisant inéluctablement d’Alassane OUATTARA le candidat à la première élection présidentielle de la quatrième République de Côte d’Ivoire tout comme Alpha CONDÉ en Guinée. Ces coïncidences sont-elles de simples faits du hasard ou le signe d’une main invisible ?

Face à ces réalités, l’opposition guinéenne peut-elle compter sur la communauté internationale pour faire reculer le téméraire Alpha CONDÉ qui ne renonce jamais ? Pour qui connaît le carnet d’adresses de l’ancien président de la FEANF à l’international et la promesse que font les grands acteurs du monde de se soutenir mutuellement contre vents et marrées, on comprendra que l’opposition a du gros grain à moudre.

C’est quand l’homme du 17 mai 1991 semblait probablement être à court d’arguments pour l’élection prochaine en Haute Guinée par manque de résultats satisfaisants dans le fief historique de son parti, que survient une crise généralisée dans cette partie du pays. Cette situation est une aubaine pour le spécialiste en retournement de situation que le pic du mécontentement de ses militants soit atteint quelques mois avant le vote. Et comme par principe, lorsqu’on arrive à l’extrémité d’une chose, on tombe obligatoire dans son contraire. Les manifestations étant le point culminant de la colère et du mécontentement, avec un bon management, les jeunes reviendront à de meilleurs sentiments pour sauver l’honneur du parti de leurs parents. C’est en ce moment qu’ils feront encore plus mal car la population de cette région est un peuple de défi.

Ces manifestations ressemblent à un signal fort que la jeunesse de la Haute Guinée envoie à leur messie d’hier, que la contrepartie de leurs votes à l’élection présidentielle est l’électrification, l’adduction d’eau potable, la réalisation des routes, l’emploi, l’autonomisation des femmes, bref le développement de la poche de pauvreté de la Guinée.

Il ne saurait être autrement car même si Alpha CONDÉ a aujourd’hui toute la volonté et les moyens, il n’a plus le temps de satisfaire les demandes de ses adulateurs avant le mois d’octobre. Qu’il ne considère pas cela comme un désaveu mais plutôt l’affirmation de l’adage : « Dire la vérité à son ami n’entame pas l’amitié ».

La force et la grandeur d’un homme se mesurent par sa capacité à transformer les désavantages en avantages. Comme l’amitié n’est pas affectée, avec l’ingrédient de l’ethno-stratégie, il ne fait l’ombre d’aucun doute que le ²dinosaure² de la politique guinéenne saura renverser la situation. Ce coup de maître réussi, il faut s’attendre à ce que le vote de la Haute Guinée à la prochaine élection soit inversement proportionnel à l’intensité de la colère.

Les contestations à son pouvoir dans son bastion jadis imprenable fait de sa réélection un sacerdoce pour qu’il ait le temps de contenter cette population meurtrie. Il ne doit surtout pas perdre de vue que l’histoire s’écrit et chacun doit éviter que la sienne soit écrite par ses ennemis ou ses anciens amis.

Les manifestions meurtrières et l’apologie de la violence qu’occasionne l’opposition ne poussent-elles pas les victimes et les indécis vers le pouvoir qui, à leurs yeux, incarne la stabilité ? L’équation politique à savoir : atteindre mortellement son adversaire sans nuire aux électeurs est difficile à résoudre. Encore un atout pour le locataire du palais Sèkhoutouréya.

Les fusions, alliances politiques et transhumances qui se font en Guinée comme nulle part ailleurs ont permis au militant de l’international socialiste de comprendre que les politiques sont sans conviction, qu’ils ne sont animés que par le gain. Alors cela lui fait un grand bien et il en profite largement.

Le ²renard² de la politique guinéenne sait que la voie royale pour  passer la main est de s’attaquer à son opposant ou à un membre de son camp pour avoir réussi cette technique après un séjour de  deux ans et demi  dans la ²résidence 5 étoiles² de Coronthie.  Ne voulant pas donner cette chance à quelqu’un, il se fait passer même pour ²faible². Les cas Macky SALL au Sénégal et Patrice TALON au Bénin sont illustratifs.

Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, Alpha CONDE est un professionnel du combat politique et comme la chance est la rencontre entre la préparation et l’opportunité, il profite grandement des circonstances favorables parce qu’il s’est bien préparé. Ne peut-on pas dire alors qu’il a de la chance ?

A l’allure où vont les choses, est-ce que le ²lion² de la politique guinéenne  ne mettra pas  fin à la carrière politique de ceux qui se sont invités  dans son jardin sans son accord ?

Son dauphin serait-il parmi ceux qui ont craint sa ²férocité² sachant bien qu’un lion même vieux est dangereux pour attendre tout tranquillement de manger le reste de sa proie ?

Toutes ces coïncidences proviennent-elles du hasard ou sont la preuve que notre monde est guidé par des forces que nous ne connaissons pas ? La vérité et la réalité ne sont-elles pas probablement dans l’obscurité ? 

Que Dieu bénisse la Guinée et les Guinéens

Sékou Djadaya CAMARA

skoucamara60@yahoo.fr

Tél : 622 94 05 07

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